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Interview

Carole Fontana

27 mars 2026 27 mars 2026 Alexandra TISSOT36 views

Artiste Peintre

Esthétique de la profusion

On entend souvent que la nature a horreur du vide. Et c’est vrai qu’elle a tendance à combler les espaces vacants, à revenir à un état d’équilibre qui fait la succession écologique. Peut-être prend-elle depuis toujours la mort en dégoût, pour lui opposer sans cesse un renouvellement de ses créations qui, finalement, se prêtent au jeu de l’éternel recommencement. Il doit y avoir de ça, puisqu’elle aime à faire croître ses sentinelles jusque sur les tombeaux, et germer un pépin sec jusque dans le chaos. Ses pieds de nez sont connus, et sont sûrement à la fin de toute chose une bravade sempiternelle, une loi du talion qui contrecarre le plus funeste des plans. Ce duel a lieu tous les jours sous nos yeux et chaque vide est pour la vie une scène ouverte à investir, un manque à corriger, et une clairière n’est jamais qu’une étape dans le cycle forestier.
Le vide a pour nous quelque chose de l’ordre du vertige, qui nous fait hésiter entre le grand saut et l’ancrage au sol, entre la folie et la raison, entre une fausse promesse et une vraie condition. Il incommode comme il attire, exige parfois qu’on s’y mesure, et ne nous laisse vraiment tranquille qu’une fois rempli de possibilités, de projections, d’aventures. On peut y voir l’absence, la perte, le silence, une métaphore de ce qui n’est plus ou n’a jamais été quand la nature y voit ce qui n’est pas encore. Cette structure d’un monde en creux n’est pas notre élément, ou si peu, et chacun.e le peuple, avec plus ou moins de talent, d’objets, de sons, de présences, d’agitation ou, pourquoi pas, de littérature.
Le vide est pour l’artiste peintre Carole Fontana une matrice fertile, et de sa toile blanche ne jaillit pas l’angoisse de la page qui n’a plus rien à dire, mais l’élan propice à l’éclosion du vivant. Elle a fait sien le culte de la profusion et, comme la nature, voit en chaque interstice un espace en attente d’une dynamique nouvelle, d’un potentiel, d’un mouvement, d’un avenir. A n’en plus finir, elle dessine les contours de ce qui advient, dépassant le cadre d’une vie qui déborde en couleurs. Et le blanc, pour elle, n’en est pas une, même s’il est physiquement la somme de toutes.
Avec la densité comme langage, et le végétal comme champ lexical, elle explore le chant continu des formes entre le maximalisme, la figuration libre, et le symbolisme. Ses « all-over », où les tonalités franches gagnent tout, abritent, autant pour elle que pour nous, des paradis imaginaires (pléonasmes, levez-vous !) qui puisent leur sève dans la grâce du monde botanique. L’œil a mille endroits où se poser, et là est toute l’idée : ce refus du vide comme acte créatif donne à voir la beauté partout, le néant terrassé et la vie qui continue.

Bonjour Carole. Nous faisons un peu exception à la règle, puisque vous n’êtes pas ligérienne d’origine, et ne l’êtes plus d’adoption… Vous l’avez été cependant, et le serez peut-être encore. Surtout, vos oeuvres sont exposées à la Galerie XXIe de Montbrison. Pouvez-vous nous dire quelles ont été les fondations de votre univers artistique très foisonnant ?

-Je suis née à Lyon, en 67, mais j’ai passé mon enfance à la campagne, à Condrieu, et beaucoup d’étés en Tunisie avec mes grands parents. Là-bas, la luxuriance et l’exotisme des jardins étaient captivants. D’ailleurs, j’ai été tout de suite captivée. La nature en général m’a vite attirée.

Le dessin aussi j’imagine ?

-Je sais que ça n’a rien d’original pour une artiste mais… oui, j’ai toujours dessiné, des fleurs notamment, et en couleurs. Elles sont restées, depuis, mon moteur en toutes choses. J’avais l’exemple de mon père qui, sans être un artiste, sortait facilement un crayon… et puis, j’ai pris des cours de dessin et ma prof a remarqué chez moi une vraie capacité à restituer les couleurs. Bien sûr, j’ai passé un bac A3, soit lettres et arts, parce que c’est ce qui me faisait vibrer et qu’on m’y a encouragée. Ensuite, j’ai choisi la fac d’Arts Plastiques à Saint-Etienne. Un prof me l’avait davantage conseillée que les Beaux-Arts, et puis ça rassurait mon père, ce cursus sérieux qui menait à l’enseignement, « un beau métier pour une femme ».


Vous avez enseigné ?

-Oui, après la maîtrise. Dans l’animation, en périscolaire puis comme prof d’Arts Plastiques remplaçante jusqu’en 2004. J’ai beaucoup aimé ce métier. J’ai préparé le concours mais le stress m’a empêchée de le passer. Et je suis devenue maman… Alors j’ai arrêté quelques années l’enseignement, avant de reprendre jusqu’au Covid.

