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Interview

Domi et la Marqueterie de Paille

9 mai 2026 9 mai 2026 Alexandra TISSOT70 views

Artisanat d’Art 

Dominique. Mais elle a choisi Domi. Ça sonne moins métallique, moins masculin en théorie. Plus artistique, c’est certain, et, en pratique, plus féminin. Et puis, c’est un prénom hors les murs ou papiers officiels, qui n’a pas son éphéméride, et se libère autant de son histoire biblique que d’un choix maternel sans instinct associé. De grands-parents providentiels, elle a certes appris l’amour, celui qui se reçoit comme un cadeau du ciel, se rend pareillement, et porte toute une vie durant. Une sous-couche de tendresse qui, sans protéger du sort et de ses manigances, permet de leur survivre et, face au malheur, prône la dissidence. Car du coeur à l’ouvrage il lui en a fallu. Pour traverser la violence. Celle de l’abandon, de la rue, des déchirements et des hommes. Pas tous bien sûr, l’hashtag est bien connu. Disons qu’elle fait partie de cette cohorte de femmes dont les voix s’amplifient et révèlent à qui veut bien entendre un fléau systémique. 
Domi partage, avec la matière dont elle fait des prodiges, une forme de résilience qui crève l’ouvrage. C’est fou, quand on y pense, ce que la paille de seigle, qualifiée de sous-produit de la culture céréalière, réunit de force d’âme et de silice, qui font son extrême résistance autant que son exceptionnelle brillance. Des toits de chaume aux oeuvres solaires, elle se révèle en toute humilité, non pas dans la rareté de son état brut, dont beaucoup n’auraient rien à cirer, mais dans le luxe paradoxal que donne sa transformation. Car il y a tout un contraste entre la modestie de la matière et la richesse de son rendu, une fois que l’art et la manière sont intervenus. Ceux de la marqueterie de paille, dont l’histoire est ancienne, singulière, étroitement liée aux évolutions sociales, esthétiques et culturelles. Elle naît au bagne en Italie au XVIIe siècle, puis se développe dans des contextes ruraux et religieux, dans des couvents et ateliers monastiques, où, faute d’accès aux matériaux couteux, la paille de seigle, abondante et gratuite, est détournée pour imiter les effets de la marqueterie de bois précieux. Il s’agit d’un art silencieux et de temps long qui sort progressivement des cercles religieux pour gagner les ateliers civils, puis connait son apogée durant la période Art déco. Modernité visuelle, adéquation avec les formes épurées, éclat proche de la soie ou du métal poli… la marqueterie de paille vit alors un âge d’or qui annonce un déclin : sa technique, longue et exigeante, est peu transmise, et la fin du XXe siècle lui fait frôler l’oubli. Heureusement conservée par une poignée d’irréductibles croyant davantage en ses lumières qu’en sa désuétude, elle profite dans les années 80 d’un renouveau porté par l’intérêt pour les métiers d’art, et fait aujourd’hui partie de notre patrimoine culturel vivant. 
Domi découvre la marqueterie de paille comme on recouvre la vue. L’apprentissage fait place à une inclination ardente envers ce qui pour elle devient une planche de salut. Un fil d’Ariane, et, aussi mais surtout, une forme d’expression talentueuse, patiente et lumineuse. Artisane d’art primée et reconnue, elle revient pour nous sur les arcanes d’une vocation heureuse.  

Bonjour Domi. Comment définiriez-vous la marqueterie de paille ?
-C’est un art décoratif qui consiste à transformer un matériau humble, la paille de seigle, en revêtement précieux, dans un assemblage précis de brins sur un support, qui peut être un objet, un meuble, un bijou, un panneau en bois ou en aplats de papier, etc. Le geste est lent et rigoureux : il faut fendre, aplatir et coller manuellement chaque brin, préalablement teinté ou non. C’est un travail qui demande de la patience et de la concentration, sans jamais tolérer l’à peu près. 

Le chemin a-t-il été long jusqu’à votre rencontre avec cet artisanat d’art ? Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
-Et bien… je suis née à Paris et mon enfance a été marquée par des épreuves et des bouleversements qui m’ont fait grandir très tôt. Mon parcours n’a pas été simple et certaines périodes de ma vie ont été particulièrement difficiles. Mais ces épreuves m’ont aussi forgée. Lorsque la marqueterie de paille est entrée dans ma vie, elle est devenue bien plus qu’un métier : un espace de concentration, de beauté et de reconstruction.

