Son histoire ne le dit pas, mais peut-être a-t-il été l’enjeu de féroces batailles territoriales entre la Maison d’Anjou et le comté du Forez. Excès de modestie sans doute. Ou goût peu prononcé pour les souvenirs sanglants. Peut-être a-t-il attiré la convoitise de quelques courtisanes royales, tentées d’échapper, sans prétention, à la mauvaise réputation, ou abrité les amours interdites de Monsieur, frère de Louis XIV. Et s’il cachait le trésor des Templiers, des Cathares, ou …
On a retrouvé des traces vieilles de 13000 ans. 13000 ans, peut-être plus, que l’humanité a eu l’idée des soirées mousse, en arrachant les céréales à leur destin dans le pétrin. Car si toutes ne deviennent pas pain, c’est qu’un petit malin, sûrement fâché avec la femme du boulanger, les a un jour laissées fermenter histoire de lui mettre la pression. La bière est peut être, en sonnant le glas de la sobriété, à l’origine …
On vous l’avait annoncé : notre musée a trop à dire pour se contenter d’un seul article. Son histoire ne pouvant s’écrire en marge, le voici donc de retour sur notre estrade, la voix chauffée, le port altier. Il ne craint ni les moments de solitude ni les trous de mémoire, car des souffleurs, et pas n’importe lesquels, l’accompagnent. Ils ont eu un long début d’éternité pour lui faire apprendre son texte, embarqués qu’ils étaient …
Que voulez-vous, il y a des gens comme çà, qui ne peuvent pas s’empêcher de dépoussiérer, de changer les meubles de place, d’intervertir les bibelots, et de regarder sous les tapis. Qui vont même, parfois, jusqu’à fouiner dans le grenier, l’ordonner, oui, ordonner le grenier, réveiller les esprits, et détruire des décennies de tissage arachnéen.
Vous voyez de qui on veut parler ? Ceux capables de ranger les yaourts par date de péremption, de mettre de jolies petites étiquettes sur les bocaux, rangés par famille d’ingrédients puis par taille, de savoir où se trouvent les attaches parisiennes pour que le petit fasse un tableau animé, ou le bouton de rechange d’un manteau acheté en 84, car ils sont aussi tout à fait capables d’avoir gardé le ticket de caisse dans la pochette comptable « achats vestimentaires de 1984 ». Ceux là sont les mêmes qui, en arrivant chez vous, vous demandent pourquoi vous n’avez toujours pas de cuisine à l’américaine, se proposent pour vous aider à péter les murs et « on en profitera pour enlever le point de croix du caniche inconnu et pour séparer la desserte Ikéa du guéridon Louis XVI ». Ceux qui, petits, titillaient sans les détruire les fourmilières pour que les fourmis remettent tout bien propre…
Nathalie Pierron, directrice de notre Musée Joseph Déchelette, est un spécimen de ce genre, la dimension psychopathe en moins. Arrivée au printemps 2017, elle a décidé, sans coup de pied dans la fourmilière, mais avec la ferme intention d’attirer le public, de créer un lien avec l’art de notre temps et de redynamiser le parcours muséographique. Amateurs de faïences révolutionnaires ou de nécropoles antiques, ne tremblez pas, votre musée ne rend pas ses collections. Mais l’actuelle exposition d’Eugène Leroy donne le ton, fixe la barre et ouvre grand les portes de la contemporanéité. Disons qu’un vent nouveau arrive, qui risque bien de faire voler quelques assiettes… Ma foi…du moment qu’on ne touche pas à notre Picasso…
Zébulon des temps modernes
Ce personnage fictif, un tantinet hyperactif du manège enchanté, est sorti du bois joli pour révolutionner notre musée. Nathalie Pierron est une historienne de l’art, contemporanéiste, pour qui les notions de partage et de transmission sont au coeur de tout projet. Elle a d’ailleurs longtemps alterné les postes d’enseignante et d’attachée culturelle, en France et en Suisse, histoire de compliquer le calcul de ses points retraite. Lyonnaise de naissance, elle a dernièrement souhaité revenir en Rhône Alpes, en jetant son dévolu sur notre musée, « où il y a tout à faire ». Alors, puisqu’elle aime travailler sur le long terme et que la rénovation est inscrite à l’ordre du jour, Nathalie a de quoi nourrir ses ardeurs. En arrivant en mai 2017, elle a commencé par reformer une équipe et créer un poste de chargée de communication. Elle a constaté qu’un retard de 25 ans avait été pris dans la numérisation des collections, qu’il s’agisse des herbiers, des trésors textiles ou des quelques 28 000 objets qui constituent une richesse patrimoniale bien supérieure à celle d’un petit musée. Qui sait, par exemple, que nous avons un Picasso à Roanne ? Et surtout, qui l’a vu ? Classé « Musée de France », Joseph Déchelette a une mission, certes, de conservation, mais il faut agrandir les réserves et renouveler ce qui est donné à voir au public, en créant des ensembles plus cohérents et plus attractifs. Et, même si les budgets sont contraints et notre musée classé Monument Historique, il est impossible de faire l’économie d’un parcours muséographique correct et de la mise en accessibilité de l’Hôtel Valence. « N’oublions pas que les musées qui ferment, ça existe », et il serait dommage, voire dommageable, de louper le coche alors que l’offre culturelle à Roanne commence à prendre sérieusement.
Du rififi au musée
Il ne s’agit pas uniquement d’enlever les spots des années 80 ou les bleus et jaunes Giverny sur les murs. L’idée est aussi, et surtout, de renouer avec l’alternance, d’avoir non seulement un musée encyclopédique de faïences et d’archéologie, mais également un musée vivant, animé, capable d’interagir avec ses contemporains. Nathalie souhaite respecter son engagement d’historienne et miser sur l’avenir en s’appuyant sur le passé : les réserves cachent, par exemple, des trésors d’histoire de l’industrie textile et il est impensable de ne pas sauver et exposer ces pans de collection. Tout comme il apparaît primordial de faire venir des artistes contemporains, d’organiser des performances, des conférences, des séances de dessin Modèle Vivant, d’être acteur des journées du Patrimoine, d’entretenir d’étroites relations avec d’autres structures culturelles (le Théâtre, le festival Cinécourt Animé…), et, bien sûr, de faire venir les enfants. Ceux-ci, lors de visites pédagogiques, sont d’ailleurs en train de fouiller les réserves pour préparer « leur musée », visible au printemps 2019. Durant cette même période, de mars à juillet, une exposition temporaire, Muséalies 2, abordera le thème « Faces, Masques et Portraits », et proposera une traversée des visageités du monde. Le musée Picasso nous prêtera pour l’occasion une sculpture de sa période surréaliste, qui côtoiera la gravure que nous possédons déjà.
