Reportage - Interview

S.P.A. «Un jour, c’est certain, Dieu reconnaîtra les chiens» (Renaud, dans « Baltique »)

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Cet article est pour eux, qui jamais ne pourront le lire, ces rôdeurs éclopés, ces pestiférés, ces chiens de la casse, ces chats galeux, ces moutons noirs, ces vilains petits canards, ces pauvres teigneux souvent faits comme des rats. 

Cette tribune est pour elle, à qui jamais on ne lit ses droits, cette légion des damnés de la terre, des héritages dont on ne veut pas, des chiots qui ne restent pas peluches, et qui finissent en clébards allant comme des chats maigres. Pour toutes ces minettes épuisées, aux mamelles taries par des chatons sans père, pour  tous ces bâtards solitaires, ces meutes de cerbères, de races démodées, qui, entre chiens et loups, ne savent plus sur quel cheval miser.

Bien sûr, si cela ne tenait qu’à eux, ils se feraient vite oublier, ne sortiraient que la nuit, lorsque tous les chats sont gris, iraient secouer leurs puces avant potron-minet, et attendraient, sauvages et langues pendantes, de mourir comme des chiens. Seulement voilà, cette triste armée de pauvres hères aux babines malades  a son Abbé Pierre. Ces chattes trop amoureuses, ces cas sociaux des toits brûlants, ont leur Armée du Salut. Ces fins limiers abandonnés, bonnes pâtes ou sales cabots, ont leur Petite Soeur des Pauvres. 

La SPA, ou société protectrice des animaux, est, depuis 1845, la porte parole des rebuts du monde animal. Créée en première instance, par Etienne Parisot, pour protéger les chevaux maltraités par les cochers parisiens, têtes de chiens, ses champs d’action se sont bien vite étendus. Depuis la première loi consacrée à la protection des animaux en 1850, jusqu’à ce que le parlement leur confère, en 2015, le statut d’êtres vivants (sans déconner??) doués de sensibilité, la SPA est, avec les moyens qui sont les siens, de toutes les luttes. 

Nous avons rencontré Sylvette, trésorière de l’association, et Dany, membre du conseil d’admistration. Qui, en défenseures émérites et bénévoles, de la déclaration universelle des droits de l’animal, adoptée à l’Unesco en 78, se battent, pour qu’un jour, enfin, « Dieu reconnaisse les chiens ».

Par un caniculaire après midi de juillet, sous une pergola accueillante, entourés de chats intrépides et de mascottes indifférentes, dans un va et vient incessant de promeneurs bénévoles, nos voix presque couvertes par des aboiements mélancoliques, compulsifs, tonitruants… Ce n’est pas la mort du petit cheval blanc, mais il faut, tout de même, à ces deux femmes, qui nous parlent de concert, bien de l’amour et du courage…

Mesdames, quelle est l’histoire de la SPA de Roanne ? 

Elle a été créée en 1928, par une femme, Grabrielle Venin. Initialement, elle se situait avenue du Polygone, où elle est restée jusqu’à la fin des années 80. En 90, la mairie a fait construire les bâtiments que nous occupons aujourd’hui, sur un grand terrain qui est sa propriété, le long du canal, en pleine nature. C’est à titre gracieux que les chiens sont hébergés ici. Car à Roanne, j’insiste, nous ne gérons pas les autres animaux, qui sont redirigés vers d’autres associations quand on nous en amène. L’Arche de Noé, qui est mitoyenne, est une entitée distincte qui ne s’occupe que des chats, et nous entretenons des rapports de bon voisinage. Comme vous pouvez le constater avec la communauté féline ici présente… (ndlr : un chat est étendu de tout son long sur la table, tandis que d’autres lézardent ou se promènent crânement devant les cages…)

LVMH ou Dassault investissant, à notre connaissance, assez peu dans le bien-être animal, de quoi vivez vous ?

Beaucoup d’amour et d’eau fraîche ! Nous recevons, heureusement, des dons, parfois des donations. Nous avons aussi une fonction de fourrière, à Roanne,  nous percevons donc la redevance. La fondation 30 Millions d’amis nous aide beaucoup, nous fournit une partie des croquettes et nous paye presque 3 mois de frais vétérinaires. Les bénévoles eux mêmes font parfois des dons, de même qu’il est possible de « parrainer » un chien, c’est-à-dire de participer, à hauteur de ses possibilités et sans le prendre chez soi, à sa prise en charge. Nous organisons aussi des opérations « caddies », et l’une d’entre elles nous a une fois permis de récolter 3 tonnes de croquettes, ou des fêtes durant lesquelles nous vendons des livres, des objets de brocante ou autres (le muguet du 1er mai, le Noël des animaux…).  Nous développons depuis peu une activité de pension pour les chiens identifiés et à jour de leurs vaccins. Enfin, nous comptons beaucoup sur la collecte de fonds de fin novembre, et sur tout ce que les gens nous donnent avant l’hiver (couettes, coussins, etc.). Mais tout cela ne suffit encore pas, et chaque année le déficit se creuse…Nous passons en moyenne 40 kgs de croquettes par jour, et avons 1500 euros de frais vétérinaires tous les mois, entre autres dépenses …

Comment 

fonctionnez-vous ?

Ici, nous avons 6 salariés, et c’est un effectif incompressible!! Viennent ensuite tous les bénévoles, constitués majoritairement de femmes : 2 enquêteurs, lorsqu’on nous signale une maltraitance, 2 personnes qui suivent les adoptés, une éducatrice canine, le responsable de la section animalière des pompiers de Roanne, des bricoleurs, car nous avons besoin de tous les corps de métiers, et les indispensables promeneurs. C’est aussi une jeune bénévole qui gère les réseaux sociaux, qui sont d’une formidable efficacité ! Et puis, il y a tous les membres du conseil d’administration, avec à sa présidence Michel Nebout. Il est d’ailleurs très dynamique et, depuis son arrivée, plein d’améliorations ont été apportées pour le bien-être de nos animaux (chauffage au sol, brumisateurs, espaces détente)

Êtes-vous parfois en surpopulation ?

Jusque là, arrivées et départs s’équilibrent. Bien sûr, lorsque nous rentrons 6 chiens, et qu’un seul s’en va … ce n’est pas très rassurant. Mais nous n’avons, heureusement, jamais recours à l’euthanasie, sauf celle de fin de vie, si, et uniquement si, le vétérinaire juge que tout a été tenté et que l’animal souffre. Certains chiens sont là depuis si longtemps qu’ils sont ici chez eux. Comme Vickie, une très vieille Terreneuve de 14 ans, qui déambule à sa guise et à qui on vient d’installer un ventilateur dans la cuisine, Lubie, notre mascotte un peu lunatique, ou encore Tom et Jerry, deux frères qu’on a eu bébés et que nous n’avons jamais eu le coeur de séparer.

Et du coeur, il en faut, n’est ce pas, pour donner de son temps ainsi ?

Nous sommes amplement payés en retour. Il faut le dire aux gens. L’amour et la reconnaissance de ces chiens, qui ont tous une histoire différente, que nous ne connaissons pas toujours, sont bouleversants et inconditionnels. Mais, en attendant le jour béni où les abandons et les cruautés cesseront, il nous faut, également, des bras, des sous, et des adoptants. Nous avons, aujourd’hui, 55 chiens proposés à l’adoption, et tous, croyez nous car nous connaissons chacun d’entre eux, méritent une seconde chance …