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Interview

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JEAN-PHILIPPE ZAPPA – ÉCRIVAIN, BIOGRAPHE

On sait bien qu’un homme peut en cacher un autre, voire plusieurs, parce que sa nature est ainsi faite, multiple et repositionnable.
Il n’est pas rare qu’un pure misogyne adore cuisiner, un catalan peut construire des châteaux en Espagne, un lanceur de javelot se mettre au chant grégorien et rien n’empêche un chat de dormir en chien de fusil. Point n’est besoin (sauf dans le cas du misogyne peut-être) de séparer le grain de l’ivraie. On peut être, avec l’envie, le temps, et l’accord du code pénal, à peu près tout ce que l’on veut dans la vie.
C’est un homme de ce genre que nous avons rencontré, un de ceux qui ne s’arrêtent pas en si bon chemin, qui vont chercher l’alpha et l’oméga, et qui remettent leur titre en jeu.

Jean-Philippe Zappa, costellois de 51 ans, a été, et continue d’être, tour à tour, lobbyiste, communicant, chargé de mission, écrivain, biographe, conseiller politique, chroniqueur… Il a fait de l’ombre d’autres hommes son terrain de jeu éclairé. Professionnel de la présence discrète, prompteur de ceux qui s’affichent, plume de ceux qui se racontent, il a accepté d’être mis en lumière et de parler, enfin, un peu de lui. Un peu seulement car on ne passe pas en un tournemain et sans un peu d’exercice, des coulisses à la scène, de la théorie à la pratique et de l’entrée de service à celle des artistes.
Son actualité littéraire est dense puisque son dernier livre, « L’homme qui fait briller les étoiles », est sorti en novembre 2017. Le prochain, « Je suis né à 17 ans », arrivera chez nos libraires le 15 février. Pourtant, le voilà déjà parti ailleurs pour voir s’il s’y trouve…
Itinéraire d’un homme fourmillant à la carrière prolifère…

Jean-Philippe, vous qui adorez parler des autres, que pourriez vous nous dire de vous et de votre parcours?

J’ai grandi à Roanne et suis parti faire mes études à Lyon puis à Paris Sorbonne, où je me suis spécialisé en information et communication. J’ai été formateur indépendant, puis nous avons fondé, avec Magalie Petelet, l’agence de communication « Les enfants terribles », que nous avons dirigée de 97 à 2007. J’ai ensuite travaillé à Paris, dans le domaine politique et le lobbying. J’ai été attaché parlementaire, chroniqueur au Journal du Parlement, délégué général de l’association « culture papier » puis conseiller auprès du président du Conseil Départemental de la Loire. Depuis le mois de décembre, je travaille à nouveau à Paris pour l’Union Nationale des Industries de l’Imprimerie et de la Communication, avec laquelle j’ai fondé Culture Papier.

Vous êtes également l’auteur de quelques livres…

Oui, j’ai écrit des essais sur l’environnement, sur l’adoption, ou encore des ouvrages politiques, comme
« La démocratie immature ». J’ai toujours été passionné par la politique, ses rouages, ses coulisses. Et j’aime par-dessus tout écrire des biographies, surtout celles de ceux qui sont partis de rien. Je suis fasciné par les gens modestes qui scénarisent leur destin et transforment un départ difficile en force positive pour dépasser leur condition.

Comme « L’homme qui fait briller les étoiles », sorti en novembre chez Plon?

Oui. Le livre retrace le parcours de Gérard Moulévrier, célèbre directeur de casting. Je suis très ami avec Ludovic Berthillot (acteur-réalisateur roannais, cf le BQC N°7). C »est lui qui m’a présenté en annonçant à Gérard : « Je te présente le mec qui va écrire ta vie »…. ou comment naît-on fils de garde barrière d’un village des Deux-Sèvres pour travailler aux côtés de Claude Berri ou de Milos Forman, et découvrir des pointures telles que Juliette Binoche, Michèle Laroque ou Audrey Tautou…

Vous changez encore de registre avec « Je suis né à 17 ans », qui paraîtra le jour de votre anniversaire en février ?