L’exposition temporaire actuelle est, jusqu’au 14 janvier, consacrée à Eugène Leroy, un des grands peintres français de la 2ème moitié du XXème siècle, dont l’oeuvre fait partie des collections de notre ville depuis que Jacques Bornibus, conservateur du musée de Roanne de 1965 à 1983, l’y a fait entrer. Mort en 2000, Leroy a passé sa vie à revenir compulsivement sur ses oeuvres. Son travail d’épaisseur, d’empâtements successifs, de peinture littéralement pétrie de sa main sur la toile, témoigne de son obsession pour la lumière dans la couleur peinte, et de son appétit gourmand pour la matière picturale elle-même. Pour lui, la lumière EST le tableau, entourée d’ombres, figure fantomatique surgissant des oeuvres. L’exposition s’articule, sur 3 niveaux, autour de l’omniprésence, chez Leroy, de certains thèmes : les têtes, les nus et les paysages. Avec, en pièces centrales, « Eugène et Valentine », commencé en 1935 et achevé en 1985, et son lumineux Paysage de 1966.
S’il manque à cet article l’histoire de notre Musée Joseph Déchelette, c’est qu’il y a trop à en dire pour n’en faire qu’un. C’est donc dans le prochain numéro que nous vous livrerons la suite, non chronologique, de ce reportage. Il nous a semblé opportun de mettre ici en lumière la phase de redéfinition culturelle abordée depuis peu, son ancrage dans notre présent et la réaffirmation de son existence dans un réseau national, avant d’interroger le passé. Une analyse, en somme, sans hypnose ni divan, d’un petit musée conçu dans l’amour qui doit aujourd’hui continuer de se construire, comme un grand, qu’il deviendra assurément.
La légende dit des Patrouilleurs de France qu’ils sont le nec plus ultra des beaux gosses, placés bien avant les Pompiers de Paris, les Carabinieri ou les chirurgiens, sur l’échelle des avions de chasse du Mont de Vénus. C’est certain, oui, qu’ils doivent avoir moins de problèmes d’accroche qu’un passionné de tuning en survêtement Tacchini (et mocassins Nebuloni). Si l’habit ne fait pas le moine, disons que l’uniforme permet, encore, de sauter quelques étapes.
La légende dit aussi, de ces acrobates aériens, qu’ils ont tous été indiens d’Amérique dans une vie antérieure, ayant pour totem le condor, et comme nom quelque chose signifiant « Qui Perce les Airs Avec Ses Yeux ». C’est certain, oui, qu’ils doivent avoir 12 sur 10 à chaque oeil, l’aisance intestinale d’un marin de haute mer, et, au compteur, les heures de vol d’un vieil épervier.
Ce n’est pas par hasard, d’ailleurs, que l’oiseau de proie emblématique figure sur les insignes de grade. Pas par hasard non plus, que leur carnet de bal des Officiers est plus rempli que l’agenda d’un généraliste à Roanne. Rappelons qu’il n’y a guère qu’au sein de la Patrouille de France qu’un charognard (celui qui avale les fumées de l’avion leader), soit lui aussi admiré, convoité, et décroche les étoiles du ciel pour les mettre dans les yeux des filles (expression empruntée aux dragueurs à la sauvette des baloches des non-officiers).
Nous avons, justement, embarqué pour un monde de légende. De monte-en-l’air de haut vol, d’équilibristes d’envergure, de corsaires des sommets et d’exhibitionnistes funambules. Une légende vivante, même si elle cherche les ennuis, les risques et le grand frisson, en paradant dans les boulevards du ciel.
La Patrouille de France, la « Grande Dame », arrive, dans des volutes de fumées tricolores, pour la 23ème édition de notre meeting aérien, dédié cette année à Georges Remy, disparu en 2017, qui a été le responsable de cette manifestation de 1973 à 2006. Car Roanne est une ville de fêtes aériennes depuis septembre 1912. Plus d’un siècle, donc, de décollages, de vrilles, de voltige, de reportages photos sensationnels, d’articles de presse euphoriques, de héros ailés, et d’indifférence totale pour les aviophobiques.
Alors, moi qui, toute ma vie, ai rêvé d’être une hôtesse de l’air, et de voir le bas d’en haut, j’ai eu envie de m’acheter une petite panoplie pas chère, histoire de marquer le coup. Mais l’équipe du Bruit Qui Court, très à la limite de l’irrévérence, m’a asséné : « Alex, tu as passé l’âge, tu vas être ridicule, tu es maman maintenant, il faut arrêter les conneries ». Soit.
Allons-y, alors, en toute sobriété, en considérant les jolis pilotes hors de portée des mamans, mais en espérant, tout de même, un peu de turbulences…
UN CENTENAIRE PLEIN GAZ
Mirage, Rafale, Jaguar, Tornado, ces noms là n’ont assurément pas peur du vide. Comme leur illustre ancêtre, le Blériot XI, premier avion à réaliser, en septembre 1913, les acrobaties aériennes du pilote Adolphe Pégoud. Celui-ci inventa une nouvelle discipline, avant d’avoir un prénom difficile à porter. Les premiers vols en patrouille remontent, eux, à la première guerre mondiale, sans que la synchronisation artistique soit, malheureusement, une priorité. C’est en 1931 que la première patrouille officielle est créée, par des moniteurs de l’Ecole de Perfectionnement au pilotage d’Etampes. Suit celle de Dijon en 1934, qui relie par des cordes jusqu’à 18 avions. Plus tard, alors que, ça y est, plus aucun nouveau né ne s’appelle Adolphe, un vétéran de la patrouille d’Etampes, le Capitaine Perrier, forme celle de Tours en 1946. Les formations acrobatiques se multiplient à compter de cette année. Les avions de guerre ont désormais une mission de représentation et préparent, tout doucement, le lancement de carrière de Tom Cruise dans Top Gun.
