Parcourir les etiquettes pour

portrait

Afficher : 1 - 5 of 5 Articles

Catherine Bailly

Quintessence de nature Théorie et pratique de la délicatesse Donner la définition du mot chat n’est pas une tâche ardue. C’est un mammifère carnivore de type ronronnant et de taille moyenne. C’est, tout au plus, un terme d’affection, voire, dans sa version féminine, une familiarité pour qui ne veut pas appeler un chat un chat. Pour définir la délicatesse en revanche, le champ des possibles gagne du terrain et il est chimérique d’en vouloir faire …

Véronique Popinet – Auteure-Photographe

Je n’ai jamais rien compris à la photo. On a beau m’expliquer la chambre noire, le chlorure d’argent, l’hyposulfite de sodium, la lentille et le truchement de la lumière… ça reste flou. Au-delà du pur hasard… je ne vois que magie, sorcellerie, alchimie, apparition. Du grand art sous forme de sortilège. De celui qui fige l’instant T, la nanoseconde qui ne reviendra pas, la fulgurance du sentiment, le silence d’une fête bruyante, le grand final …

MICHEL FEUGÈRE MUSICIEN – UN MUSICIEN QUI FAIT SON CINÉMA

À 3 ans, il aurait pu rêver d’être pompier, astronaute, pilote ou super-guerrier, comme n’importe quel petit garçon des années 70. Captain America n’était, alors, pas encore une option. A 15 ans, il  aurait pu rêver d’être dans un groupe de rock, footballeur professionnel, poète maudit, et peut-être, de serrer tout ce qui passe, sous couvert d’éducation sentimentale, comme n’importe quel ado des années 80. Faire les Anges de la Téléréalité n’était, alors, pas encore …

AURÉLIA BRIVET – L’Art de l’Aventure

Et voilà, encore une matheuse qui a mal tourné. Elle aurait pu, avec sa tête bien faite, nous pondre, au moins, un petit théorème, être ingénieure process chez Lactalis, chercher en labo la formule contre les vilaines peaux ou résoudre l’équation de Navier-Stoke (nous non plus on ne connaissait pas).
Au lieu de cela, mademoiselle dessine et parcourt le vaste monde sur deux roues. Ben voyons. Bien sûr, bon sang ne saurait mentir car les chiens ne font pas des chats. Il fallait donc s’attendre à ce que sa route oblique, puisque ses parents se sont rencontrés lors d’un voyage en vélo, et n’ont cessé, une fois leurs affinités consacrées, de trimballer leur quatre filles d’un bout à l’autre de l’europe, leur donnant irrémédiablement le goût de l’aventure et de la liberté. La pomme n’est donc pas tombée très loin de l’arbre en ne choisissant pas les algorithmes et la cryptographie.

Aurélia Brivet est, à 27 ans, une baroudeuse pleine de talents. Elle est graphiste, illustratrice, photographe, bédéiste, réalisatrice spécialisée en animation, et tout ce petit monde est campé dans une silhouette élancée dotée de cuisses sportives prêtes pour les échappées. En 2016, elle a parcouru seule 8234 kms en vélo, de Roanne aux plus beaux fjords d’Islande. Elle finalise aujourd’hui un roman graphique de 240 pages retraçant son incroyable périple, en quête de sa vraie nature, et, sûrement, des créatures magiques des légendes nordiques.
Voici donc l’histoire d’une « jeune femme qui échangeait des croquis contre un verre, un repas, ou toute nourriture de l’esprit, du rêve et de l’imagination ».