Oui, le 15. C’est un livre co-écrit avec Thierry Beccaro, un témoignage intime et puissant sur son parcours d’enfant battu. Des moments d’écriture, je garde des souvenirs bouleversants, émouvants et vertigineux. L’aventure s’est révélée tellement belle que nous écrivons actuellement le Seul en Scène tiré du livre, sur un ton toutefois beaucoup plus léger. Thierry a d’ailleurs promis qu’il viendrait le jouer à Roanne !

Vous aimez, donc, être là où on ne vous attend pas ?

Disons que j’ai envie de m’amuser. Pour l’anecdote : j’ai même été figurant sur la série Sam… Je suis peut-être, qui sait, à un tournant de ma carrière… Nous sommes d’ailleurs, avec Ludo, en train de travailler sur 2 scénarios… Mais je ne lâche pas l’écriture pour autant et les projets ne manquent pas, notamment celui avec l’un des humoristes préférés des français et une pièce de théâtre coécrite avec Pierre Delavène (directeur général des prestigieux cours Cochet)… La nuit est jeune, la fête a à peine commencé et j’ai encore plein de choses à faire…

La Loge des gardes – Valérie & Philippe Chevrier

Le désert a ses oasis, l’Islande ses sources d’eaux chaudes. Paris a ses Matriochka et Madrid ses couteaux suisses. Il y a des taureaux espagnols en Camargue et des blaireaux en plein Washington. Naples a ses amateurs de bortsch et l’Ecosse ses buveurs de whisky irlandais. L’inattendu, les coups de théâtre et les images tombant de la lune ne manquent pas au monde. Heureusement, l’aventure du surprenant et de la folie douce est souvent pertinente et détrône l’histoire ordinaire. En voilà la preuve…

Parisiens d’adoption, habitués des hauts sommets de la finance et des fonctions à particules, Philippe et Valérie Chevrier sont partis il y a 4 ans en quête d’un autre Everest, celui du vrai et des sensations pures. En 2013, ils découvrent un coin de montagne aux portes de Roanne et à 2 pas de Vichy : La Loge des Gardes, une boule à neige et à tyrolienne en plein pays non alpin. Ils rachètent la station,  qui devient alors leur Amérique à eux.

Aujourd’hui pro des tintements de cloches et des toboggans dans les arbres, Philippe a bien voulu nous éclairer sur le pourquoi et le comment d’une telle gageure, d’une telle marotte, d’une telle fantaisie qui fait résonner, il faut bien le dire, une douce mélodie dans un monde de hyènes.

Philippe, racontez nous votre parcours  :

« J’ai 60 ans et j’ai travaillé toute ma vie dans le milieu bancaire. Je suis un ancien associé de Rothschild & Co, comme l’illustre mari de Brigitte Macron. Il m’a d’ailleurs succédé en 2011… Valérie, ma femme, a 50 ans, et était directrice marketing d’une société d’informatique. Nous avons un enfant et nous vivons à Paris. 

Comment en arrive-t-on à acheter une station  ?

« Depuis quelques années nous cherchions à avoir une structure à nous qui soit intellectuellement épanouissante, à travailler autour du bois et de la nature. Je suis originaire de l’Allier et nous avons une cabane en bois dans la forêt de Tronçais, où nous allons tous les week ends. C’est dans ce coin là que nous souhaitions investir, et nous investir.  Un jour, j’ai reçu un message d’alerte concernant la Loge des Gardes. Avec Valérie, nous sommes tombés amoureux du lieu. Il nous a fallu un an pour établir les tenants et les aboutissants, monter  le dossier, trouver le financement…Mais voilà…on vient de clore, gaiement,  la 3ème saison d’été… »

Quels ont été les 1ers enjeux  ?

«  Rénover, racheter du matériel, informatiser les ventes de tickets, sécuriser… Il a fallu un peu tout refaire, notamment la crêperie. Avec 4 téléskis, 2 kms de piste de ski de descente, 15 kms de piste de ski de fond, et un fort développement des activités en été, il n’y a pas vraiment de quoi bailler aux corneilles…Et pourtant, nous avons conservé tous les deux une activité annexe sur Paris. Disons que nos journées sont mixtes et nos tâches variées !! Ma femme s’occupe des réseaux sociaux et de la mise à jour du site internet, tandis que je me charge, avec une équipe de direction, de l’entretien des équipements, des remontées mécaniques et du renforcement du choix dans les pratiques estivales. »

Quels sont les projets pour la station  ?