C’est à Alger, le 17 mai 1953, lors d’un meeting, qu’un commentateur désigne l’escadre du commandant Delachenal comme la « patrouille de France ». Le terme plaît et est officialisé par l’État Major quelques mois après. Par la suite, la Patrouille de France est représentée successivement pas d’autres escadres, jusqu’à être dissoute en 1964, en raison d’une restriction budgétaire. C’est alors que l’école de l’air de Salon de Provence reprend le flambeau, avec une nouvelle flotte de 11 CM170 « Fouga Magister ». La Patrouille de France s’affirme comme la plus prestigieuse unité de l’armée de l’air et accepte en toute conscience sa mission de représentation diplomatique. En 1980, l’ « Alphajet » lui offre un rayonnement planétaire, et c’est à la statue de la liberté qu’elle fait tourner la tête en 1986. Deux années restent à souligner dans sa jeune histoire : 2010, où-enfin, ouf, c’est pas trop tôt, on a failli attendre- la commandante Virginie Guyot devient la première femme leader, et 2012, où les 60 ans de la Patrouille de France rassemblent 120000 personnes à Salon de Provence.
ET PENDANT CE TEMPS LÀ, À ROANNE
Si notre ville n’a pas inventé les fumigènes, elle a été parmi les premières à célébrer l’excellence des ailes françaises. De 1912,date du premier rassemblement amical d’avions dans un champ de notre campagne, au dimanche 23 septembre 2018, l’histoire entre Roanne et les airs s’écrit sans chercher d’épilogue. Notre meeting a 45 ans et se renouvelle tous les 2 ans depuis 1973. Depuis que Georges Remy, alors membre des ailes Roannaises, a décidé de faire danser des avions de légende sur notre piste bleue. Ce père fondateur, recrue de la section aviation du CE des ARCT, pour lesquelles il travaillait, s’est livré corps et âme pour faire de Roanne un haut lieu des fêtes aériennes. Ainsi, le 23 septembre 1973, il montre pour la première fois à son public des montgolfières, des planeurs, les avions Farman, Blériot, Morane… et, avec l’appui de l’aérospatiale et de l’armée de l’air, des corvettes ou encore des avions à réaction militaires. Le succès est colossal et lui permet de convaincre les décideurs locaux et départementaux de le suivre. Dès le 2ème meeting, en 1974, la Patrouille de France vient propulser son escadrille au dessus de nos têtes. Pour ne manquer, depuis lors, aucun rendez-vous. Georges visite alors de nombreuses ambassades et unités étrangères. Il réussit, aidé par la force de conviction de son épouse Michèle, à rameuter les Red Arrows, les Frecce Tricolori, les délégations belges, suisses, marocaines, etc. Les clubs roannais se sentent pousser des ailes et, dans un boucan d’enfer, se regroupent au sein de l’interclub ICAR. Et ce sont 300 personnes, la plupart pilotes de leur état, qui préparent aujourd’hui l’évènement. Protégé des Dieux, habituellement rancuniers face aux mortels qui les surpassent, le meeting ne déplore à ce jour aucune perturbation, qu’elle soit accidentelle ou climatique. Il est à présent incontournable et représente le plus gros meeting associatif français. Roanne est d’ailleurs devenue un gros pôle de formation de pilotes privés et professionnels, mais aussi le lieu de naissance d’un grand nombre de pilotes de chasse.
Si nous vous livrons l’intégralité du programme 2018 dans le « A la Une » de ce numéro, soulignons la fidélité des 9 trinômes mécaniciens-pilotes-avions de la Patrouille de France qui viendra, cette année plus que jamais, nous présenter ses « Schtroumpfs», soit les 3 dernières recrues, sans regarder à la dépense, ni de kérosène, ni de fumigène.. En faisant, comme toujours, les choses en grand, et en nous jetant bien plus que de la poudre aux yeux. Car, bien sûr, nous ne demandons pas à notre spectaculaire escadrille de briller par sa discrétion, mais bien de rouler des mécaniques, d’envoyer les gaz et au diable le mal des transports, en nous rajoutant au compteur quelques bien belles heures de vol…
Vous viendrait-il à l’idée de chercher où manger un bon aligot à Los Angeles, de dire à un Savoyard que « Savoie-Haute Savoie, c’est la même chose », de vouloir de la dentelle de Douvres en plein Calais ou de la laine de mouton d’Ecosse en Patagonie ? On a beau dire, on a beau faire, les meilleures bêtises se font à Cambrai, les vraies espadrilles aux Pays Basque, et on laisse bien volontiers la corrida aux espagnols, comme les anglais nous laissent nos pauvres grenouilles.
Et bien figurez-vous que le luxe a lui aussi une étiquette, un berceau, un pays d’origine, du sang de Capétien dans les veines et Marianne comme inéluctable poinçon. Sortons les coqs et leurs cocoricos, les « Vive la France » sous les hourras et notre vieille arrogance de gaulois car le « Made in France », est, encore, synonyme d’excellence. Nous n’avons pas de pétrole et le French Lover est rudement concurrencé depuis que les femmes voient du pays, oui, mais…nous avons le savoir-faire du luxe. Alors amis fortunés, réjouissez vous !Amis qui l’êtes moins ou pas du tout, sachez que le luxe n’existe, quelque part,que grâce à vous et à votre frustration à ne pas le posséder. Et puis, sa progression annuelle étant inversement proportionnelle à la courbe de paupérisation, il est un pourvoyeur d’emploi très intéressant… Ainsi, « Pacau Couture », à la Pacaudière, qui travaille le « flou » pour les grandes marques de luxe françaises, recrute encore et encore… Depuis le rachat en 2011 par Séverine et Eric Ciampi, l’effectif a doublé et il va falloir songer à pousser les murs.
