Reportage - Interview

MAÏTÉ CHANTREL – AIGUILLES & SENTIMENTS

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Peut-on imaginer le Lac des Cygnes sans tutus plateaux blancs, Robin des Bois sans collant vert, et Peau d’ Ane sans peau d’âne ? Aurait-elle autant marqué les esprits sans sa robe couleur du temps, et de quoi aurait eu l’air Batman habillé simplement en fille de l’air ? On ne peut pas, sans trahir l’histoire, représenter Marie-Antoinette en majorette, ou le dernier des Mohicans en Little Bob. 

Il faut, pour concevoir et réaliser le bon costume pour un spectacle vivant et des corps en mouvement, l’alliance d’un grand esprit et de petites mains. Quelqu’un ayant le sens de la mise en scène, à même de maîtriser la concordance des temps, de comprendre les couleurs, les matières, et de leur insuffler du volume.

Maïté Chantrel est de ce genre là. Costumière, habilleuse, styliste, modéliste, couturière, diplômée de la « Wimbledon School of Arts » de Londres et de l’Académie Internationale de Coupe de Paris, elle travaille, de nuit comme de jour, pour le milieu artistique.

Sans oiseaux chantant ni souris adeptes des chats d’aiguille. Installée à la Cure de Saint Jean Saint Maurice, cette Cendrillon moderne ne doit rien à la magie et ne marque pas d’ourlets pour plaire à un Prince, mais pour vous plaire à vous.

Car, pour que le spectacle continue, il faut bien que les voiles jouent, encore et toujours, avec les dentelles, les corsages avec les crinolines et les justes-au-corps avec les diadèmes. Et ça ne va pas se faire tout seul.

Une jeunesse en patchwork

Maïté est aussi douce et aérienne que son homonyme du sud ouest est vociférante et  cruelle envers les animaux. L’une des deux, donc, porte mal son prénom. Elle est née il y a 38 ans dans un petit village de pêcheurs  de Normandie. Elle passe un bac L option théâtre, étudie une année en Arts Plastiques, puis une autre au Camberwell College of Arts de Londres. Elle découvre alors le costume, cette « sculpture portée qui a un sens », et obtient une bourse pour la célèbre « Wimbledon School of Arts », section « costumes historiques ». Là, pendant trois ans, elle étudie l’histoire, apprend la couture, les techniques de moulage, le travail du fil de fer et d’autres matières. Elle entre dans le monde des tutus, des corsets, des pèlerines et des hauts-de-forme, pour ne plus en sortir. Ces années là, elle crée des costumes grandioses pour le carnaval jamaïcain de Notting Hill (le quartier du coup de foudre), réalise quelques projets pour de petites compagnies, et présente un mémoire sur la signification des motifs africains. Car l’Afrique l’attire depuis toujours… Elle y a fait ses premiers séjours à 16 ans, prend des cours de danse africaine et ne vit sûrement pas par hasard dans le quartier jamaïcain.

Du English National Theatre à la Cure de Saint Jean Saint Maurice

Fraîchement diplômée, elle obtient un poste de petites mains dans les ateliers du English National Theatre, et commence, docile, par coudre des étiquettes. Elle est ensuite l’assistante de la designer du spectacle « The Little Women ». Elle assure, là, l’habillage des comédiens, découvre l’énergie de la scène et apprend à respecter le travail de chacun. Mais l’Afrique l’appelle et là voilà partie, vaccinée et portant sa bonne étoile en bandoulière, à 200 kms de Dakar, en plein Sahel, dans le centre artisanal d’une communauté musulmane. Elle y reste un an, avec un photographe, et abat un travail considérable pour créer un catalogue et référencer tous les produits fabriqués. L’humanitaire, les ambiances « roots », sans électricité ni fer à lisser, la nourrissent plus sûrement qu’un dîner chez l’ambassadeur… Cependant, son pays lui manque enfin et, une fois son projet africain achevé, elle s’installe à Lyon.  Elle travaille alors, comme intermittente du spectacle, pour l’Opéra de Lyon ou la Biennale de la Danse. L’aventure dure 7 ans, comme l’amour. Elle fait une pause avec le costume, pour renouer avec l’humain. Elle passe 18 mois à « Fil en Forme », un atelier de réinsertion de Lyon VIIIème, dans lequel elle aide les femmes à retourner vers l’emploi.  Mais elle rencontre le père de ses futures filles et le suit à Paris où elle va, là encore, travailler dans un ESAT (établissement et service d’aide par le travail) pendant 4 ans. Et faire, donc, des filles.  L’heureux père obtient, enfin, sa mutation dans la région, dont ils sont amoureux, et c’est ainsi que Maïté, à la recherche d’un lieu pour donner des cours, s’installe à l’atelier pépinière des métiers d’art de la Cure.

Une fille qui tombe bien

Parce qu’elle a tendance à arriver où il faut quand il faut, Maïté pense être née coiffée, ce qui, pour une costumière, ne manque pas d’à propos. Son installation chez nous coïncide avec le départ en retraite du costumier du conservatoire de danse de Lyon. Et c’est  à elle qu’on propose de reprendre le poste. Quand nous la rencontrons,  elle travaille depuis septembre pour un projet de Maguy Marin, une danseuse et chorégraphe française. Elle nous explique alors comment vieillir du tissu avec une râpe à fromage tout en terminant de fixer une cerise sur une coiffe. Elle aime les perpétuelles nouvelles aventures que son métier lui offre, les recherches et les échanges qu’il impose.

Dans son atelier, rempli de vieilles malles, de rubans, de biais, de boutons et de tiroirs à malice, elle propose  également à la vente ses créations de prêt à porter, d’accessoires (sacs, chapeaux…) ou de costumes de fête propres à l’enfance. Enfin, elle anime des ateliers pendant les vacances scolaires et donne des cours de couture tous niveaux, en collectif ou en particulier (renseignez vous).  Cette jeune femme angélique donnerait sans conteste le goût du faufilage à un bûcheron et à n’importe quel punk l’envie de se faire tailler un costume, car on succombe à sa bohême et à sa sensibilité créative en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire.

ATELIER MAITE CHANTREL
La Cure – pôle culturel et touristique – SAINT JEAN SAINT MAURICE SUR LOIRE
www.maitechantrel.fr – maitechantrel@gmail.com – Tel: 06 68 03 64 56