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Interview

Emmanuel THOMAS

17 septembre 2025 17 septembre 2025 Alexandra TISSOT2206 views

Directeur de Casting

Le passeur de possibles

C’est un métier de l’ombre, qui pourtant fait la lumière, un métier sans gloire apparente ni panégyrique, qui pourtant prépare les honneurs et les succès publics. Un métier qu’on imagine fulgurant, expéditif, turbulent, pratiqué sur le vif, rythmé par les cafés et la tachycardie. Un métier d’hyperactif collectionneur de potentiels, déclencheur d’élans, qui, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, doit démêler le vrai du faux, traquer le feu sacré dans un soupir mal joué ou l’écho d’un rôle dans une voix qui tremble, avec l’art discret de voir juste par le prisme d’un autre. Un métier d’entremetteur, entre une fiction et ses visages, entre un scénario et ses incarnations, entre une scène et ses respirations. Un passeur de relais en somme, sans qui rien ne démarre, qui humanise l’écran noir et parie à l’instinct qu’un tel ou une telle saura faire exister une présence, lui donner sa substance.
Nous avons eu, bien sûr, mille questions à poser, sur cette carrière lunaire, pourtant menée d’une région terre à terre. C’est vrai, le cinéma avait pour nous un ancrage parisien que ni Antoinette dans les Cévennes ni Cyrano de Bergerac, ni même Meurtres au Puy-en-Velay ne semblaient pouvoir délocaliser. Mais, avouons-le, au-delà de la fiche métier, de ses missions et autres caractéristiques, nous brûlions surtout de savoir qui parmi les étoiles, plus ou moins brillantes, et plus ou moins ternies par les scandales sortant du placard, méritaient humainement aussi d’en posséder le titre. En bref : qui est cool, qui ne l’est pas, qui est connu pour faire courir des bruits de casseroles, qui au contraire marche sans ombres aux talons, qui respecte en toute humilité, qui dézingue en toute vanité. Eh bien… nous avions flairé, même très éloignés des plateaux, les imposteurs et les baratineurs que les affaires peu à peu dévoilent (enquêtes en cours… nous ne pouvons rien lâcher…), et reconnu ceux dont la nature réelle n’écorche pas l’image. Ainsi, Adèle Exarchopoulosest vraiment adorable, et c’est bien là le principal.
Emmanuel Thomas, 44 ans, est directeur de casting, membre de l’académie des César et, quand bien même, villerestois. Également référent Violence et Harcèlement Moral, Sexiste et Sexuel (VHMSS), actif au sein du Collectif 50/50, dont le but est de promouvoir l’égalité de genre et la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel (oups)… ce garçon avait tout pour nous interpeler. Et sa figuration bénévole dans le court-métrage de Judith Godrèche, Moi Aussi, a fini de nous persuader de sa déconstruction militante. Ainsi donc, place à ce jeune homme, tisseur de voies nouvelles, pour qu’il nous dise tout, ou presque, de ce destin providentiel…

Dis-nous Emmanuel… est-ce qu’on rêve, étant enfant, de devenir un jour directeur de casting ?

-Non parce que, étant enfant, on ne sait pas que ce métier existe. Moi, ce que je voulais, c’était être comédien. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont ouvert à la culture.

Raconte-nous ton parcours justement, depuis ton enfance renaisonnaise.

-J’ai eu un parcours classique. Je faisais du théâtre à Renaison et, pour le reste, j’étais moyen partout. J’ai passé un bac scientifique mais l’idée d’être comédien ne m’a pas lâché et je suis parti à Lyon en licence Arts du Spectacle. Je donnais en parallèle des cours de théâtre à l’association Familles Rurales de Renaison. Ma mère voulait que j’aie un « vrai » métier alors j’ai également passé le concours d’infirmier… que j’ai eu et, après le DEUG, je suis parti en école d’infirmier. J’ai fait la première année, dont la réussite est équivalente au diplôme d’aide-soignant et, comme j’aimais être proche des patients, je me suis arrêté là. Je suis monté à Paris où j’ai tenté de percer comme comédien, mais sans succès, et puis j’ai découvert que j’étais finalement plus à l’aise dans les coulisses.