Sans dépenses somptuaires au Sofitel ni mondanités en Berline, nous avons fait, grâce à eux, une immersion dans les coulisses du luxe. Une chance inouïe pour les amateurs de belles choses, sans le sou, in dire straits, fauchés comme les blés, que nous sommes.Malgré tout, nous pourrons ainsi dire à notre descendance que nous avons assisté à la naissance d’une écharpe Hermès, à la mise hors d’air d’une robe Dior, ou à l’évaporation d’un chemisier Céline…
Une histoire de beau linge
La fabrique est une vieille dame, contemporaine, en ses jeunes années, de l’essor du chemin de fer ou de l’éveil de Coco Chanel. Au début du XXème siècle, la révolution industrielle du textile n’en est plus à ses premières bougies, et le transport du coton est grandement facilité dans toute la France. Ainsi, la famille Déchelette crée un atelier de cotonnade à La Pacaudière en 1906, sans Joseph qui, lui, a toujours préféré les vieux os à épousseter.
Dans les années 1960, c’est Yves Saint Laurent qui reprend l’affaire et en fait un de ses sites de production. Sachez donc, Mesdames, que les chemisiers Rive Gauche ontété Pacaudois jusqu’en 1985, date à laquelle Yves Saint Laurent décide de ne garder que son site d’Angers. Deux salariés font alors revenir les licenciés et prennentla direction de la fabrique rebaptisée « Paco Couture », puis « Pacau Couture », aprèsle procès intenté par un Paco Rabanne revenu pour l’occasion d’une vie antérieure.En 2011, ayant cumulé leurs 40 annuités et demie de cotisations, ils trouvent repreneurs avec Séverine et Eric Ciampi, un couple de Lyonnais supposément prêts pour le challenge et la folie douce Roannaise.
Et si c’était à refaire ?
Et bien ils le referaient. D’abord, parce que Pacau Couture se porte bien, positionnée sur un marché porteur d’artisans malletiers, selliers, maroquiniers, couturiers… devenus des marques de luxe internationales. En effet, l’effectif est passé en 7 ans de 45 à 100 salariées. Il n’y a que deux hommes alors souffrez, pour une fois, que le féminin l’emporte. L’entreprise cherche encore à embaucher, et c’est sans compter les agrandissements à prévoir.
Ensuite, la qualité de vie de notre petite ville, cachant bien son jeu pour vivre heureuse, a largement convaincu les deux citadins lyonnais. Disons que les pentes de la Croix Rousse ou les petits bouchons de la rue des Marronniers ne leurs feraient plus faire le chemin inverse. Le changement a pourtant été radical. Séverine et Eric occupaient tous deux des postes plutôt sympathiques mais rêvaient d’avoir une entreprise à eux et ont été sensibles aux produits de Pacau Couture, à son savoir-faire reconnu en France et à l’Etranger. Ce sont aujourd’hui des roannais d’adoption heureux qui parcourent chaque jour les 20 kms les séparant de leur lieu de travail. En seulement 20 minutes.
Du flou artistique
Dans les ateliers où les petites mains jouent des coudes, différentes équipes travaillent la technique du flou, ou tout ce qui a trait à la confection de vêtements souples et vaporeux. Soie, mousseline, voile, etc., se pressent sous les pieds de biche ou entre les doigts de ces femmes studieuses et concentrées sur leur ouvrage. Car il s’agit d’un savoir faire séculaire et garant d’excellence. Mais, si la tradition du luxe français remonte à Louis XIV et aux premières manufactures, il faut bien tenir la barre et maintenir les compétences à leur plus haut niveau. Nous assistons d’ailleurs à une transmission de connaissances entre Simone, qui va partir en retraite, et Sidonie, qui vient d’arriver…
Le prestige a un prix, qui n’est pas celui de la délocalisation. Il n’existe qu’une dizaine de façonniers en France, et Pacau Couture est le seul dans la région, à donner corps aux créations prêtes à porter de Dior, Hermès, Céline, Thierry Mugler, Chloé, etc.Un prototype est d’abord créé, qui servira aux défilés et à être, éventuellement, amélioré. Puis la production est lancée et chaque pièce doit être parfaite, avec les contraintes données, du 34 au 44. Avec 4 collections par an, qu’il faut livrer en temps et en heure, l’organisation scientifique du travail ou Taylorisme est à son apogée, même si la qualité ne peut que primer sur le rendement.Chacune a un rôle bien précis, de contrôle du découpage (informatisé, comme le patronage), d’assemblage, d’essayage, de finition, de repassage… Et c’est toute une fourmilière qui s’affaire autour d’un chemisier avec incrustations de dentelle ou d’une robe en soie en pièces détachées.
Bien entendu, après avoir fureté parmi tous ces tissus précieux, observéces femmes que rien n’arrache à leur concentration, vu leurs doigts habiles courir d’une tâche à l’autre, caressé des robes inaccessibles au commun des mortels, et apprécié, en jouisseurs que nous sommes, le spectacle que tous donnaient ensemble… nous nous surprenons à penser, comme Voltaire, que le superflu est, décidément, « une chose bien nécessaire ».Et nous souhaitons à Séverine et Eric que le marketing du rêve continue, longtemps, de prêter vie, dans la prospérité, à ces savoir-faire inestimables.
Oh, bien sûr, il y a l’acropole d’Athènes, le Sphinx de Gizeh, les traboules de la Croix Rousse, le Colisée, le chalet d’alpage classé de Gégé ou, pourquoi pas, Stonehenge. Mais il y a, aussi, le Théâtre de Roanne.On peut parler, évidemment, de la Scala, du Royal Albert Hall, de l’Opéra de Lyon ou du National Theatre de Munich. Mais il faut alors parler, aussi, du Théâtre de Roanne. On rêve des spectacles du Zénith, du Divan du Monde, du Feu de la Rampe, du Bataclan ou du Chat Noir qui n’est plus. Rêvons alors, aussi, de la programmation du Théâtre de Roanne. Paris, New York ou Londres n’ont pas le monopole de la tirade retentissante, du lyrisme mémorable, et encore moins du coup de théâtre. D’ailleurs, le Barbier de Séville, Mme Bovary, Roméo, Juliette et Schumann, pour ne citer qu’eux, n’ont pas boudé leur plaisir à jouer leurs vies ou leur musique sur nos planches roannaises.
