Reportage - Interview

L’ANTRE AUX POTS – MARC GIROUDON – POTIER

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Nous avions pour cet article sur Marc Giroudon, potier de l’Antre Aux Pots à Villerest, un titre évocateur dont nous étions très fiers : « Le bonheur est dans le grès ». Mais Marc, qui travaille à présent la terre vernissée, nous a coupé l’herbe sous le pied, et c’est sans compter tous les jeux de mots dont nous avons dû faire le deuil dès les cinq 1ères minutes passées en sa présence.
Nous tenions à rencontrer ce personnage intrigant, tant son cadre de vie et de travail nous paraissait époustouflant, et vous livrer de rocambolesques histoires sur son passé. Mais Marc, qui n’aime rien tant que ne pas parler de lui, nous a, là encore, coupé l’herbe sous le pied. Mais, ses brillantes esquives trouvant toujours notre insistance, il s’est finalement lassé de la nourriture pour mouton et a consenti à se livrer un peu…

Retour sur son demi-siècle de vie dans un lieu magique qui couve ses racines, et focus incontournable sur l’évènement estival audacieux dont il est, avec son association, l’heureux père : « Bol d’Art 2017 ». En effet, du 20 mai au 15 septembre, Marc met le street art au vert et accueillera pendant 3 semaines une dizaine d’artistes graffeurs (et pas que), dont il exposera ensuite les œuvres tout au long de l’été.

Un petit tour en Bohème

L’antre Aux Pots se niche au lieu dit Saint Sulpice à Villerest. C’est un domaine familial assez magistral, une ancienne ferme dont le 1er mur a été monté en 1854. Sept générations se sont succédées et c’est le père de Marc, potier de métier, qui a transformé les lieux.

Aujourd’hui, l’atelier, la salle d’exposition et la boutique forment un ensemble cohérent et pastoral. Pour ne s’attacher qu’aux bâtiments en dur car l’endroit est une sorte de couteau suisse de l’esprit bohème. Le long du chemin vous menant jusqu’à l’antre, un immense Scrat en bois, des poteries et des arbres emmitouflés dans du patchwork en crochet (de l’art urbain Yarn Bombing) vous préparent à une ambiance fantasque et pittoresque.

Et puis il y a toute cette verdure, le jardin, les odeurs de terre et de feu de bois, l’étang, les curiosités multiples, dont la roulotte sortie sûrement d’un cirque russe  de l’époque des Romanov.  Valérie, la compagne de Marc, y a d’ailleurs installé l’atelier de couture de sa marque de vêtements « Zoé Thoué », mais nous vous parlerons d’elle dans un prochain numéro…

Marc est né ici, et nous sentons bien qu’il est viscéralement attaché à ce lieu dont il a fait un paradis pour esprits affranchis. Il est son propre maître, et ce depuis presque toujours, tant et si bien qu’il a tout oublié de sa vie « d’avant ». Il a suivi les traces de son père qui faisait, lui, de la poterie utilitaire en grès et du négoce de poterie de jardin. Comme quoi le bonheur peut tout à fait être dans le grès… Marc a quant à lui arrêté l’activité de négoce et est passé à la technique de la terre vernissée, plus adaptée à la couleur et au dessin pour lequel il est doué.

Pendant 20 ans, il a bourlingué dans les marchés de potiers pour finalement décider de ne plus quitter sa terre. Il fait de l’utilitaire décoratif et se définit lui-même davantage comme un artisan que comme un artiste. Il aime la variété liée à son métier,  tourner le rassure, et l’étourdit aussi, sûrement. 

Depuis 3 ans, il transmet sa passion à qui veut bien découvrir les différentes techniques de poterie, lors de 2 séances hebdomadaires de 2h. Encore pour lui une occasion, s’il lui en manquait, de se faire des « potes ».

Terres de Potes et Bol d’Art

C’est justement avec ses amis et sa compagne, qu’il a créé, en 2016, l’association « Terre de Potes », afin de sortir de la seule entité poterie et de rassembler autour de lui artistes et artisans d’art. Il a voulu faire de son domaine un lieu de potes et de convivialité, avec bar associatif et différentes manifestations publiques.

L’année dernière, Marc et ses compagnons de bohème ont construit un insolite «four bouteille» dont il reste quelques vestiges, et organisé un stage de graff. 

Cette année, le 27 mai très exactement, ce sont 8 graffeurs professionnels qui s’installeront à résidence pendant 3 semaines, durant lesquelles ils devront préparer l’exposition qui durera tout l’été. Ils bomberont des murs, des façades, des palissades allant jusqu’à 30m², des supports dénichés alentours, et même de gros cailloux disposés tout le long du chemin, afin d’attirer un petit poucet « gourmand d’art ».

Jusqu’au 15 septembre, les œuvres seront exposées au regard du public pour être finalement vendues aux enchères lors de la cérémonie de clôture.  Durant ce « Bol d’Art », vous assisterez à une formidable fusion d’artistes, d’artisans, de savoir-faire,  et à un savoureux mélange des genres.

Les 27 et 28 mai, 25 artisans de l’association « Métiers d’Art en Scène » viendront exposer, et, tout l’été,  un mur d’expression libre n’attendra que votre propre inspiration.

Si l’Antre aux Pots est un endroit à la fois beau, surprenant, chargé d’histoire, mutin et magique, le voir soudainement investi par une forme d’art cataloguée et si mal connue, nous paraît être une gageure incongrue et par la même séduisante. Qui plus est dans la droite lignée de l’esprit de liberté, de drôlerie et de poésie qui règne en ces lieux. Marier la ruralité à l’art urbain, faire s’entrechoquer les mondes, mais à la façon de tubes de carillon feng shui, entre tentes touareg et esprit ginguette…voilà qui devrait dépoussiérer les traditions et doucement remuer les plus routiniers d’entre nous.