Tu travaillais en même temps comme aide-soignant ?

-Oui, mes parents n’avaient de toutes façons pas les moyens de me laisser vivre à leurs crochets. Je suis ensuite parti à la Réunion avec mon compagnon. Et nous sommes revenus sur Lyon, où j’ai travaillé aux urgences et en réa, toujours dans le mouvement… J’ai suivi parallèlement une formation de chargé de production, et d’administrateur d’entreprise culturelle. C’est dans ce cadre-là qu’on a créé à plusieurs le festival d’art de rue Karac-Terre d’Ambierle, pour promouvoir la culture en milieu rural. C’était en 2011, une année où j’ai aussi été coordinateur de la parade de la fête des Lumières de Lyon. Mon compagnon et moi sommes venus nous installer à Villerest, lui en travaillant comme infirmier libéral, moi comme aide-soignant à Roanne.

Mais alors… comment es-tu devenu directeur de casting ?

-J’ai fait mes premiers pas comme chargé de figuration en 2014, sur le long métrage d’Olivier Lousteau, tourné à Roanne, « La Fille du Patron ». J’ai ensuite enchaîné les projets, on a parlé de moi dans le métier et je suis devenu directeur de casting… J’ai arrêté le métier d’aide-soignant bien sûr, j’ai juste repris par solidarité pendant la crise Covid.

En quoi consiste ton rôle en tant que directeur de casting ?

-Je recrute des comédien.nes pour une production soit cinématographique, soit télévisuelle, en fonction du scénario bien sûr et en analysant les projections du ou de la réalisateur.rice. Je participe donc au montage financier d’une œuvre puisque je dois budgéter toute cette partie suivant les grilles de salaires. Je caste rarement les premiers rôles, qui sont souvent choisis en amont, mais plus généralement les seconds rôles, les « silhouettes », qui ont une présence visible, les « silhouettes parlantes », qui prononcent 5 mots maximum, et les figurants, qui ont un rôle muet effacé mais essentiel.

Et comment procèdes-tu ?

-Tout dépend des rôles, des critères physiques et du ressenti à la lecture du scénario… Je peux passer par des agents, appeler directement les comédien.nes que je connais, dans la région AURA surtout, solliciter l’agence France Travail scènes et images, ou encore faire du casting sauvage en attendant la révélation, dans la rue ou les lieux publics… On passe ensuite aux essais filmés et à la sélection. J’en profite pour dire aux lecteur.ices intéressé.es par un casting de ne surtout pas utiliser les sites payants mais de se manifester sur mon Instagram car on doit être payé pour travailler, et non pas payer pour travailler.

Ce n’est pas un inconvénient pour toi de vivre à Villerest ?

-Au contraire, c’est un ancrage dans le réel, et puis il y a beaucoup d’équipes de production et de comédien.nes en région. C’est vrai que je ne suis pas souvent chez moi mais je suis très attaché au territoire roannais et à la vie que je mène ici avec mon compagnon. Je l’« exporte » avec moi quand je vais à Paris dans les bureaux de production, ou sur les plateaux de tournage, où j’amène toujours une Praluline, en précisant bien que ce n’est pas de Lyon mais de Roanne.

Tu assistes systématiquement aux tournages ?

-Presque oui, avec mon assistant Anthony Salvatori. Ça me permet de m’imprégner du film, de valider les choix qui ont été faits, de défendre les droits des acteur.ices ou des figurant.es, et de veiller à ce que l’éthique, à laquelle je suis très attaché, soit respectée.

Tu es intervenu je crois en tant que directeur de casting sur plus d’une trentaine de longs métrages… lesquels t’ont le plus marqué ?