« Axer les investissements sur les 4-10-12 ans, tout en conservant, bien entendu, les activités pour les grands. L’idée est surtout de proposer suffisamment de structures pour que les familles puissent passer tout un après midi chez nous sans jamais avoir à se demander « quoi faire maintenant ».  Nous avons introduit les tyroliennes, une nouvelle piste de tubbing, pour plus de sensations, une 3ème est d’ailleurs prévue pour l’été prochain. Les karts s’ajoutent aux trottinettes, et les quads électriques aux quads traditionnels pour les 6-12 ans. Et nous avons aussi un projet de canon à neige pour l’hiver, avec de la neige de culture, c’est-à-dire juste de l’eau et de l’air, pour préserver l’environnement. Nous avons beaucoup d’investissements à faire et nous allons organiser des levées de fonds, qui, nous l’espérons, intéresseront vos lecteurs. Nous avons besoin de tous pour continuer à faire de cette station un petit paradis montagneux en plein cœur de l’hexagone… »

Skier aux portes de Roanne, s’envoyer en l’air dans les arbres et s’octroyer une bouffée d’air pur dans nos vies citadines a peut être un prix, celui de devenir un business angel ou un investisseur providentiel… Soyez attentifs comme nous le serons car le jeu vaut bien quelques chandelles.

+ d’infos :
www.logedesgardes.com

Interview – Virginie Barjonet Danseuse & Chorégraphe – Cie Dynamo

Elle a réussi là où Icare, exalté et grisé en fendant l’air, a fait fondre la cire de ses ailes en s’approchant trop près du soleil. Un rêve nocturne, pénétrant et récurrent, a donné un mouvement d’envol à sa vie, et, à ceux qui la regardent, la sensation grandiose et planante, de l’accompagner dans son échappée belle. Car Virginie passe beaucoup de temps en l’air, sans ailes battantes, ni moteur, ni opiacés. Souvent suspendue à …

KEVIN MEYER – SPORT : Professionnel BMX Flat

On le sait bien aujourd’hui, manger 5 fruits et légumes par jour et ne pas regarder de danse contemporaine sur Arte ne suffira pas à faire de nous des centenaires en rollers ou classés parmi les favoris du critérium 1ère neige. 

Génétique ou phénoménal coup de bol mis à part, il va bien falloir, si ce n’est déjà fait, songer à transpirer en dehors des périodes de canicule, si on veut entraîner notre cœur à pomper gaiement jusqu’à faire exploser toutes les courbes d’espérance de vie. A ce stade, vous ne pouvez plus l’ignorer, le sport est notre allié, le dépassement de soi est notre ami et la sueur nous veut du bien.  Et c’est encore mieux quand on le comprend jeune. 

Nous avons voulu nous intéresser,  justement, à un sport de jeunes, dans lequel les vétérans dépassent à peine la quarantaine : le BMX, ou vélo extrême en skatepark, Flat au sol, Race « course » ou Dirt « sauts sur bosses ». Si vous êtes nés avant 1980, vous pensez sûrement : « quelle horreur, ils ont dû se confronter au péril jeune,  dans un milieu où les cyclistes s’appellent des riders, sûrement toujours en retard, apathiques, anti-Bécherelle et au jemenfoutisme plus irritant qu’une plante urticante ». Bref, vous vous imaginez une pub pour le yaourt « rien à branler », avec des petits jeunes en baggys et casquettes à l’envers. Et bien détrompez vous. Car nous sommes allés à la rencontre d’un professionnel, certes jeune, mais sévèrement gainé, doué et ambitieux.

Kevin Meyer est, à 26 ans, pro de BMX, ponctuel, et bien décidé à faire parler de son sport. Son Master en publicité sous le bras, ce roannais a créé, aidé par l’association « Addicted Riders Project », dont il est le vice-président, une vidéo corporative déjà projetée au Renoir, et une chaîne Youtube, pour diffuser la bonne parole.  

 

 

Kevin ,le BMX, c’est quoi ?

Ca a été inventé dans les années 80 aux Etats-Unis, pour faire du motocross sans moteur. En fait, c’est du vélo extrême adapté pour le freestyle, à base de sauts, figures et acrobaties. C’est arrivé en France dans les années 90, c’est pour çà que les 1ers à l’avoir pratiqué n’ont pas beaucoup plus de 40 ans.  Le BMX se pratique sur piste, sur bosses, en skatepark et en flat, à savoir sur un sol parfaitement plat. C’est ce que je fais : je joue avec l’équilibre et mon vélo, en flat. Une sorte de breakdance…

Et ça t’a pris quand ?

