Portrait

MICHEL FEUGÈRE MUSICIEN – UN MUSICIEN QUI FAIT SON CINÉMA

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À 3 ans, il aurait pu rêver d’être pompier, astronaute, pilote ou super-guerrier, comme n’importe quel petit garçon des années 70. Captain America n’était, alors, pas encore une option. A 15 ans, il  aurait pu rêver d’être dans un groupe de rock, footballeur professionnel, poète maudit, et peut-être, de serrer tout ce qui passe, sous couvert d’éducation sentimentale, comme n’importe quel ado des années 80. Faire les Anges de la Téléréalité n’était, alors, pas encore une option. A 20 ans, il aurait pu rêver de réussite outre-Atlantique, de boursicotage à la city, de manif anti-essais nucléaires ou d’ONG en Ethiopie,  comme n’importe quel jeune homme des années 90. Créer l’appli du siècle n’était, alors, pas encore une option. Oui mais non. Il a passé, lui, toutes ces années-là, et pas du tout en sourdine, à rêver de trompette. Il aurait pu, au départ, être évasif, vague comme on l’est à 3 ans et décréter, juste pour 5 minutes, qu’il voulait être musicien. Dans l’entêtement finir harpiste, cithariste, joueur de pipeau ou  pianiste debout. Non, lui a immédiatement cherché le bonheur… dans la trompette. Impossible que le hasard ait mis son nez là-dedans. D’ailleurs, quand on rencontre cet homme éloquent, volubile, « parlant d’abondance », il n’apparaît guère étonnant qu’il ait, en partie, choisi sa bouche comme instrument de sa musicalité. 

Michel Feugère est, donc, trompettiste depuis presque toujours. Sans bémol et sans fausse note. C’est à Renaison que sa vibrante inclination est née, à Paris qu’elle le fait vivre. Professionnel reconnu de l’embouchure, de la vibration des lèvres, des pistons qui montent et qui descendent selon le jeu du doigté, des attaques en souplesse, du domptage de l’air et de l’endurance… il varie avec sa partenaire des sons les plus doux aux sons les plus puissants. Mais si la trompette ne peut jouer qu’une seule note à la fois, lui, curieux de tout, s’aventure sur les chemins de traverse. Il organise fin août à Saint-Alban-Les-Eaux, pour la 3ème année consécutive, le festival « Le Cinéma a la cote Roannaise », mêlant le cinéma en plein air, la musique et le sang divin de notre terroir. 

Histoire d’un musicien qui sème le vent pour «  récolter le tempo », et qui garde un peu de son souffle pour nous faire respirer un autre air…

TROMPETTE DANS UN VERRE D’EAU

Michel est né en 1967 sous le signe de feu du sagittaire. Optimiste, spontané et ambitieux, prêt pour les trompettes de la renommée. Ce n’est pourtant pas dans l’eau de rose qu’on lui donne ses premiers bains. Echappant malgré lui à un déterminisme à la Zola, il est abandonné très jeune, puis adopté à deux ans par un couple qui fera son bonheur. Il grandit à Renaison, qu’il prononce alors, c’est un signe : « Renaissons ». Si son attitude en écoutant des disques, entre extase et dévotion, est mémorable, c’est en voyant passer l’Harmonie de son village, à l’âge de trois ans, qu’il décide de sa destinée. Ni cymbale, ni soubassophone, ni tambour battant. Ce sera la trompette. Une vraie pulsion orale, aurait dit Freud, avec la bouche comme objet. Constatant que l’engouement pour les taratatas persiste, sa mère confie son éducation musicale à Jean-Baptiste Remontet et Marcel Kipp. Il rejoint bientôt l’Harmonie « fondatrice » de sa construction. Une fois son bac en poche, car il n’était pas question de se faire souffler dans les bronches, il part en fac de musicologie à Lyon et obtient un Deust. Parallèlement, il s’inscrit à l’Ecole de Jazz de Lyon et à l’Association pour l’Information Musicale Rhône Alpes (AIMRA). Pendant 5 ans, il apprend à écrire, à composer, à connaître le milieu et… à bien choisir sa cuvette. A 21 ans, il vit de sa musique. Olé.