C’est en respectant les règles de bienséance, et en 2 actes, comme il n’est pas coutume, que nous vous présentons cet « écrin patrimonial », le seul théâtre du Nord du département, construit en 1885 dans la plus pure tradition du « théâtre à l’italienne ». Nous avons, lors d’une visite bien entendu théâtrale, fait parler ses murs chargés d’histoires et d’Histoire, avant de laisser la parole à Agnès Houart, sa directrice pleine d’inspiration et de bonnes intentions. De la loge du roi au poulailler, du mur du lointain à l’incroyable machinerie des coulisses, de la salle des pas perdus à la fresque de la coupole, le Bruit Qui Court s’est tu, impressionné, entre autres, par les pièges à son, pour boire une histoire fabuleuse racontée sans souffleur par un acteur convaincant de notre vie culturelle roannaise.
Il était une fois un petit théâtre de bois dans les jardins de notre sous-préfecture, et un couvent moribond, celui des Capucins, à côté de notre hôtel de ville. L’histoire ne dit pas s’ils s’aimaient d’amour tendre sans savoir comment s’y prendre, mais on leur souhaite, car ils furent réunis en un seul et même lieu pour, on l’espère, l’éternité.
En 1879, le théâtre de bois mité reçoit l’extrême onction et les Roannais, lors d’un sondage populaire, optent pour le faste et la grandiloquence : ils veulent un théâtre en dur, fixe et cossu. Qu’à cela ne tienne. En 1881, l’architecte Barberot sort les mains de ses poches et le théâtre se construit, autour de l’indestructible mur de soutènement de feu le couvent. Qui est tout sauf droit, mais ce n’est pas Pise qui va la ramener, et fera même un colossal « mur du lointain » sur scène, pour les décors figuratifs « du lointain », donc. En 1885, le rideau se lève pour la première fois sur Le Barbier de Séville, de Rossini, qui n’en revient pas de tant de luxe et de modernité dans une si petite ville.
Les théâtres à l’italienne, comme celui de Roanne, sont conçus pour mettre le plus de monde possible dans le plus petit espace possible. Ils présentent tous la même configuration depuis le XVIIème siècle : un cylindre accolé à un cube, des spectateurs assis à l’orchestre ou sur les balcons en fer à cheval. A l’époque, les arts lyriques représentent l’essentiel des spectacles, c’est donc sur le son que les efforts sont concentrés : il monte et ricoche sur une conque acoustique qui le distribue, comme un parapluie dirige les gouttelettes d’eau, des « pièges à son » sont placés un peu partout et tous les matériaux utilisés servent un même maître. Le plâtre, le bois du cadre de scène, le velours des sièges…tous concourent à ce que les voix et la musique voyagent en douceur dans un monde qui ne connaît pas encore les ingénieurs du son… Voilà pourquoi il existe toujours des places « aveugles » ou « demie-vue » qui font aujourd’hui grogner ceux qui y sont placés : voir le spectacle n’était pas primordial, il fallait surtout pouvoir l’écouter.
Initialement éclairé à la bougie, le théâtre à l’italienne présentait une répartition du public différente de celle que nous connaissons : les plus pauvres étaient en bas, car les bougies du plafond coulaient irrémédiablement et il était inconcevable qu’elles coulassent (oui, oui, on assume le subjonctif imparfait) sur un noble. Près des « feux de la rampe » (ensemble des bougies installées au nez de scène), les « sans dent » venaient avec leurs mœurs bruyantes, mangeaient et buvaient sans vergogne devant des comédiens flegmatiques devant parfois éviter toutes sortes de projectiles. Avec l’éclairage au gaz, dont le théâtre de Roanne a immédiatement profité, la répartition s’est inversée : le public aisé est venu s’installer vers la scène et le petit peuple, vociférant et piaillant, a dû monter dans les étages, donnant au 3ème le nom de « poulailler ». Viva la revolución. De chaque côté, au 1er étage, se trouvent les loges du roi et de la reine devenues, depuis que la royauté est passée de mode, celles du sous-préfet et du maire.
Alors qu’autour du dôme, observable du poulailler (il faut bien trouver quelques avantages à la pauvreté), se pressent les noms de nos inimitables dramaturges (dont Corneille, Molière et Sardou…Jackie sûrement), les angelots attendent la réfection des plâtres prévue normalement pour l’été. Le lustre, fastueux et presque hyperbolique, éclaire de ses 96 ampoules la devise de Roanne, « Crescam et Lucebo» (« Chris rame et Luc est beau » selon Google Trad), bien intégrée à la fresque inestimable, nettoyée à la mie de pain lors des rénovations de 1988. Dans les coulisses (les côtés de la scène où étaient rangés les décors), des « rues » se succèdent, chargées de cordages en chanvre, de poulies, de contre-balanciers, de perches à main… L’ensemble ressemble à la salle des machines d’un paquebot, et ce n’est pas par hasard. Autrefois, les marins devaient recycler leurs compétences sur terre à la mauvaise saison. Ils ont donc véritablement amené dans les théâtres les nœuds de marins et le système de levage des voiles.
Tout au sommet, le « grill » rassemble les cintres et tout un enchevêtrement de mécanismes donnant l’impression d’être au cœur d’une machine à tisser. Durant les travaux pharaoniques de 1988, la machinerie bois de 1885 a été conservée, et 3 tambours de 150kgs pourraient encore servir à manipuler les gros décors. Un 4ème est exposé dans le hall d’accueil. La visite se poursuit par les loges, la salle de répétition, le foyer des artistes, le local technique et la salle de réception, solennelle et royale, avec son bar qui ne demande qu’à désoiffer. Nous n’avons croisé ni « chien ni femme de petite vertu », puisqu’une relique conservée de l’ancien règlement leur interdit l’entrée. De quoi rassurer les phobiques du genre…
Si bon nombre de comédiens font chapeau bas en découvrant notre théâtre, c’est qu’il doit être une fierté pour chacun d’entre nous. Les visites organisées sont pleines d’enseignements et cette matrice, toute en rondeur, de la tragédie et de la pantomime, a encore bien des choses à vous montrer et à vous raconter. Même si vous êtes une femme de petite vertu.