Ado, en 2005. Ça m’intriguait et j’ai regardé des tutos pour m’y mettre. Au début, il suffit de faire 1m30, de se procurer un BMX (un vélo avec 4 cales pieds, un guidon à 360°, et sans frein pour la pratique au sol mais il est préférable de commencer avec un frein c’est plus rassurant et sécurisant), et d’avoir une bonne dose de persévérance pour intégrer l’équilibre et les figures.

Comment on devient pro ?

J’ai fait mes études dans la com en Normandie et j’ai commencé par organiser une compétition à Alençon pour montrer au grand public ce qu’on fait. On est entre 300 et 400 en France, pros et amateurs confondus, alors quand il y a une compèt, tout le monde vient.  J’ai connu pas mal de monde, car c’est un milieu très ouvert et bon esprit. Après mes études, j’ai décidé d’en vivre, en utilisant mes connaissances pour nous faire connaître. J’organise toujours des compèts, je fais des shows un peu partout en France, j’aimerais d’ailleurs en faire plus en local. Surtout, on a créé une association « Addicted Riders Project»: Vincent Chavet en est le président, Benjamin Lhote le secrétaire, et moi le vice-président. 

Pourquoi cette association ?

C’est un levier pour promouvoir l’activité. En fait, ce sport n’est pas affilié, même si on a des appels du pied, à la Fédération Française de Cyclisme, il n’y avait à ce jour ni compétition officielle, ni enseignement, nous faisons partie de l’UCI et cette année la nouvelle vient de tomber il y aura pour la première fois un championnat du monde de flat. Les classements sont pour l’instant relayés par les médias spécialisés et les réseaux sociaux. Aujourd’hui, pour commencer, un jeune doit trouver un rider qui le conseillera, un magasin spécialisé en ligne, et un site où pratiquer, car c’est interdit sur la voie publique. Pas facile. À Roanne, on se retrouve au skatepark. L’association nous a permis de rentrer en pourparlers avec la mairie et de valider une extension prévu pour Juin 2017.

Et la vidéo ?

On a réalisé, avec Julien Lavergne, cette vidéo pro de 42 mns, tournée autour de Roanne, avec 15 riders majoritairement de la région. Elle a été projetée 2 fois à l’espace Renoir et ça a été un joli succès. On en distille des extraits sur la chaîne Youtube qu’on a parallèlement créée, et qui s’appelle aussi  Addicted Riders Project.  Le but est multiple : générer du contenu, du visuel pour le grand public, avoir un rôle éducatif ou de conseil, faire des tutos, parler de ces sports urbains et underground, présenter des vidéos de BMX, skate, trottinette… Ce qu’on veut surtout, c’est que les kids (les gosses), puissent nous trouver, et les parents être rassurés. C’est la 2ème génération qui arrive et on ne veut pas la louper !

 

 

 

 

 

 

Kevin est parmi les 15 riders les plus suivis sur les réseaux sociaux. Il participera à nouveau au Festival des Sports Xtrems de Montpellier, l’équivalent en France des XGames, en tant que compétiteur et commentateur. 

Quel que soit votre niveau en freestyle, larvaire ou confirmé, et même si vous comptez bien ne pas en avoir du tout, ayez la curiosité d’aller voir ce que font ces riders. Vous verrez du spectaculaire, en forêt ou sur bitume, et des jeunes, qui, clairement, en ont sous la selle (quand il y en a une).

Facebook / Instagram / Twitter : @Kevinmeyerbmx      
www.osbmx.fr    
Facebook / Youtube :  @AddictedRidersProject      
E-mail : info@kevinmeyerbmx.com

crédits photos :  © Emma Colin aka Lazylittlefish

LOIC PORTIER – DIRECTEUR DU FESTIVAL CINÉ COURT ANIMÉ

L’Espagne nous l’a ravi pendant 7 ans, soit un cycle de vie entier. Mais ne lui en gardons pas rigueur, car cet autre pays du jambon nous l’a rendu façonné pour  animer notre ville. Et puis, soyons honnêtes, sa captivité a été passablement programmée et consentie.  