PARIS, « LA VILLE DES POSSIBLES »

En 1992, Michel s’installe à Paris et découvre une plateforme faite d’opportunités à saisir. Tout s’accélère pour lui, qui croit en la rencontre, en la « sérendipité, ou l’art de prêter attention à ce qui nous surprend et d’en imaginer une interprétation pertinente ». L’art de faire d’un élément fortuit un tremplin pour évoluer. Et l’art tout court, celui du quotidien comme celui des galeries ou des sextets (ne pas lire sextape). Car pour lui, la « futilité indispensable » est au centre de notre humanité. La beauté l’émeut, quelle qu’elle soit, et encore davantage si elle est là où on ne l’attend pas. Il enchaîne les expériences, d’interprétation et de composition, dont nous n’allons pas vous donner la liste exhaustive. Il forme bientôt avec Julien Chirol et Frédéric Couderc une section de cuivres très demandée en studio et sur scène. Ils enregistrent ensemble sur plus de 150 albums. Dix ans de salsa, de Yuri Buenaventura à Sergent Garcia ou Manu Dibango, des années de Big Band, de Paris Jazz Big Band et d’Orchestre National de Jazz, des prix, des tournées aux côtés de Michel Fugain (qu’il a réussi à amener à Saint Germain Lespinasse), de Jean-Louis Aubert, des musiques de film ( Django), ou de séries (V comme Vian)… Il a travaillé, pêle-mêle, avec Sardou, Aznavour, Diana Krall, Coeur de Pirate, Orelsan, Christophe Maé, Micky Green, Stevie Wonder (Victoires de la Musique 2010), David Liebman ou encore Wynton Marsalis… Le trio de cuivres créé avec Julien Chirol et Frédéric Couderc, « Trio Nouveaux Siècles »,  lui permet de maîtriser l’écriture et les arrangements.  Depuis 3 ans, il enseigne au Conservatoire de Paris, et enregistre prochainement le nouvel album de Jean-Louis Aubert, ainsi que celui de Renaud. Mais cet article n’étant pas un C.V., on ne peut que vous résumer sa carrière exubérante, impulsive et authentique : expériences, rencontres et transmission forment l’ADN de son projet artistique global. Probablement, aussi, l’ADN de son projet de vie et de l’héritage intellectuel, ou philosophique, qu’il souhaite laisser à ses filles.

LE CINÉMA AU DIAPASON

Michel aime la sincérité, le mouvement, les passerelles de l’existence, le partage et les souvenirs de son enfance. Il aime le cinéma, les vieilles voitures, les montres, le vin…  Souvent de retour sur ses terres, dont il est très épris, et en lutte contre l’immobilisme qu’il associe à une petite mort, mais pas celle de l’évanouissement extatique ayant inspiré quelques « je t’aime, moi non plus », il décide d’y créer un festival. Ainsi, « Le Cinéma a la cote… Roannaise » rencontre son premier public fin août 2017, rassemblé pendant 3 jours à Saint Alban-Les-Eaux, autour de thèmes supportant parfaitement le ménage à plusieurs ou les orgies culturelles : des projections de courts-métrages et de films dans un théâtre de verdure, de la musique live et du vin de nos vignes. Une sorte de Bacchanale en côte roannaise avec, en plus, café littéraire, expos variées et moments d’échanges.  Après avoir abordé les thèmes du « vintage » et des « espions », Michel nous emmène cette année en voyage au Brésil, lui qui n’aime pas les frontières de genre, ni en musique, ni ailleurs.  Ce festival est pour lui l’occasion de se mettre au vert, mais « son vert à lui », et de vivre, encore et toujours, « de manière artistique », dans une idée de partage, d’épicurisme et de convivialité. Il sera pour nous l’occasion, entre autres, de le voir et de l’entendre jouer sa version du voyage. S’il est aussi peu laconique en musique qu’en paroles, tout aussi passionné, vivant, et bouillonnant, attendons nous donc à un son éclatant au beau milieu d’agapes du 7ème art.