Animer son destin

Dans ses années lycée, Aurélia s’apprête bel et bien à faire une prépa. Mais elle décide finalement d’exploiter un autre don et devient ex-future chercheuse universitaire en intégrant l’école d’art Emile Cohl à Lyon. Elle y apprend le dessin et se spécialise dans le dessin animé. Pour son projet de fin d’études, elle réalise un court-métrage, « Les Cœurs Bonheur », qui lui vaut d’être lauréate du concours organisé par TF1. Au sortir de l’école, en 2012, elle travaille un an dans une agence de graphisme à Lyon, tout en continuant ses « piges » dans un studio de dessin animé. Elle s’installe ensuite à son compte à Roanne et propose depuis des illustrations pour les particuliers, du graphisme pour les entreprises ou encore des interventions en photographie. Elle fait partie de l’Association des Métiers d’Arts de Roanne (l’Amar), et de l’Appart (local d’approche des pratiques plastiques et artistiques) de Riorges. Surtout, bon nombre d’écoles font appel à elle pour apprendre le rêve à nos enfants, via des ateliers de Stop-Motion, une animation permettant de créer un mouvement à l’écran à partir d’objets immobiles. Et en prenant beaucoup de photos… Lors de ces temps d’activités péri-éducatifs, nos plus ou moins petits créent des courts-métrages qu’ils ont le plaisir de voir projetés lors du festival « Ciné court animé » organisé par Loïc Portier. Les enfants, de Mâtel à Arago, de Paul Bert à Fonquentin, nous parlent ainsi du harcèlement à l’école, des créatures légendaires, du pôle nord, des arbres ou des quartiers, avec pour seule limite l’imagination illimitée de leur jeune âge. Auprès des ados, c’est à Albert Thomas, dans les MJC ou encore à Jean-Puy (où il existe une option cinéma-audiovisuel) qu’Aurélia partage ses connaissances et apprend à qui le demande à choisir le bon médium pour chaque projet.

Parallèlement à ce parcours professionnel, elle n’a cessé de voyager au cours de ces dernières années : Europe, Asie, Afrique, Etats-Unis, etc. Après avoir connu Irma aux Caraïbes et fait beaucoup d’humanitaire, elle décide en 2016 de partir seule, sur le vélo Berthoud de sa grand-mère. Une randonneuse de 30 ans d’âge, dont elle a hérité depuis que son aïeule est passée au vélo d’appartement. Aurélia n’échappe donc pas à la presque implacable règle de la génétique et de l’éducation. On imagine mal un enfant de la Cosa Nostra devenir éducateur à la protection judiciaire de la jeunesse ou un Bouglione avoir peur du vide…

Des « Anecdotes plein les sacoches »

Tandis que sa mère se fait du mauvais sang, le sien ne fait qu’un tour une fois ses sacoches consciencieusement remplies. Le 4 mai 2016, Aurélia largue les amarres, confiante et prête pour l’aventure du « lâcher-prise » et du « tout possible ». Elle traverse la Suisse, l’Allemagne, le Danemark, longe la côte suédoise et Norvégienne puis prend le bateau, son vélo sous le bras, pour gagner l’Islande. Elle roule, sans vouloir faire de son voyage un exploit sportif (ah bon), jusqu’à 170 kms par jour. Par tous les temps, comme le petit cheval blanc. Les gens l’approchent facilement, car elle paraît bien inoffensive avec sa vie comme chargement, son PC portable et ses objectifs comme outils de travail. Petit à petit, elle se débarrasse de ses à prioris et de la hiérarchie sociale, pour se connecter aux gens simplement et sans appréhension. Elle retourne à l’essentiel, à ses besoins primaires, et la magie du voyage opère. Au fil de ces échanges et de ces lendemains qui sont des autres jours, l’idée du livre germe. Qu’il en soit ainsi : « Anecdotes plein les sacoches, ou comment j’ai rejoint l’Islande avec le vélo de ma grand-mère » se construit au gré de ses rencontres, toujours heureuses, et jusqu’à son retour à Roanne par les bords de Loire le 29 octobre 2016. Entre croquis, illustrations, anecdotes en BD, photos, panoramas et textes, Aurélia partage son expérience de la liberté. De la plume de rapace au mouton faisandé, de la morsure du froid aux histoires fantastiques de la vallée de la mort, elle revient sur les belles coïncidences et les rencontres touchantes qui ont jalonné sa route.