Pendant toute cette période de vie, avez-vous poursuivi votre création personnelle ?

-Oui, le dessin est pour moi un refuge autant qu’un terrain d’expression. J’ai toujours exploré le vivant en nourrissant un imaginaire très lié à la nature, dans un registre animalier d’abord, avec des recherches à l’encre de Chine, des inserts, des collages, des superpositions de tissus. Un art très brut en fait. J’ai évolué ensuite vers des fauves humanisés, des animaux mutants, puis vers des fruits, des légumes, des feuillages, que je campais sur des feuilles de gravure. J’avais plein de modèles vivants dans mon jardin et ne travaillais jamais à partir de photos. Il y avait donc un inconvénient majeur : ma pratique était liée à la saisonnalité de mon potager… ça ne pouvait pas durer.

Mais alors, qu’est-ce qui vous a fait évoluer vers des paysages plus symbolistes ?

-Un séjour en Guadeloupe en 2014, durant lequel j’ai découvert la forêt tropicale, qui m’a ouvert une voie décisive. En fait, j’ai fait beaucoup de photos, sans intention de m’en servir. C’est en rentrant que j’ai eu une révélation : il fallait que je recrée cette nature luxuriante, ces couleurs franches, ces odeurs de jasmin, ces réminiscences d’enfance…

Et ça a donné ces grandes toiles tropicales qui sont aujourd’hui votre signature, avec cette palette étonnamment vive et… mate… comment faites-vous ?

-Et bien, je travaille à l’acrylique sur toile mais je fabrique moi-même mes couleurs, à partir de pigments et de liant, pour obtenir cette matité profonde et douce qui intensifie sans être visuellement inconfortable. La couleur est une musicalité, elle porte le rythme, les respirations. D’ailleurs, quand je commence un tableau, je pense d’abord à un accord de couleurs, sans blanc, qui, pour moi, n’en est pas une. Je préfère l’accumulation au vide, hormis quelques trouées lumineuses.

Justement, votre peinture est faite d’abondance et d’opulence visuelle. Comment définiriez-vous votre démarche artistique, comme en état d’effervescence permanente ?

-Je revendique en effet une composition dense, un all-over qui n’épargne aucun espace, comme la nature qui a horreur du vide. Mes œuvres sont des mises en scène où les motifs et les végétaux se superposent, envahissent la toile et pourraient continuer leur vie au-delà, hors le cadre. Le choix du plein est essentiel : je construis des espaces de vibrations sans limites, où chaque élément interagit avec les autres pour faire surgir une énergie joyeuse. Parce que je peux partir d’un sentiment de tristesse, mais c’est la joie que je peins. J’ai l’impression de me réparer à chaque fois, en attirant le regard à plein d’endroits, en montrant la vie partout, et si je peux réparer un peu l’observateur, tant mieux.

Avec la nature, toujours, comme oxygène…

-Oui, je l’admire, c’est un modèle de transformation permanente qui offre un registre de formes et de couleurs incroyable. Je fais en sorte que tout soit motif, mais un motif inspiré de la nature, même si mes oeuvres sont de moins en moins naturalistes et de plus en plus surréalistes.

Vous avez récemment quitté le Forez… qu’est-ce qui a motivé votre départ ?

-Le besoin de nourrir l’artiste, parce que la vente de mes œuvres ne me suffit pas pour vivre, d’autant moins lorsque je passe 2 ou 3 mois sur une toile. J’ai déménagé en janvier 2025 pour suivre une formation en maraîchage que j’ai terminée en février dernier. Auparavant, j’avais déjà obtenu un brevet professionnel en horticulture. L’idée était d’encadrer des personnes en réinsertion professionnelle dans des structures comme Les Jardins de Cocagne. Mais avec les coupes drastiques dans les subventions… ça va être compliqué. Je vais m’orienter, je pense, vers une intermittence entre le maraîchage et l’art. En Isère, où vit mon compagnon, mais toujours avec des incursions dans le Forez.

Vous évoquiez ce temps long accordé à chaque toile. Vous êtes très exigeante ?

-Oh oui ! Peindre est pour moi un espace d’absolue liberté, où le temps ne compte pas. Je m’attache à chaque détail et, tant que je ne suis pas complètement satisfaite du résultat, je ne peux pas considérer la toile comme terminée. Heureusement, j’ai recommencé, aussi, les plus petits formats.

Que peut-on vous souhaiter ?

-Que des expositions de mes œuvres voient le jour et, surtout, que la nature continue à nourrir ma pratique.

Carole FONTANA
fontanacarole.wixsite.com/artiste-peintre

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Vous pouvez admirer ses œuvres en vous rendant à la

Galerie XXIème, 12 rue Saint-Jean, 42600 Montbrison



















ARTISTE LOIRECAROLE FONTANA ARTISTE PEINTREGALERIE XXIEME MONTBRISONPEINTRE LOIRE
Alexandra TISSOT27 mars 2026

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