INTERVIEW AGNES HOUART
Lorsqu’une Picarde débarque à Roanne, elle a, forcément, une idée derrière la tête, un projet d’envergure, une mission impossible, un amour démesuré pour la bonne chère ou, pourquoi pas, pour un roannais. Agnès Houart, jeune femme vive et pétillante d’à peine 54 ans, n’échappe pas à la règle. Si elle a quitté le pays du gâteau battu, c’est pour devenir en septembre 2017 la directrice de notre cher théâtre, et l’enrichir de ses expériences dans différentes structures culturelles de grandes villes, de zones rurales ou de quartiers difficiles. Sa vision globale devrait donner à différents publics l’occasion, enfin, de se rencontrer.
Agnès, comment devient on directrice du théâtre de Roanne ?
On postule quand l’occasion se présente ! Je ne connaissais pas Roanne ni le département mais le postulat de départ m’a donné envie de tenter ma chance. La mairie et moi avions les mêmes ambitions alors….me voilà !
Quelles sont, justement, les souhaits communs ?
Une programmation exigeante au niveau culturel, et, vous vous en rendrez compte, un public au cœur des projets. On voudrait engager une certaine désacralisation du théâtre, pour l’ouvrir à tous, justement, organiser des rencontres avec le public, attirer les enfants, les ados, les jeunes adultes, aller chercher les familles, les 30-40 ans. On veut également mettre l’accent sur le soutien et l’accompagnement artistique (l’accueil en résidence, la co-production de spectacles). Il nous faut donc travailler l’essentiel : le public, nourri par les créations, et la création, nourrie par le public.
Vous êtes arrivée en tout début de saison, en septembre 2017, avez-vous pris vos marques ?
Oui ! Sur la saison actuelle, j’accompagne, je fais connaissance avec l’environnement et mes collaborateurs. J’ai la chance d’avoir une équipe très compétente, chacun sait ce qu’il a à faire et le fait bien. C’est un avantage majeur. Cela me permet de voir beaucoup de spectacles pour préparer la prochaine rentrée.
Qu’est ce que nous réserve la saison 2018-2019 ?
La programmation prochaine promet d’être éclectique : cirque, chanson, théâtre…et un peu plus de danse car le public roannais y est particulièrement sensible. Par ailleurs, j’ai envie que le théâtre vive au-delà du spectacle. Il faut faire une partie expo avec des artistes associés, ouvrir l’espace bar, afin qu’il devienne un lieu ouvert, un véritable repère artistique et culturel, et un élément attractif du territoire. Je souhaite aussi associer un chorégraphe et un auteur de théâtre à l’aventure de la saison 2018-2019, pour qu’ils aillent à la rencontre du public. Mais je ne peux pas encore dévoiler leurs noms…
Agnès, qu’est ce qui vous anime ?
La passion bien sûr. Et la certitude que l’art est, pour tous, une nécessité absolue, qui doit solliciter notre intelligence et nous aider à être des êtres humains, encore et toujours.
Peut-on imaginer le Lac des Cygnes sans tutus plateaux blancs, Robin des Bois sans collant vert, et Peau d’ Ane sans peau d’âne ? Aurait-elle autant marqué les esprits sans sa robe couleur du temps, et de quoi aurait eu l’air Batman habillé simplement en fille de l’air ? On ne peut pas, sans trahir l’histoire, représenter Marie-Antoinette en majorette, ou le dernier des Mohicans en Little Bob.
Il faut, pour concevoir et réaliser le bon costume pour un spectacle vivant et des corps en mouvement, l’alliance d’un grand esprit et de petites mains. Quelqu’un ayant le sens de la mise en scène, à même de maîtriser la concordance des temps, de comprendre les couleurs, les matières, et de leur insuffler du volume.
Maïté Chantrel est de ce genre là. Costumière, habilleuse, styliste, modéliste, couturière, diplômée de la « Wimbledon School of Arts » de Londres et de l’Académie Internationale de Coupe de Paris, elle travaille, de nuit comme de jour, pour le milieu artistique.
Sans oiseaux chantant ni souris adeptes des chats d’aiguille. Installée à la Cure de Saint Jean Saint Maurice, cette Cendrillon moderne ne doit rien à la magie et ne marque pas d’ourlets pour plaire à un Prince, mais pour vous plaire à vous.
Car, pour que le spectacle continue, il faut bien que les voiles jouent, encore et toujours, avec les dentelles, les corsages avec les crinolines et les justes-au-corps avec les diadèmes. Et ça ne va pas se faire tout seul.
Une jeunesse en patchwork
Maïté est aussi douce et aérienne que son homonyme du sud ouest est vociférante et cruelle envers les animaux. L’une des deux, donc, porte mal son prénom. Elle est née il y a 38 ans dans un petit village de pêcheurs de Normandie. Elle passe un bac L option théâtre, étudie une année en Arts Plastiques, puis une autre au Camberwell College of Arts de Londres. Elle découvre alors le costume, cette « sculpture portée qui a un sens », et obtient une bourse pour la célèbre « Wimbledon School of Arts », section « costumes historiques ». Là, pendant trois ans, elle étudie l’histoire, apprend la couture, les techniques de moulage, le travail du fil de fer et d’autres matières. Elle entre dans le monde des tutus, des corsets, des pèlerines et des hauts-de-forme, pour ne plus en sortir. Ces années là, elle crée des costumes grandioses pour le carnaval jamaïcain de Notting Hill (le quartier du coup de foudre), réalise quelques projets pour de petites compagnies, et présente un mémoire sur la signification des motifs africains. Car l’Afrique l’attire depuis toujours… Elle y a fait ses premiers séjours à 16 ans, prend des cours de danse africaine et ne vit sûrement pas par hasard dans le quartier jamaïcain.
