Portrait

LES TIT’ NASSELS

AlexA3688 views

Les Tit’ Nassels portent un nom bien curieux. Surtout si on parle anglais. Ils ont passé 20 ans à faire bourlinguer les accords et chanter les flonflons, sans que nous ne sachions jamais pourquoi ils ont un jour fait de ce nom leur identité de scène.  L’Ile de Pâques n’a pas le monopole du mystère et Roanne n’est pas en reste pour abriter des secrets bien gardés. Nous pensions cependant qu’il était plus simple de percer celui-ci  que de résoudre l’énigme du château d’If ou des Menhirs de Carnac…Il est finalement juste de dire que, une fois sur la voie de ce St Graal, nous n’étions pas au bout de nos surprises…

Nous vous racontons l’histoire  de ce duo musical roannais devenu quatuor il y a peu.  Les Tit’Nassels  viennent de sortir leur 9ème album, « En plein cœur », plus rock que les précédents, et toujours à mi chemin entre les histoires un peu braques et les chansons graves, entre l’ambiance fin de bal, quand la mélancolie prend le pas sur la griserie, et celle, joyeuse et onirique,  d’un  carrousel qui n’en finit pas de tourner.

Un beau roman, une belle histoire 

Sophie et Aurélien, devenu Axel avant sa majorité en raison de son admiration pour les Guns & Roses, se rencontrent à 15 ans sur les chaises en bois râpeux du lycée Jean Puy.  Les années 90 sont jeunes et Hélène et les Garçons sont à l’apogée de leur art. Kurt Cobain chante Rape Me à Nulle Part Ailleurs, Grospiron se prend des bosses, les Alpes bloquent le nuage de Tchernobyl, les parents de Maître Gims ont l’idée saugrenue de se reproduire et Axel a déjà un groupe de Rock, les « Blowbacks », dans lequel il chante et joue de la guitare. Ils se produisent, sapés comme jamais,  dans les concerts de la région,  fréquents à cette époque. Mais on vous parle d’un temps que les moins de 35 ans ne peuvent pas connaître…

Et Sophie, pendant ce temps là, en pianotant  sur son synthétiseur, rêve d’être journaliste. 

Ils partent en fac à St Etienne, l’un en  Lettres, l’autre en Espagnol. Quelques uns d’entre vous auront  connu les orgies estudiantines de cette cité minière…C’est l’époque du Clos des Baraudes, du Bull, des pains-frites, des soirées Casimir, des assemblées générales enfumées en amphi et du Théâtre de Poche. Axel convainc Sophie, qui chante avec lui dans les soirées où on se fait un nom dans la résistance à  l’alcool, de faire la deuxième voix sur scène. Elle tente, aime, et en veut encore. C’est simple et efficace. Ils reprennent jusque là  les Beatles, Barbara, Mano Solo, etc …  mais commencent bientôt à écrire leurs propres chansons. Le programmateur du Théâtre de Poche trouve que « tout cela tient bien la route » et décide, puisque c’est ce qu’il sait faire, de les programmer. Ils jouent leur 1er concert sous le nom des «Tit’ Nassels» le 16 juin 1998. A eux deux, ils ressemblent à une boîte à musique : guitare et voix, puis piano, accordéon, mélodica, wood-block,  kazoo, etc. Sophie raffole de tous ces jouets pour faire du son et a sûrement gardé les tables d’éveil sonore des enfants qu’elle a eu depuis…On l’imagine aisément gratouiller tout et n’importe quoi tant on lit sur son joli portrait  l’envie contagieuse de rire le vendredi sans avoir à pleurer le dimanche.

Et si on rembobine…

Les choses s’enchaînent assez vite puisque la même année (98 donc pour ceux qui ne suivent pas), sort  «Pantin», leur première K7 (boîtier amovible contenant 2 bobines destinées à recevoir une bande magnétique).  Deux albums autoproduits suivent, jusqu’au 1er Cd national sorti en 2004 (« Pareil ! »). Axel a arrêté son abonnement à la 1ère année de Lettres depuis longtemps pour se consacrer exclusivement à leur duo, et Sophie l’imite bientôt, après quelques années à travailler en tant qu’aide éducatrice. Elle ne sera donc pas journaliste mais aura tout de même l’occasion de gratter du papier. Car pour les textes, chacun écrit les siens, même si Axel est en général  plus prolifique.