Quand avez-vous commencé ?
-En 2015, lorsque je me suis rendu compte fortuitement que ce métier, dont je connaissais les applications en tant qu’antiquaire, existait toujours… Et j’ai été immédiatement fascinée, tant et si bien que, sans réfléchir, j’ai commandé ma paille, acheté un livre technique d’Anne-Marie Choain, artisane d’art dans ce domaine. Ensuite, je m’y suis mise, littéralement, nuit et jour. En apprenant, en travaillant, je ne pensais qu’à mon ouvrage, et j’oubliais tout, y compris la maladie qui m’étais tombée dessus à ce moment-là. Six mois après avoir commencé, je créais mon premier « escargot », qui reste à ce jour emblématique de mon travail. 

Cet escargot vous a valu d’être repérée ?
-En effet, même si ce n’est pas ce que je recherche à tout prix. Une grande spécialiste a eu du mal à croire que je n’avais que 6 mois de pratique derrière moi. Et tout s’est enchaîné. L’Italie est venue me chercher pour faire de la restauration, mais le Covid a sonné le glas de cette aventure. Je suis rentrée en France et j’ai continué… je ne pouvais pas faire autrement. Je n’ai pas pu en vivre tout de suite, et, pendant un temps, j’ai cumulé la marqueterie de paille et des petits boulots. Mais maintenant, c’est mon métier à part entière. Je travaille à la fois pour de grandes maisons de luxe, qui me sous-traitent la réalisation de panneaux décoratifs, et en mon nom propre pour les particuliers. 

Comment êtes-vous arrivée à Roanne ?
-Après mon divorce, je suis partie à La Palisse. J’ai fait une demande pour être intégrée à la pépinière de La Cure, qui a été retenue. Mais j’ai vécu un drame qui m’a détournée de ce projet. Plus tard, après un passage au Coteau, j’ai eu l’occasion d’intégrer une boutique de la ville à Roanne et… me voilà. Depuis avril 2025, mon atelier est ici, au 106 de la rue Mulsant. Cela fait 5 ans que je vis dans la région, et j’y suis bien. 

Quels types de projets réalisez-vous au sein de votre atelier ? 
-Principalement des créations uniques et/ou sur-mesure, du mobilier, des bijoux, des panneaux décoratifs, des luminaires, des objets décoratifs, etc., que les gens peuvent acheter directement. J’interviens également sur la personnalisation d’objets existants, la restauration ou la rénovation de pièces anciennes, et je collabore régulièrement avec des designers et des professionnels de l’aménagement intérieur. Et puis, parce que la marqueterie de paille est un savoir-faire rare qu’il est essentiel de préserver, mon atelier est également un lieu de partage. Je propose notamment des journées d’initiation, ouvertes à tous, sans prérequis. Le temps d’une journée, les participants découvrent la technique et repartent avec leur propre création. 

Au-delà de l’aspect « addictif » de la pratique… qu’est-ce qui pour vous distingue la paille d’autres matériaux ? 
-Sa relation à la lumière. C’est magique ! Selon l’orientation des fibres, une même surface peut paraître mate, satinée ou éclatante. La marqueterie de paille n’est jamais figée : elle capte la lumière, la reflète, et s’amuse constamment avec l’espace et le regard. Elle a un potentiel artistique et expressif colossal. 

Vous avez reçu en 2024 un prix Artinov, qui vise à promouvoir l’innovation sous toutes ses formes au sein des entreprises artisanales. C’est une belle reconnaissance n’est-ce pas ? 
-En effet, être lauréate de l’Innovation de Savoir-Faire est une distinction qui met en lumière mon engagement pour la valorisation d’un art encore méconnu et souligne la capacité de la marqueterie de paille à faire pleinement partie de la création contemporaine. C’est une reconnaissance, mais aussi une responsabilité. 

Justement, vous diriez que votre travail s’inscrit plutôt dans la tradition ou la modernité ? 
– Je dirais dans l’alliance des deux. Mon approche repose sur une technique traditionnelle et ancestrale, mais au service d’une vision contemporaine. La noblesse de cet artisanat d’art réside également dans la longévité de ses applications. J’ai ici des objets datant du 17ème siècle qui ont traversé les âges sans dommage… 

Que peut-on vous souhaiter ? 
-D’être habitée longtemps par une même frénésie de création, de continuer à faire vivre mon atelier, d’amener toujours plus de personnes à découvrir cet art, dont la noblesse réside autant dans le geste que dans la matière, et qui, à partir de la simplicité naturelle, peut créer tant de lustre et de délicatesse. 

106 Rue Mulsant, 42300 Roanne 
contact@domimarqueteriedepaille.com 
07 86 37 57 05 
www.domimarquetriedepaille.com 

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Alexandra TISSOT9 mai 2026

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