Quand on part à Grenade, la vingtaine en bandoulière, un gyrophare de baroudeur  en frontale et un mémoire à préparer, il y a tout de même de fortes chances d’en prendre pour perpète.  Il faudrait avoir un destin monacal  ou des envies de cloître pour ne pas succomber  à l’Alhambra et ses trésors d’histoire, aux inventeurs de la chaleur de vivre et de la meilleure des soupes froides. Disons, donc, qu’il fallait s’y attendre. 

D’autant plus qu’il n’a pas fait, là-bas, qu’apprendre à danser les Sevillanas, à manger à 15h, si tout va bien, des moules farcies de la taille d’un campagnol adulte, et à tutoyer tout le monde  en traversant le mur du son. Il se trouve qu’il a aussi, en poursuivant son jeune chemin,  trouvé sa voie . 

La péninsule Ibérique a finalement gardé Julio Iglesias et Isabel Pantoja  pour nous restituer Loïc Portier , un jeune homme de 33 ans qui a fait de Roanne la ville du court métrage d’animation, et des roannais des festivaliers prêts pour le tapis rouge.

Cet enfant du pays  nous raconte son exil, son retour en fanfare et sa vie puissamment  animée, avant d’entrainer  pour la 8ème fois notre ville dans un tourbillon de projections du  20 au 26 mars 2017.

Loïc, au tout début du commencement de la genèse, qu’est ce qu’il y avait ?

Une passion pour le cinéma et un projet de fin d’études via le programme européen  Erasmus. J’étais en fac de langues à Saint Etienne (espagnol, portugais, anglais),  et je suis parti en 2005 à l’université de Grenade pour préparer mon mémoire de maîtrise.  

Une fois là-bas, j’ai contacté les organisateurs du festival international du court métrage de la ville car à l’époque, beaucoup de films étaient sans sous titres ou alors sous titrés en anglais. Et comme je parlais plusieurs langues, j’ai réussi  à me faire une  place… Je suis un autodidacte,  j’ai appris, beaucoup, et j’ai travaillé 4 ans en tant que producteur, 3 ans en tant que programmateur à Grenade. Tout en participant aussi à la programmation du festival « 3-D wire» de Ségovie-Madrid. 

Je m’occupais surtout des films des continents américains et européens.  Je suis toujours d’ailleurs co-responsable artistique de ces deux festivals. 

Pourquoi être revenu à Roanne ?

J’ai fait le pari d’amener à Roanne une spécialisation  avec du contenu, pour créer une dynamique de territoire.Je suis revenu en 2010, avec un formidable carnet d’adresses sous le bras,  pour présenter  un projet  de festival de court-métrage animé.Le cinéma d’animation se porte très bien en France, le chômage n’existe pas dans ce domaine  pluridisciplinaire. Il ne peut que se développer car il y a tout un tas de ramifications et de techniques à exploiter. Une ville de taille moyenne me paraissait idéale pour cette expérience du 7ème art animé. La ville m’a suivi, car je précise que toute une équipe travaille à mes côtés.

Pour la 1ère édition, nous avons eu 2500 visiteurs,  et 12000 l’année dernière. En 8 ans, on a réussi à s’implanter et à avoir la reconnaissance de nos pairs.  On fait le poids maintenant face aux grands festivals de Grenoble, Annecy ou Clermont. 

Qui est sélectionnable ?

Des professionnels uniquement,  venant de petits studios  indépendants ou de grandes pointures comme Pixar.  Je visionne environ 1500 films par an pour établir le programme. Cette année, 200 court-métrages seront en compétition, et, avec eux, 40 pays.  Différents prix seront décernés : internationaux, nationaux, régionaux, du jury ou du public, un prix expérimental du jury, un prix jury jeune, etc.  Le jury est constitué par des personnes venant du milieu créateur, des réalisateurs, directeurs, etc…dont je ne fais par partie bien sûr parce que j’ai un vrai devoir de neutralité. Je ne donne jamais mon avis à personne, même en cas de forte hésitation.  J’obtiens maintenant des exclusivités nationales,  mondiales, et l’impartialité est primordiale.  Les prix remis à Roanne ont aujourd’hui une vraie valeur. 

Et qu’est ce qui t’anime, toi ?