Du English National Theatre à la Cure de Saint Jean Saint Maurice
Fraîchement diplômée, elle obtient un poste de petites mains dans les ateliers du English National Theatre, et commence, docile, par coudre des étiquettes. Elle est ensuite l’assistante de la designer du spectacle « The Little Women ». Elle assure, là, l’habillage des comédiens, découvre l’énergie de la scène et apprend à respecter le travail de chacun. Mais l’Afrique l’appelle et là voilà partie, vaccinée et portant sa bonne étoile en bandoulière, à 200 kms de Dakar, en plein Sahel, dans le centre artisanal d’une communauté musulmane. Elle y reste un an, avec un photographe, et abat un travail considérable pour créer un catalogue et référencer tous les produits fabriqués. L’humanitaire, les ambiances « roots », sans électricité ni fer à lisser, la nourrissent plus sûrement qu’un dîner chez l’ambassadeur… Cependant, son pays lui manque enfin et, une fois son projet africain achevé, elle s’installe à Lyon. Elle travaille alors, comme intermittente du spectacle, pour l’Opéra de Lyon ou la Biennale de la Danse. L’aventure dure 7 ans, comme l’amour. Elle fait une pause avec le costume, pour renouer avec l’humain. Elle passe 18 mois à « Fil en Forme », un atelier de réinsertion de Lyon VIIIème, dans lequel elle aide les femmes à retourner vers l’emploi. Mais elle rencontre le père de ses futures filles et le suit à Paris où elle va, là encore, travailler dans un ESAT (établissement et service d’aide par le travail) pendant 4 ans. Et faire, donc, des filles. L’heureux père obtient, enfin, sa mutation dans la région, dont ils sont amoureux, et c’est ainsi que Maïté, à la recherche d’un lieu pour donner des cours, s’installe à l’atelier pépinière des métiers d’art de la Cure.
Une fille qui tombe bien
Parce qu’elle a tendance à arriver où il faut quand il faut, Maïté pense être née coiffée, ce qui, pour une costumière, ne manque pas d’à propos. Son installation chez nous coïncide avec le départ en retraite du costumier du conservatoire de danse de Lyon. Et c’est à elle qu’on propose de reprendre le poste. Quand nous la rencontrons, elle travaille depuis septembre pour un projet de Maguy Marin, une danseuse et chorégraphe française. Elle nous explique alors comment vieillir du tissu avec une râpe à fromage tout en terminant de fixer une cerise sur une coiffe. Elle aime les perpétuelles nouvelles aventures que son métier lui offre, les recherches et les échanges qu’il impose.
Dans son atelier, rempli de vieilles malles, de rubans, de biais, de boutons et de tiroirs à malice, elle propose également à la vente ses créations de prêt à porter, d’accessoires (sacs, chapeaux…) ou de costumes de fête propres à l’enfance. Enfin, elle anime des ateliers pendant les vacances scolaires et donne des cours de couture tous niveaux, en collectif ou en particulier (renseignez vous). Cette jeune femme angélique donnerait sans conteste le goût du faufilage à un bûcheron et à n’importe quel punk l’envie de se faire tailler un costume, car on succombe à sa bohême et à sa sensibilité créative en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire.
ATELIER MAITE CHANTREL
La Cure – pôle culturel et touristique – SAINT JEAN SAINT MAURICE SUR LOIRE www.maitechantrel.fr – maitechantrel@gmail.com – Tel: 06 68 03 64 56
Cette association, créée dans les années 80, a pour but de valoriser les métiers d’art existant sur notre territoire roannais, tant au niveau local que national. Elle permet également de mettre en commun les savoir-faire, les techniques, et de partager les réseaux. Par extension, si un chantier nécessite l’intervention de plusieurs corps de métiers, les travaux peuvent être programmés collectivement. Les débuts de l’Amar ont été accompagnés par la mairie de Roanne, laquelle a mis à disposition un local, devenu depuis La Maison des Métiers d’Art. Les expos se sont alors enchainées, à raison de 3 par an durant de longues années. En 2012, l’association décide d’organiser des évènements plus percutants, c’est alors que le 1er marché de noël des métiers d’art voit le jour. L’idée est de mettre à l’honneur les artisans locaux, ainsi que des invités savamment choisis, avec pour leitmotiv la qualité du savoir-faire, dans une ambiance familiale et conviviale. Le succès dépasse les espérances et permet à l’association d’imaginer un second rendez-vous annuel en 2015 : Les Métiers d’Art en Scène. Cette manifestation se tient place du marché, et entend bien surprendre le public et présenter les métiers sous un jour décalé et ludique. C’est cette même année que l’Amar ouvre une boutique éphémère rue de Cadore, au cœur même de la ville, pour présenter, durant tout le mois de décembre, les créations de ses membres. Pour beaucoup de Roannais, celle-ci est devenue un incontournable des fêtes de fin d’année.
Quant aux Métiers d’Art en Scène, qui se tiennent à présent le dernier week-end de mai, ils quittent la ville pour aller s’installer à Villerest chez Marc Giroudon, potier et membre de l’association. La volonté de surprendre est bien réelle et continue son chemin crescendo. On nous promet d’ailleurs un prodigieux millésime pour l’année à venir.
Aujourd’hui, l’association compte 23 membres et l’effectif se stabilise. Depuis peu, les postulants doivent pendant 1 an participer à la vie de l’association sans en faire officiellement partie. Au terme de cette période d’observation, chacun statue sur la pertinence et le bien-fondé d’une intégration.
Le virage numérique a été pris, avec la création d’un site dédié et une présence remarquée sur les réseaux sociaux.
L’Amar œuvre pour un artisanat résolument en marche, et plus que jamais ancré dans la modernité.
Nous n’allons pas vous raconter l’histoire de Marty McFly, parti à bord d’une machine à voyager dans le passé ou le futur, ni d’un Frankenstein dépassé par sa création, ou d’un univers en miroir où le temps défilerait à l’envers.
