Reportage - Interview

LE CHÂTEAU DE LA ROCHE CHRONIQUE D’UNE RENAISSANCE

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Son histoire ne le dit pas, mais peut-être a-t-il été l’enjeu de féroces batailles territoriales entre la Maison d’Anjou et le comté du Forez. Excès de modestie sans doute. Ou goût peu prononcé pour les souvenirs sanglants. Peut-être a-t-il attiré la convoitise de quelques courtisanes royales, tentées d’échapper, sans prétention, à la mauvaise réputation,  ou abrité les amours interdites de Monsieur, frère de Louis XIV. Et s’il cachait le trésor des Templiers, des Cathares,  ou le calice de ceux qui le cherchent encore ? Quelques uns auraient-ils été assez inspirés pour dissimuler  ici la 8ème merveille du monde ? Si tel est le cas, espérons qu’elle ne craigne pas l’eau, car quelques crues lui auront déjà fait boire la tasse. Après tout, peu importent les secrets de famille, les moeurs qu’il aurait pu dissimuler, peu importe si des grands de ce monde, Dracula ou la Marquise de Pompadour, y ont un jour séjourné, ou si la Comtesse de Ségur s’y est cachée pour écrire. Le Château de La Roche n’a, certes, pas le prestige de Chambord ou de Chenonceau, mais il a plus de vies qu’un chat. Il lutte, il résiste, à gorges déployées, depuis des siècles, accroché à une roche improbable. Tour à tour abandonné, inondé, et pillé comme une fille de joie, il se courbe mais ne plie pas. Un temps condamné par l’édification du barrage de Villerest, il est finalement sauvé des flots par les riverains, par la commune qui l’a vu naître, puis soutenu par l’association « Les Amis du Château de la Roche ». Depuis 2007, la Communauté de Communes du Pays entre Loire et Rhône (la Copler) en est la gestionnaire et lui a offert, jusqu’en 2018, un véritable parcours muséographique. « Les châteaux en Espagne, qui ne coûtent rien à construire, sont coûteux à démolir » (François Mauriac). Celui de Saint-Priest la-Roche, bien réel, est plus que jamais dans de beaux draps. Une gigantesque rénovation, entreprise cet hiver, est en passe d’en faire une forteresse imprenable par les eaux ou les prônes-misère, et pleine d’attraits pour les seigneurs que nous sommes. L’été nous le rendra beau comme un fruit défendu et fort comme le roc auquel il s’accroche, avec, en plus, une offre touristique pleine de surprises… De quoi impressionner la baronnie et interpeller, enfin, le Val de Loire.

HUIT SIÈCLES D’HISTOIRE

La moitié du XIIIème siècle est une période assez tourmentée. Des vassaux, de la première lignée des sires de la Roche, inféodée au Comte du Forez, décident d’établir en bords de Loire, un point de péage et de surveillance. Entre 1256 et 1291, ils construisent donc une maison forte sur un piton rocheux surplombant un méandre du fleuve. Alors séparée de la terre ferme, elle est entourée d’épaisses murailles lui donnant l’aspect d’un château défensif ou d’un fort miniature. Elle constitue quelques temps un fief non négligeable pour ses héritiers. A partir du XVème siècle, la famille De Vernoilles prend la suite et les dépendances territoriales s’amenuisent. Des crues répétées affaiblissent le Château et, en 1707, il n’est déjà plus que l’ombre de lui même lorsque les descendants l’abandonnent à son sort.

àLa seconde moitié du XIIIème siècle est une période assez tourmentée. Des vassaux, de la première lignée des sires de la Roche, inféodée au Comte du Forez, décident d’établir en bords de Loire, un point de péage et de surveillance. Entre 1256 et 1291, ils construisent donc une maison forte sur un piton rocheux surplombant un méandre du fleuve. Alors séparée de la terre ferme, elle est entourée d’épaisses murailles lui donnant l’aspect d’un château défensif ou d’un fort miniature. Elle constitue quelques temps un fief non négligeable pour ses héritiers. A partir du XVème siècle, la famille De Vernoilles prend la suite et les dépendances territoriales s’amenuisent. Des crues répétées affaiblissent le Château et, en 1707, il n’est déjà plus que l’ombre de lui même lorsque les descendants l’abandonnent à son sort. 

