Reportage - Interview

LES MARDIS DU GRAND MARAIS

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Certains d’entre nous se rappellent sûrement d’une époque bénie où il existait dans la semaine un bis repetita du samedi soir.
Le mardi soir, ça sentait bon la soupe de pâtes, les frites, la soirée pyjama, la 
séance de ciné ou du rab sur le temps de télé.
Parce que le jour des enfants suivait, on pouvait se permettre quelques incartades sans avoir les yeux collés le lendemain.
Adultes, la fête est finie et le mardi sonne toujours le glas du week end. Il y a encore boulot-taf-école-réunion le mercredi et il reste plus de la moitié du chemin à parcourir jusqu’au vendredi libérateur.
Mais pour ceux qui n’ont pas oublié, les habitudes ont la vie dure. Programmés depuis l’enfance, ils ne veulent pas de tisane ni de compote le mardi soir, et trouvent plaisir à mettre un peu de punk attitude dans leur semaine laborieuse.
Pour ceux là : les Mardis du grand Marais. Vous en êtes ? 

UNE MAJORITÉ FRAÎCHEMENT ATTEINTE 

Il y a 18 ans, les concerts étaient devenus rares dans la région, et aucun lieu ne leur était plus consacré. La ville de Riorges, avec Bernard Papouzopoulos, alors élu à la culture, et Franck Rozier, agent du service culture ayant donné son nom à la plante du même nom, décident d’envoyer du son et de faire bouger nos petites fesses. La salle polyvalente du Grand Marais est vacante le mardi. Pas plus de littérature. Ils ont le lieu, le jour, et les joueurs de notes. Le premier concert a lieu en 1998. Le rythme s’installe progressivement et un programme officiel voit le jour en 2000, sous le nom des « Mardis du Grand Marais ». Le logo, une mule, mais pas la pantoufle, symbolise l’opiniâtreté dont il a fallu faire preuve pour lancer une telle machine. Car, à l’instar des monuments classés qui ont mis des années à sortir de terre, cette institution là s’est construite et professionnalisée au fil du temps, et avec l’arrivée successives de talents et de compétences croisés.

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PORTRAITS D’OREILLES MUSICALES 

On commence avec Cyril, arrivé en 2002 et, consécutivement, la création du service culturel. Il est programmateur et administrateur. Il ne le dira pas mais les autres le disent pour lui : il a fait monter la sauce. Ses choix répondent à une volonté culturelle d’amener à Riorges une musique actuelle, avec une tarification attractive. S’il faut parfois jouer des coudes pour faire venir des têtes d’affiches, se montrer audacieux et rusé pour souligner la pertinence d’un concert à Riorges, la non-existence de programmation le mardi soir en France facilite les choses.
Puis vient Sylvain, régisseur général, qui s’occupe de la gestion technique et supervise le travail d’une équipe de 30 à 35 personnes les soirs de concert. Un chef d’orchestre, en somme. En amont, il étudie la faisabilité technique des projets et fait le lien entre les associations et les groupes.
Laure, quant à elle, coordonne les projets et est en charge de la médiation et de la relation avec le public, qu’elle accueille d’ailleurs les mardis soirs. Philippe est directeur de l’animation de la cité et fait le lien avec les élus qui changent bien sûr à chaque mandature.
Et c’est Véronique, qui est actuellement adjointe déléguée à l’action culturelle. Elle a un rôle de supervision et fait en sortes que les Mardis du Grand Marais conservent leur écho et leur rayonnement sur le territoire qu’elle gère. Enfin, la petite dernière, Sarah, a intégré cette famille nombreuse en 2014. Avec elle s’est développé le service communication qui est passé d’un stade artisanal dans les 1ères années à un stade pro et réactif. Elle s’est entourée d’un graphiste et webmaster, Anthony, pour répondre aux exigences actuelles de présence sur les réseaux sociaux.
Un nouveau format de programme est d’ailleurs sorti cette année de leur chapeau.
Quant à la distribution, c’est Benjamin qui en a la responsabilité depuis le retrait de la scène du bien aimé Claude Etaix, ou « Papy ».