Leurs styles sont reconnaissables et se rejoignent pour parler de la vie, de l’amour, de la guerre, de la solitude, des amants, de la passion qui se fait la malle, des « types à genoux sur le pont de l’existence », des «valises qui pèsent sous les yeux », d’une poupée russe qui se met au régime, ou encore du « bonheur qui prend de l’amplitude ensemble»… 

Ils vous emmènent quoiqu’il en soit  dans l’univers de la chanson populaire, des textes pertinents, des fleurs dans les cheveux,  du bitume  dans la voix et des fous rires sur scène.

Le rythme d’un album tous les 2 ans est trouvé et les Tit’ Nassels jouent  à Roanne, en France, en Suisse, en Belgique, en Allemagne, et vont même jusqu’à Taïwan.

En 2009, pour célébrer leurs 10 ans, le duo sort un album rétrospectif : «Pêle-Mêle». Pendant ce temps, ils se marient, chacun de leur côté, et font des bébés devenus grands…

Axel fait ses couvades en chansons et Sophie assume leurs  concerts  enceinte jusqu’aux yeux de  pépées de bohème…

Leur avant dernier album, «Soyons fous», tourne une page de leur histoire. Le Duo est mort. Vive le Quatuor. Romain Garcia est à la basse, David Granier à la batterie.  Quant à Aurélien Durier, ami fidèle et illustrateur, il continue, depuis son premier « pantin », de concevoir leurs pochettes. 

« En plein Cœur »

En octobre 2016 sort donc leur 9ème album, « En Plein Cœur », conçu pour être joué à 4 sur scène.  Ils savent viser, c’est indéniable, et le nouveau ton rock donné par la basse et la batterie s’accouple parfaitement à leur poésie. Ils alternent, toujours, les histoires loufoques (une «demande en mariage» un tantinet radicale), les histoires de rupture dont l’après est plus ou moins bien géré, les mises en vers porteurs d’espoir d’une actualité désespérante, les questionnements sur la paternité et sur tout ce qui les touche et les atteint au quotidien. C’est un cœur qu’ils ramassent à la petite cuillère,  avec joie et gravité. Car oui, le choc de ces deux mondes, celui du bonheur de vivre et celui d’une humanité peu glorieuse,  n’est avec eux pas si violent que ça. Le pire et le meilleur, les lâchetés et  les courages,  cohabitent comme dans toute union, et comme en chaque homme. « Je préfère crever d’amour debout que de mourir seul sur le champ d’horreur », voilà qui devrait rythmer quelques unes de nos avancées dans l’existence. 

Rencontrer Sophie et Axel ne peut que remplir la malle aux doux souvenirs. En image, celui d’une jolie bouche carmin prête toujours  à s’épanouir en un large sourire, et de grands yeux verts  généreux et  mélancoliques.  Ils sont plongés jusqu’au cou dans la vraie vie et donnent une furieuse envie de s’attabler avec eux pour goûter quelques boissons tanniques et  découvrir un peu plus le dessous des cartes…

Les Tit Nassels ont joué fin  février à l’Espace des Marroniers au Coteau. Nous et notre cœur y étions, heureux d’être les cibles de leur rock gouailleur et chargé de sens, avant de les laisser faire leur tournée un peu partout en France. Quant au mystère dont nous parlions en introduction, vous allez devoir écrire vous-même l’histoire se terminant peut être par «é qué s’apélorio Les Tit Nassels». Car, en bons épicuriens qui  ont parfois poussé le vice jusqu’à l’ivresse, ils ont perdu la trame, l’amorce  de leur nom…N’en déplaise aux prêcheurs du coucher tôt, ce qui se dit la nuit voit donc quelques fois le jour.

© JI FOTOLOFT