À vous de jouer

Ce livre sera imprimé en mai, une fois le financement participatif abouti. En effet, du 8 mars au 26 avril, des pré-commandes à 30 Euros seront enregistrées sur le site ulule.com. Il faut à Aurélia 150 contributeurs pour que ses 240 pages sortent de terre et qu’elle nous les dédicace en juin à la bibliothèque de Mably, au Forum Mirose ou à l’Office du Tourisme. A bon entendeur…
L’étudiante avec les cœurs pour logo, est devenue une jeune femme inspirante, prête à déclencher des départs en masse, à pied ou en vélo, à la rencontre de l’autre humanité : celle des chaînes de faveurs, de la bienveillance et de la générosité. Cette chimère existe puisqu’elle l’a rencontrée. Sans croire encore tout à fait aux elfes, Aurélia porte désormais en elle cette idée fantasque que « des choses magiques se passent, qu’on ne peut pas expliquer ». Elle ira, bientôt, promener son aura de liberté et de foi en l’homme dans l’hémisphère sud. À deux cette fois, puisqu’un clown acrobate roannais est tombé amoureux d’elle, et il semblerait qu’elle ne soit pas insensible à tout son cirque. Qu’ils partent, cette fois, en vélo, en tandem, en vrille ou à la renverse, on ne leur demande qu’une chose : de faire naître, aussi, un livre de cette histoire là.

PLUS D’INFOS
Précommande livre :
www.fr.ulule.com/anecdotes-plein-les-sacoches

GUILLAUME GRIFFON – AUTEUR DE BD

Par amour du jeu, nous aurions pu écrire des adjectifs sur de petits bouts de papier que nous aurions ensuite mélangés dans une urne. La main du hasard aurait peut être tiré les suivants : Sidérant, Piquant, Désopilant, Fendant, Délirant, Répugnant, Percutant, Sanglant. La règle du jeu, cette farceuse, nous aurait dit «maintenant débrouillez vous pour faire un portrait avec ça». Et nous aurions trouvé.

Il existe chez nous à Roanne, un dessinateur du 9ème art, Guillaume Griffon, en phase totale avec le résultat de ce tirage au sort qui n’a pas eu lieu. Avant même de le rencontrer, nous savions que nous pourrions replacer chacun des adjectifs sus nommés dans la description que nous ferions de son travail.

On vous présente cet auteur roannais de bandes dessinées dont l’actualité est en marche puisqu’il sort le 2 Février l’avant dernier album de sa série « Apocalypse sur Carson City ». N’ayez pas froid aux yeux, ne passez pas par la case brushing et rendez vous dans le monde des sales gueules. Si votre livre de chevet est le traité des bonnes manières suivant Nadine de Rothschild, un conseil : passez votre tour. Quoique…

DE L’EAU DE ROSE À L’HÉMOGLOBINE

En 1975 naît à Roanne une petite gueule d’ange destinée à tailler plus tard le portrait de démons ou de sauvageons pas beaux à voir. Guillaume, d’abord doué pour le dessin, se passionne ensuite pour les films d’horreur et fantastiques.

En premier lieu, il rêve d’être maquilleur, mais pas exactement pour farder les minettes de podiums ou les élégantes de plateaux télé. Non. Son genre à lui, ce serait plutôt les yeux qui saignent, les dents d’acier taillées en pointe et la peau pleine de vermine. Et sachez que les filtres sont en place pour ne pas vous effrayer.

Le dessin le rattrape à l’heure de choisir sa voie et Guillaume fait l’école Emile Cohl à Lyon, dont il ressort avec un diplôme d’illustrateur-dessinateur. Il part 18 mois en Floride et travaille pour Disney World en tant que caricaturiste, déguisé tous les jours en sacré français. Aucun cliché ne lui est épargné: esprit Montmartre, marinière, béret et petite cravate rouge à la Renaud. De retour en France, il se spécialise en 3D et infographie, toujours à Emile Cohl.