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UN TIMING SERRÉ 

Toute l’équipe planche 6 mois à l’avance sur la programmation. Pas de miracle donc, mais on se doutait bien que le Saint Esprit se faisait plutôt discret sur ce genre de dossier.

C’est dès le lundi précédent un concert que la fourmilière est dans tous ses états. Car si la salle n’est pas une salle de concert, elle doit le devenir pour chaque Mardi. Il s’agit donc toujours d’un « one shot ». C’est un paramètre que les artistes doivent prendre en compte : ils ne viennent pas dans une salle conventionnelle. Tout est fait pourtant pour les cocooner. L’équipe passe de 11 personnes habituellement à une bonne trentaine le soir du concert. Et c’est sans compter le groupe et leur propre staff. Les associations de prévention et de médiation sont elles aussi très actives : Les mousquetaires de la nuit, qu’on ne présente plus, le collectif Fête Moins Risquée… Bref, tout un monde gravite autour d’une soirée, pour vous fabriquer des souvenirs dans les meilleures conditions qui soient.

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UNE PROGRAMMATION ET UN PUBLIC VARIÉS 

Côté programmation, pour vous rafraîchir la mémoire, vous avez pu voir jusque là Arno, Christine and The Queens, Aline, Ayo, De La montagne, Rocky, Pegase, No one is Innocent, Rover, etc. Cette saison, vous verrez passer un « OCNI » ou objet chantant non identifié avec GiedRé, vous entendrez les formules chocs d’ Odezenne, vous agiterez votre doigt du milieu avec « Mass Hysteria » ou vous plongerez dans l’underground avec «La canaille». La seconde partie de la saison débutera en février et comptez sur nous… on vous fera passer le programme.

Tantôt dénicheurs de talents, tantôt hôtes chanceux de pointures confirmées, les Mardis du Grands Marais sont donc les dignes représentants de la mixité populaire : Pop/Rock, Rock, Acid/Pop, Electro/Pop, Reggae, Hip-Hop, Blues, Jazz, et nous en passons… il n’y a guère que la viole de gambe et les sérénades qui ne s’inviteront pas sur scène. Si vous êtes voraces de ce qui sent l’humanité dans tout ce qu’elle a de plus captivant, aller régulièrement aux Mardis revient à feuilleter en live l’album de Zep sur l’enfer des concerts. Un champ de dreadlocks, du cuir clouté, du gilet en chanvre, des piercings, des tatouages, du slim, des rangers, des mèches improbables, du style, de l’anti-style et même parfois de la faute de goût, de l’ado enfin libre, du quadra à nouveau libre… vous croiserez de tout, dans une ambiance bon-enfant, rythmée bien sûr, et chargée quoiqu’il en soit de la magie des soirs de concert. Sans la fumée.

L’équipe a plein de souvenirs, bons surtout, de fous-rires, de bons mots d’artistes, de travail en fanfare, de premiers baisers, de public monté sur scène pour avoir sa part d’éternité, d’idole se jetant dans la foule sans personne qui le rattrape, de diva qu’on ne réinvitera pas, de berceuses déjantées et de condensé de vie. Alors si vous avez besoin ou envie d’une histoire avant de vous endormir, allez les voir, ces Sylvain, Laure, Philippe et consorts…Ils dénichent toujours de bons conteurs, une rengaine à vous servir et un air de fête pour accorder vos pensées.

MARDI 8 NOVEMBRE 2016 

TheGlossysisters(Jazz-swing-vocal)

Theo Lawrence & The Hearts (Deep Soul – Blues – Rock&Roll)

MARDI 22 NOVEMBRE 2016 

GiedRé(ChaNsonstRèsiNteLLigeNtes)

Odezenne (Hip-hop-Chanson)

MARDI 13 DÉCEMBRE 2016 

Mass Hysteria (Metal)

MARDI 20 DÉCEMBRE 2016 

La Canaille (Hip-hop)