Quelques 200 ans plus tard, la Loire est devenue navigable puisque de nombreux rochers ont été éliminés de son lit. Il est cependant impératif de calmer les eaux dans les gorges. Ainsi, une énorme digue en granit est construite à la place du pont-levis reliant le Château à la rive droite. En 1755, La Rivollière en fait l’acquisition et fait ajouter une aile de style classique, pour le céder 20 ans plus tard à une famille de bourgeois : les Bouvet. Ceux-ci ont probablement la peur de leur vie lors de la crue de 1790 qui monte jusqu’au premier étage et laisse à nouveau le château dans un piteux état. Différents propriétaires se succèdent alors avant son rachat en 1900 par M. Marie-Paul-Emile Roustan, un riche imprimeur roannais. Il a tout à refaire car le château déchu est ouvert aux quatre vents, à 30 mètres au dessus de gorges abruptes et capricieuses. Tour de guet, donjon, mâchicoulis, créneaux et porte fortifiée… tout est restauré, reconstruit, réhabilité, dans le style gothique qu’on lui connaît aujourd’hui. Le Château retrouve ses airs de noblesse, son intérieur s’enrichit et le tout Roanne s’enorgueillit. Mais les veillées au coin du feu prennent une tournure bien mélancolique lorsque refait surface le projet de barrage sur la Loire. En 1927, la famille Roustan se défait du Château qui attend alors de devenir notre Atlantide. Le tourment sacrificiel est long, très long, et il a le temps, à nouveau, de mourir mille fois. Racheté en 1965 par EDF, voué à la destruction, il est victime, encore, de crues et de pillages. Jusqu’à ce que la voix des riverains s’élève et qu’il devienne, en 1993 et pour le franc symbolique, la propriété de la commune de Saint-Priest-La-Roche. L’association « Les Amis du Château de la Roche » est créée. Elle entame sa rénovation et la première visite guidée a lieu en 1996. En 2007, la COPLER prend le relais et lui offre de belles saisons touristiques jusqu’en septembre 2018, où la décision est prise de le rénover et de renouveler l’aménagement muséographique.

©Julien Lagrange

UN PROJET AU SANG BLEU

On ne parle certes ni de Versailles ni de la flèche de Notre Dame, mais le chantier, commencé cet hiver,  est de noble envergure. De nombreux corps de métier interviennent car il faut penser  non seulement à la rénovation (murs, sols, menuiseries, maçonnerie, système de chauffage, etc.), mais aussi à la modernisation de l’offre touristique et culturelle. Des professionnels du graphisme, de l’impression, des décors, de la réalisation audiovisuelle ou encore de l’accessibilité sont sollicités. Quelques imprévus sont venus décaler la réouverture du Château, initialement prévue au printemps, au tout début de l’été. Vous pourrez donc très prochainement découvrir une nouvelle visite guidée théâtralisée, qui vous transportera, sans shaman ni DeLorean DNC-12, en 1900. Mr et Mme Roustan, les derniers propriétaires, en costume 1900 car fraîchement ramenés du passé, vous promèneront fièrement dans leur demeure d’aspect médiéval à la mode de Viollet Le Duc. Ils vous raconteront leur histoire et celle de leur Château, aidés par quelques fantômes hantant gentiment les lieux. Pour ceux que l’aventure tente, deux salles d’Escape Game poseront des énigmes qu’il faudra bien résoudre pour sortir la tête de l’eau. Une offre séminaire est prévue dans le salon 1900, avec toute la logistique nécessaire. L’accessibilité pour le public souffrant de handicap, qu’il soit auditif, visuel, ou moteur, a été largement améliorée. Enfin reprendront les « Apéros-Concerts », avec tout l’éclectisme et la qualité que l’on attend d’eux, dans un théâtre de verdure prêt, sans bémol, à revoir son solfège.  

Nous sommes allés nous projeter dans ce nouvel univers alors que le Château était encore en plein travaux. Les murs sont bavards et n’en peuvent plus de se taire, alors nous savons presque tout des surprises qui vous attendent. Car vous allez bel et bien le retrouver comme vous ne l’avez jamais vu, transportés, impliqués dans une visite interactive ponctuée d’apparitions. Comme avant, en 1900, à la recherche du temps perdu, en pleine expo universelle, Claudine à l’école, et Monet absorbé par ses nymphéas.