De créer de la curiosité tous les ans avec des films nouveaux, pour fidéliser notre public, de voyager, de profiter de  toute cette diversité de genres et de techniques. Et puis,  j’aime l’engouement provoqué par le festival, et tout ce qu’il génère autour de lui dans la ville. Il y aura cette année des expos au musée Déchelette ou à la médiathèque, des conférences et des rencontres avec les réalisateurs, des concerts, des séances pour les écoles, des rétrospectives  et des films hors compétition pour présenter les nouveaux talents… Il y aura toujours notre caravane ambulante, qui va jusqu’à Charlieu ou Belmont,  pour toucher un public qui ne se rend pas forcément en salle, avec des séances courtes gratuites. Elle se déplace d’ailleurs tout au long de l’année dans les établissements scolaires…pour susciter des vocations précoces ! Une option art visuel est maintenant proposée à Jean Puy, Carnot et Arago. Depuis, on sait que quelques uns sont partis en écoles d’animation. Ca me rend fier et je suis boulimique de toutes ces retombées en cascade. Je me dis que créer ce festival à Roanne était et reste cohérent.  Tout prend de l’ampleur, les projets sont infinis.  Je ne sais pas où on va aller, mais ce sera loin, c’est sûr. 

BENJAMIN GUILLAUME – DIRECTEUR DE SALLE DE LA MAISON TROISGROS

De son histoire, on aurait pu faire une fable. Dont la morale aurait été «Au possible nul n’est tenu, c’est l’impossible qu’il faut viser, car avec le rêve pour allié, l’audacieux au plus haut est promu». La passion, cette sylphide dévergondée qui souvent s’amuse à faire passer des vessies pour des lanternes, écrit aussi, parfois, de bien belles lignes.

Preuve en est, elle croise un jour le chemin de Benjamin Guillaume et se dit en son for intérieur qu’il serait bien dommage d’abîmer cet éphèbe. Ainsi, elle n’a pour une fois pas fendu le vent ni embrasé l’air ambiant et s’est contentée d’allumer un feu sacré au bord de sa route.

Ce jeune homme n’est ni enfiévré ni délirant mais a certes au fond de son regard vert un peu, beaucoup, de griserie, d’exaltation et d’adoration quand il nous parle de son univers. Il est en somme habité sans être possédé, acharné à bon escient et passionné sans être dévoré.

A 28 ans, Benjamin est le maître d’hôtel de l’inextinguible maison Troisgros. Professionnel de l’apparat de la chère, si jeune expert du cérémonial de la haute gastronomie, il nous livre quelques confidences sur son sacerdoce.

BENJAMIN, LE SERVICE ET TOI, C’ÉTAIT UNE ÉVIDENCE?

Non, adolescent, je ne savais pas du tout ce que je voulais faire. C’est pour ça que j’ai passé un bac général puis un BTS commerce. Pendant mes études, j’avais l’obligation de travailler et j’ai commencé à faire des extras chez Troisgros, en tant que bagagiste, plongeur, serveur, etc. C’est là que tout s’est joué. Je suis parti à Toulouse pour obtenir une licence hôtellerie-restauration. Les études m’ont ensuite mené en Angleterre puis en Malaisie où j’ai préparé pendant 18 mois un Master en hôtellerie internationale. J’ai commencé à travailler en Suisse, comme assistant manager au Palace Intercontinental. Un jour, il y a 4 ans, j’ai reçu un appel du Chef, Michel Troisgros, qui me proposait le poste de maître d’hôtel dans son établissement.

TU N’ES PAS EXACTEMENT UN AUTODIDACTE ALORS?

Non, mais il y en a dans mon équipe, c’est une des grandes forces de la maison justement, de ne s’intéresser qu’à l’envie de quelqu’un, et pas forcément à son parcours. Moi, disons que j’ai pris le temps de trouver ma vocation, je ne voulais pas me rater! Le métier de salle a perdu ses lettres de noblesse et le service est aujourd’hui considéré comme une voie de garage. On fait limonadier parce qu’on ne sait rien faire. Or, lorsque moi je suis tombé dedans, j’ai découvert un monde très riche, fait d’art et d’excellence, et j’ai tout fait pour m’y faire une place. Parce que j’avais trouvé ce pour quoi j’étais fait.

JUSTEMENT, QUEL A ÉTÉ LE DÉCLIC?