LA NAISSANCE DE BILLY WILD

Guillaume revient s’installer à Roanne, mais, l’amour, l’eau fraîche et les zombies ne suffisant pas à le nourrir, il travaille pendant 4 ans dans l’entreprise textile familiale, à la création de la collection masculine en collaboration avec une styliste. Parallèlement, il commence à noircir des pleines pages d’illustrations et se pointe finalement au festival de BD d’Angoulême avec son carton sous le bras. Là, on aime son dessin qui ne rentre cependant, (vive nous!) dans aucune case. Jusqu’à ce que son actuel éditeur, Akileos, refuse de laisser s’effacer ce coup de crayon. Il lui dégotte un scénariste et le 1er tome de Billy Wild sort en 2007. Dans le petit milieu de la BD underground, c’est un raz de marée noir et blanc qui devient culte très vite. Fatalement, car le résultat est sidérant, piquant, désopilant, fendant, délirant, répugnant, percutant et sanglant. Cà, c’est fait.

Guillaume quitte l’entreprise Griffon pour renaître à lui-même et se consacrer à l’histoire de Billy Wild… Un gars du Far West mal dans sa peau qui croise le diable et devient par son entremise la pire terreur de l’ouest. Une sorte de Sergio Léone horrifique et un peu mystique.

Dès le 2ème album, il prend ses marques scénaristiques et, lui qui a souvent été maître de jeu de rôle papier, assume bientôt illustrations et scénario.

APOCALYPSE SUR CARSON CITY

En 2010, Guillaume accouche seul et toujours en noir et blanc du 1er Apocalypse sur Carson City. Un accouchement bien entendu hémorragique, féroce et turbulent. Il voulait faire un remake des Morts Vivants, sous forme de patchwork « nanardesque », c’est-à-dire un pèle mêle de références à tout ce qu’il adore : les séries B décalées, les films Pop Corn avec effets spéciaux maison, les films d’action qui dégoulinent de transpiration, les films d’horreur typés ringards et tous ceux qui ne se prennent pas au sérieux en crachant du cliché à longueur de scènes.

Guillaume se laisse toujours des vides scénaristiques et il s’agit au final d’un mélange d’histoires à la Pulp Fiction, gravitant autour de gangsters en cavale dans une ville envahie par les zombies. Sept tomes d’amalgame totalement fluide où chaque personnage a une fiche signalétique. Notre came habituelle est plutôt du genre «Le Rouge et le Noir» ou « Retour à la terre » et contre toute attente, nous avons adoré Trap Jaw ou l’ogre de barbarie qui a la voix d’une fillette de 10 ans, American Ninja avec son bandeau à la Véronique et Davina qui lui glisse sur les yeux quand il transpire, ses héros qui ressemblent à Chuck Norris ou Steven Seagal, avec moustaches d’acteurs porno ou sabres d’argent frottés à l’ail…

Les albums commencent comme un film avec avertissements au public et autres annonces détournées, pour se terminer parfois par un « coupez » très 1er degré. Vous verrez des kms de tentacules, des carotides juteuses, des supercopters, un déchaînement de brutalités et de portes dégondées, des furies qui mettent les 4 doigts et le pouce, des gueules d’empeigne suppliciées, des tornades de requins blancs qu’on envoie dinguer et des sales bonhommes qui ont bien du mal à avoir une relation stable. C’est déjanté, sauvage, immodéré et drôle. Les dialogues tranchent dans le lard et les descriptions sont truculentes.

Surtout, ses portraits de gueules cassées sur fond blanc sont saisissants et efficaces. On voit le vécu, la testostérone fragile, le monde impitoyable, la chair à canon, et le talent fou.

Guillaume est en train de décliner «Apocalypse sur Carson City» en jeu de société qui sera présenté aux prochaines « Vendanges Ludiques » de Saint Vincent de Boisset en septembre. D’ici là, vous le reconnaîtrez peut être dans les rues de Roanne ou le croiserez, pour les plus pointus, à Saint Malo, Angoulême, Lyon…

Il signera bientôt des dédicaces pour la sortie de son album. Allez faire les curieux, il est tellement important de l’être dans la vie, pour être sauvés d’une « non- mort certaine » et vous étonner de tant de douceur dans son monde de brutes.