-En fait, ce ne sont pas forcément ceux qui ont le plus fait parler d’eux… disons que le fait de bien gagner ma vie sur de grosses productions me permet de consacrer du temps à des projets plus confidentiels. Je commencerais par Le Petit Spirou en 2016, où j’ai découvert le rôle principal enfant. J’ai été directeur de casting rôles principaux pour la série « La Vallée » en 2016 ou dernièrement pour le film « Vingt Dieux » en 2023 qui a remporté 2 prix aux César 2025. Et puis il y a les productions où j’ai été directeur de casting rôles et chargé de figuration : les séries « Les Engagés » ou « Là-haut sur la Montagne », les longs-métrages « Monsieur le Maire », « Le Panache » ou « Rapaces », sorti cet été. « Anatomie d’une chute » aussi… là j’étais chargé de figuration…

Tu parlais d’éthique tout à l’heure… est-ce que le mouvement Me Too et la prise de parole de Judith Godrèche ont changé les choses dans le milieu du cinéma ?

-Elles se mettent en place petit à petit, mais l’omerta et l’esprit boys club ne disparaissent pas comme çà. C’est un sujet qui m’importe depuis toujours. Je fais d’ailleurs partie de l’ARDA, l’Association des Responsables de Distribution Artistique, le nom donné aux directeurs de casting. J’en suis le Trésorier Adjoint. Elle a entre autres buts de défendre et d’améliorer les conditions techniques, artistiques et déontologiques du métier. On signe tous une charte éthique, qui concerne également le casting des mineurs. C’est un des seuls métiers où tu peux les faire travailler et tout doit être très encadré. Je suis aussi référent VHMSS (Violence et Harcèlement Moral, Sexiste et Sexuel). J’ai donc été formé pour comprendre les différentes sortes de harcèlement, pour connaître les procédures, recueillir la parole et prévenir les risques de VHMSS. C’est capital pour faire changer les lignes.

Le cinéma est politique ?

-Bien sûr !! Quand on voit qui est nommé à la culture et au CNC … ça ne fait aucun doute. Je fais aussi partie du Collectif 50/50, qui questionne la répartition du pouvoir dans l’industrie du cinéma, et les chiffres sont édifiants, en termes de genre et de diversité. Sur le terrain, c’est criant. Et j’aime bien bousculer un peu. Par exemple, si on me demande de trouver un homme blanc d’une cinquantaine d’années pour jouer un avocat, je peux proposer une femme noire de 40 ans si son jeu est convaincant. Ça c’est possible au cinéma, pas à la TV où les clichés sont durs à déloger. Pour la politique il faut être sur le terrain : je préfère soutenir celles et ceux qui représentent ma vision des progrès sociétaux.

Est-ce que tu as été auditionné lors de la commission d’enquête parlementaire relative aux VSS dans plusieurs champs du secteur culturel ?

-Oui, j’ai été entendu lors de la première session par Sandrine Rousseau, sa présidente, qui est vraiment allée à l’intérieur du système pour enquêter sur le droit du travail dans le monde du cinéma notamment, et ses risques en particulier pour les femmes, les jeunes hommes et les enfants. J’avais, comme beaucoup, des choses à dire. Maintenant, espérons que les recommandations émises dans le rapport donneront lieu à de réels changements.

Que peut-on te souhaiter ?

-Et bien… je suis membre de l’académie des César depuis cette année et j’aimerais en profiter pour défendre un cinéma engagé. J’aimerais aussi pouvoir consacrer du temps à des projets personnels, la réalisation d’un court-métrage et la création d’un festival de cinéma, mais, même si aujourd’hui je peux choisir mon emploi du temps, on a toujours l’angoisse des heures en étant intermittent… Et surtout, on ne bénéficie d’aucun tarif préférentiel pour aller voir des films alors qu’il s’agit de notre activité professionnelle. C’est dingue non ?

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Alexandra TISSOT17 septembre 2025

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