Portrait

Ludovic Berthillot – Acteur & Réalisateur

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C’ est un bien beau bébé que nous avons rencontré, heureusement autonome et discipliné, car nous n’aurions aimé ni devoir le faire biberonner ni avoir à le réprimander. C’est qu’il s’agit d’un bébé de 48 ans ayant apparemment toutes ses dents, malgré un physique de boxeur on-ne-peut-plus assumé et un sang chaud, comme un poêle à bois, à peine tempéré par les années.

Ludovic Berthillot, acteur et réalisateur, a manifestement pris sa revanche sur une naissance prématurée à Roanne. Aujourd’hui très bien placé dans la chaîne alimentaire et dans les castings de « gueules » à la Jean Pierre Jeunet, il nous a livré, chaleureux, direct, tonitruant et « uppercutant », son parcours drolatique truffé de bonnes rencontres et d’anecdotes facétieuses. Enfin…entre facétieuses et irracontables, selon l’âge et l’éducation morale de nos lecteurs. Nous ferons donc dans le juste milieu pour vous résumer les quelques heures intenses et à plein gaz passées en sa compagnie. Car nous tenons là de quoi écrire un livre en plusieurs tomes sur un enfant du pays parti à la conquête de l’autre monde.

Un dossier de sale gosse

Ludovic est né le 24 avril 1969. 2Kg100 à la naissance pour ce minotaure de l’année érotique. Cet enfant, conçu une fois les pavés de mai 68 rangés pour une prochaine révolution, connaît un parcours scolaire chaotique et l’éducation nationale s’en fait assez vite un ennemi. Doué en tennis, il passe son monitorat et s’apprête à commencer une carrière en jupette blanche, lorsqu’il est appelé sous les drapeaux. Pour lui, qui n’est pas en totale symbiose avec l’autorité ou le réveil au clairon, c’est le drame. Mais à toute chose malheur est bon car il tient là son 1er rôle. Celui d’un danger pour la nation, réformé P5, en toute simplicité, avec en second rôle un caporal de semaine qui n’a pas poursuivi sa carrière. A ce stade là du récit, la rédaction se dit que cette entrevue va être un vrai régal. Et aussi « ok. Donc, c’est un dingue ». Mais les écrits restant, permettez nous de rester vagues.

 

Ludovic est donc perdu pour la marche au pas mais rentre finalement dans le rang et s’engage pendant 10 ans au Club Med comme moniteur de tennis et G.O. Il tombe amoureux de la scène et se lie d’amitié avec Elie Kakou, qui, rapidement, l’incite à monter à Paris pour y tenter sa chance. Lui qui aurait pu finir chef de village annonce finalement à ses parents, depuis longtemps sous passiflore, qu’il veut être comédien. Et son père de dire, très justement : « Celle-ci, tu ne nous l’avais pas encore faite ». Et de réserver 2 places au séminaire « vaincre le surmoi belligérant » pour un stage d’éveil à la paix intérieure.

A Paris, il se retrouve devant un mur lisse, sans prise, mais enfile sans rechigner les différents déguisements qu’on lui propose. Il s’inscrit à l’école « Pygmalion », un training d’acteurs à Montrouge, mais, là encore, la séparation intervient d’un commun accord. Alors, d’impros en petits rôles, l’autodidacte roule sa bosse. Il se retrouve immobilisé 8 mois en fauteuil roulant, à cause d’une maladie imprononçable et absconse comme il en existe plein, et en profite pour mettre sa combativité en pleine terre. De retour à Paris en 1998, il fait des rencontres capitales qui vont sceller son destin…

130 films

Ludovic croise le chemin de Michel Muller qui lui ouvre grand les portes de « Fallait pas l’inviter » à Nulle Part Ailleurs. Il tourne 70 sketchs avec lui et se creuse les sillons nasogéniens à jouer des personnages douteux plus barrés les uns que les autres.
Lors du tournage de Tais Toi en 2002, il tisse d’importants liens avec Dépardieu, et jouera 4 films à ses côtés. Il incarne des seconds rôles marquants pour Godard, Mocky, Veber, Leconte, Marchal, Besson, etc. Il tourne dans « Banlieue 13 », « 36 quai des orfèvres », « Wasabi », « Au battement du parloir » (3 fois primé), « La tête haute », « la fille du patron » (tourné à Roanne il y a 3 ans), etc.

En 2009, il décroche un 1er rôle très remarqué dans « le roi de l’évasion », d’Alain Guiraudie, présenté à la quinzaine des réalisateurs à Cannes. Un road-trip amoureux et un brin trash dans lequel il campe un homosexuel tombant amoureux d’une femme. Ce rôle lui a valu des papiers dithyrambiques et quelques 250 demandes en mariage … pour tous.

Lorsque nous le rencontrons, il vient de prendre 15 Kgs pour son 1er rôle dans « All you can eat Budha », de Ian Lagarde, dont on surveille la sortie en salle. Un film à récompense mettant en scène une plongée gargantuesque dans l’absurdité d’une société destructrice. Disons que Ludovic sait parfaitement faire le grand écart entre le cinéma d’auteur et le cinéma grand public. On l’a d’ailleurs vu cet été dans la comédie « Mission Pays Basque », de Ludovic Bernard.

 

A la TV, on le retrouve dans « Largo Winch », « Profilage », « Dos au Mur », etc. C’est d’ailleurs les bras remplis de faux tatouages tout à fait crédibles, pour son rôle dans un prochain épisode de « Capitaine Marleau », qu’il se présente à nous.
Sans oublier le théâtre, son one-man-show en 2013 : « Avec plaisir », et des projets à n’en plus finir. Parmi eux, son 1er long métrage, très abouti, en tant que réalisateur : « Gang de femmes ». Féministe acharné, Ludovic, qui a déjà réalisé des courts-métrages, prépare son coup depuis longtemps. Son film, une histoire de vengeance sur fond d’amazones modernes, devrait voir le jour en 2018.

Si Ludovic totalise à ce jour 130 films et quelques récompenses, il continue à boxer 2 fois par semaine, et régulièrement aux côtés d’incarcérés de Poissy qu’il aide sur le douloureux chemin de la réinsertion. Il est également le parrain de l’association humanitaire « Les p’tits bouchons de Roannais », qui allège le quotidien des enfants hospitalisés. Il lui faut bien cela, sûrement, pour se reconnecter à la réalité, et continuer à mater un égo qu’il veut le plus silencieux possible. Pour se reposer aussi, peut-être, de ces soirées exagérées, comme on les souhaite à tout le monde, aux côtés de Depardieu, Joey Star, Ramzy et consorts. Car oui, nous avons du dossier, du drôle, du lourd, de l’immense n’importe quoi, et nous brûlons de vous raconter. Mais l’OMS et la censure nous tomberaient dessus. Le Bruit Qui Court est encore trop jeune pour affronter la vindicte et courir trop loin, sauf, peut-être, si Ludovic Berthillot court devant…