En rencontrant Michel Troisgros, j’ai immédiatement été fasciné par le personnage, par son talent bien sûr, mais aussi et surtout par sa simplicité. C’est quelqu’un qui ne sait pas tout mais qui fait tout pour savoir. J’ai trouvé que c’était un bel exemple à suivre. Dès lors, travailler à ses côtés a été non pas un objectif mais un rêve.
Un rêve qu’on ne formule pas, qui reste du domaine de l’irréalisable. J’ai eu une chance inouïe d’être choisi, et cette chance, je la revis chaque jour en arrivant à mon poste. Je suis comme un footballer qui jouerait des grands matchs quotidiennement, un artiste qui ferait le Zénith deux fois par jour. Je suis extrêmement attaché à cette maison, aux valeurs qu’elle porte, à son histoire, à la liberté qu’on me laisse pour valoriser mon métier. Et je suis admiratif de tant de confiance accordée.

QU’EST CE QUI TE FASCINE DANS CETTE HISTOIRE?

On a l’impression, en travaillant chez Troisgros, justement, de rentrer dans l’histoire, d’avoir sa part d’éternité. C’est une des plus vieilles maisons étoilées, et l’ascension a été fabuleuse. Un couple de bourguignons fait en 1930 l’acquisition d’un établissement en face de la gare de Roanne. Elle était stratégique à l’époque car placée sur la RN7, historiquement la route du bonheur pour les vacanciers. Au départ, leur cuisine se veut simple. C’est avec leurs enfants, Pierre et Jean, que le tournant gastronomique est pris dans les années 50: 1ère étoile en 55, 2ème en 65, 3ème en 68. Michel représente la 3ème génération, et la 4ème est aussi aux commandes. Sous leur impulsion, l’histoire continue de s’écrire puisque nous quittons l’emblématique rond point aux fourchettes le 1er janvier après le service de midi pour rouvrir à Ouches le 18 février.

ON ENTEND BEAUCOUP PARLER DE CE DÉMÉNAGEMENT, QU’EST CE QUE TU EN PENSES TOI?

Le lieu choisi raconte déjà une histoire, il est un peu magique et tout a été fait pour ne pas le dénaturer. La salle de restaurant est d’ailleurs construite autour d’un chêne centenaire. Les valeurs de la maison sont mises à l’honneur : simplicité, respect du produit et de la terre. C’est la cuisine qui s’adapte au produit et pas l’inverse. Alors je pense que nous serons totalement cohérents en intégrant ces nouveaux murs.

UNE JOURNÉE DANS LA VIE DE BENJAMIN GUILLAUME, ÇÀ RESSEMBLE À QUOI?

J’arrive à 8h30, parfois après être allé courir. Je salue tout le monde, je vérifie que tout est en place pour le petit déjeuner. Je contrôle les plannings, les réservations, et j’organise la journée. Je fais un point tous les matins avec Michel, César (son fils) et le sommelier, et un briefing avec mon équipe avant chaque service. J’accompagne ensuite les clients pendant leur repas. Je suis en pause de 16h30 à 18h et j’en profite pour faire un peu de sport. Après, je reprends ma place de chef d’orchestre jusqu’à…je ne sais jamais jusqu’à quelle heure en fait.

TU TOURNES À QUOI AU JUSTE?

Au bonheur d’avoir de la chance !!! C’est un mode de vie que j’ai choisi car ce rythme là, tu ne peux définitivement pas le subir. Je me mets une pression positive et je suis passionné par ce que je fais. Sans compter toutes les activités extra professionnelles que nous avons tous ensemble. Ca resserre les liens et entretient l’esprit collectif. C’est ma vie, je passe le plus clair de mon temps libre dans les vignes, avec nos vignerons, ou j’interviens dans les écoles pour essayer de transmettre mon amour du métier. Et puis…j’aime mon équipe, l’ambiance. Le service est familial sans être familier, on est sérieux sans se prendre au sérieux. J’ai parfois l’impression d’être un équilibriste parce que chaque service est une surprise et ce mystère est pour moi la plus grande des motivations. Je m’enrichis au quotidien en tant que personne, dans mes relations aux autres, dans mes connaissances, ma culture. Et je n’en reviens toujours pas! Venez me voir en habit de lumière et…vous verrez…

C’est le genre de chose qu’il ne faut pas nous dire deux fois…