Nous n’allons pas discuter son écoulement unidirectionnel et réveiller Newton, philosopher sur son irréversibilité récemment remise en cause par Les Visiteurs, déterminer, qui, du Big Bang, de l’Egypte, de la Chine, de la poule ou de l’œuf a inventé le temps et le moyen de le mesurer. Ce n’est pas aujourd’hui que vous allez savoir s’il existe vraiment ou s’il est né de notre observation intellectuelle. Le temps est une notion, un concept, cyclique, ou linéaire, qui, soyons clair, nous emmerde plus souvent qu’à son tour.
Fort heureusement, certains ont eu assez vite l’idée, histoire de faire passer la pilule rugueuse de notre mortalité, intimement liée à l’égrenage du temps, d’associer sa mesure à la prouesse mécanique puis à la beauté, voire au luxe qui, parfois seulement, ne font qu’un. Du cadran solaire au cadran de berger, du sablier au beffroi, du pendule oscillant à la première horloge, l’homme, aidé du déplacement quotidien de l’ombre, des saisons, des cycles lunaires, des constellations, des marées, et d’un esprit inventif incontestable, a toujours voulu…résoudre l’équation du temps ?
Pierre et Valentin Remontet, père et fils, de l’horlogerie éponyme à Renaison, font partie de ces virtuoses des aiguilles qui miniaturisent le mouvement du temps. Professionnels de la restauration et du métier d’art de l’horlogerie, ils ont décidé de créer Leur montre mécanique, estampillée « Remontet & fils », en série limitée à 25 exemplaires.
C’est leur histoire que nous vous racontons, ou la genèse d’une aventure audacieuse, transparente et intemporelle…dans le presque infiniment petit.
Le destin d’un nom
L’histoire familiale commence dans les vignes. Mais avec un nom pareil, les Remontet ne pouvaient pas en rester là. Et c’est le grand père de Valentin, Jean-Baptiste, qui, ne se découvrant aucune passion pour les bretelles ou la part des anges, ouvre la voie d’une destinée horlogère. Il fait son apprentissage à Roanne, avant d’être tristement déporté en Allemagne le 10 août 1944, année funeste parmi d’autres. Il y travaille un an comme horloger. A la libération, il s’installe à Lyon puis décide, en 1949, de créer sa boutique à Renaison. Il a 25 ans. Il a un fils, Pierre, qui bientôt passe le plus clair de son enfance auprès de ce père dont le métier le fascine. L’atelier regorge d’outils de toutes sortes dont il se sert pour réparer ses petites voitures. Adolescent, il donne la main en été, et découvre des gestes séculaires, délicats et apaisants, un métier plaisant, propre et multiple. Il fait ses études d’horlogerie à Morteau puis travaille quelques années chez un horloger et en station technique. En 1984, il crée son atelier de restauration d’horlogerie ancienne, toujours à Renaison. Il a 25 ans. Cinq ans plus tard, l’atelier du fils et la boutique du père sont regroupés en un même lieu. Puis vient Valentin, le petit fils. Tout d’abord passionné par la mécanique automobile, il en fait son premier choix d’études, pour finalement se rendre compte que ses besoins créatifs ne sont pas satisfaits. Il se tourne alors vers une mécanique d’orfèvre et suit les pas de son père à Morteau. Il obtient là le plus prestigieux niveau de qualification : le Diplôme des Métiers d’Art. A son tour professionnel de l’archet, du balancier et de la cage dentée, il travaille 5 ans en Suisse pour des grands noms de l’horlogerie, comme Tag Heuer ou Breguet. Sa créativité s’exprime mais les décisions financières et les codes du marketing le frustrent. A l’aube de ses 25 ans, il rêve d’une pièce exceptionnelle avec défi technique. En janvier 2017, lui et son père sortent les 1ers dessins d’une montre mécanique à complication. Ils ne le réalisent pas encore tout à fait mais la machine est lancée et le compte à rebours vers une finalité grandiose commencé.
Une montre à 25 exemplaires
Valentin revient dès lors tous les week-ends pour travailler avec Pierre sur ce qui devient un ancrage dans l’avenir. La première montre fonctionne dès le mois de Mars. La mécanique est visible et on peut observer le mouvement de la « seconde rétrograde », une complication horlogère, entièrement façonnée à la main, qui permet à l’aiguille des secondes, lorsqu’elle arrive à 60, de retourner instantanément à 0. Le mouvement rétrograde a donc lieu toutes les minutes. La 2ème montre, plus aboutie, est prête fin mai. En juin, et puisqu’il ne faut jamais reculer devant une pendule qui avance, ils mettent définitivement le doigt dans l’engrenage, et leur série est lancée. Valentin va avoir 25 ans en octobre et décide de quitter la Suisse pour rejoindre l’atelier de son père. 25 est, très clairement, un chiffre clé dans l’histoire familiale. C’est donc à 25 exemplaires que leur montre sortira. Le mois dernier, lorsque nous les rencontrons, 22 pièces ont déjà été pré-commandées. Elles seront livrées à Noël, soit un an après les premières ébauches…
« La logique d’industrialisation a poussé les grandes marques horlogères à s’axer sur le volume et à en oublier le compliqué. Ce sont des ingénieurs qui aujourd’hui font les montres, les horlogers ne sont plus là de la conception à la réalisation». Pierre et Valentin, s’ils ne veulent pas, bien sûr, concurrencer l’horlogerie suisse, ont une logique différente : revaloriser leur savoir faire, en s’attachant davantage au produit qu’à l’image marketée du produit, réaliser des montres uniques, comme ils le font déjà, ou réalisées en quantité très limitée. Et ils entendent bien, pour 2018, une fois leur première série livrée, partir sur une réalisation totalement différente.
Après « Le temps Suspendu » d’Hermès, ou la montre de l’impossible, « Remontet & Fils » signent là la montre de la seconde rétrograde, et donc du retour en arrière systématique ou du temps réversible. Toute en arcs de cercle et en esthétique, cette montre philosophe nous laisse croire, un peu, en la courbure du temps…
REMONTET – Horloger Père & Fils
83 Place du 11 Novembre – 42370 RENAISON
04 77 64 45 03