Parcourir la catégorie pour

Portrait

Afficher : 31 - 40 of 51 Articles

Bertrand Bonnefoy – luthier

La Fabrique à Son  Dans cet atelier « vintage », le mot est à la mode, vaguement nostalgique, poétique même, n’ayons pas peur des mots, qui sent les essences de bois, la poussière laborieuse et le café, je m’attendrais presque à voir ma mère et sa féminité balbutiante descendre l’escalier désuet, en mini-jupe vichy et col Claudine, prête à ordonner au juke-box de cracher des scopitones.  Car cet hybride de garage à l’ancienne et de …

MICHEL FEUGÈRE MUSICIEN – UN MUSICIEN QUI FAIT SON CINÉMA

À 3 ans, il aurait pu rêver d’être pompier, astronaute, pilote ou super-guerrier, comme n’importe quel petit garçon des années 70. Captain America n’était, alors, pas encore une option. A 15 ans, il  aurait pu rêver d’être dans un groupe de rock, footballeur professionnel, poète maudit, et peut-être, de serrer tout ce qui passe, sous couvert d’éducation sentimentale, comme n’importe quel ado des années 80. Faire les Anges de la Téléréalité n’était, alors, pas encore …

Annette Marnat – Illustratrice

Flora, Pâquerette et Pimprenelle se sont penchées sur le berceau de Sa Blondeur Aurore pour lui donner ce qu’il est de bon ton de donner aux femmes depuis la nuit des temps : la douceur, la splendeur, la grâce, l’amour de l’amour, de la cuisine et du ménage. Si cette beauté fatale, quoique un peu fadasse,  avait eu dans la vie d’autres passions que celle du tricot, elle n’aurait pas dû attendre 100 ans le …

Christian Chavassieux écrivain – De l’essence de mots

Si j’avais su que je devrais un jour « écrire sur un écrivain », j’aurais noté, jeune fille, tous les mots passants des cabrioles verbales de Devos. J’aurais pu, aujourd’hui, même si je n’en mène pas large, faire illusion derrière des plis parlants et bien envoyés. Ah… si jeunesse savait.. Mais non, à l’époque, j’avais beau marcher au pas pour éviter qu’on ne me dise la messe, j’avais beau voir ses apparitions télévisuelles sur les injonctions d’un …

Didier Mignery – Architecte

De tous les actes, le plus complet est celui de construire (Paul Valéry)

 

L’architecture a, de tous temps, transcrit dans l’espace l’ADN d’une époque. Comme le langage traduit (ou trahit?) la pensée, elle est un témoignage des courants et des volontés propres à un temps donné. De la Mésopotamie à l’Égypte, des temples grecs aux édifices publics romains, des 1ères églises, romanes, gothiques ou baroques, du classicisme de la monarchie absolue à l’éclectisme du XIXième siècle, l’architecture raconte l’histoire commune. Les stratégies militaires, l’empire romain
décadent et les chrétiens sortant de la clandestinité, les règles strictes de la renaissance, l’ostentation et la grandiloquence des monarques, la transformation de la société par la révolution, l’ère industrielle, le modernisme, l’après guerre concret et l’instabilité de la fin du millénaire… Elle revendique des besoins calqués sur le cours de notre évolution. Elle peut être, de Babylone à Florence, de Barcelone à Budapest, tour à tour subtile, monumentale, réceptacle de lumière, ornementale, urbaine, rationnelle, cohérente ou oblique et azimutée… Liée à l’art, mais parfois délaissée par la philosophie, l’architecture est dans le quotidien de l’homme tout en étant, bien souvent, extraordinaire. C’est une discipline ambivalente, sans être contradictoire, à la fois poétique et technique, rationnelle et dans l’émotion, utilitaire et exubérante, assumant une fonction tout en gravant dans la marbre les symboles d’une époque. C’est une artiste douée en maths, une terrienne lunaire, une casanière qui aime se faire voir, et continue aujourd’hui de tatouer sur la peau parcheminée de nos villes, de nos villages, l’histoire de l’homme.
Alors peut-elle, face au merdier écologique, au bordel énergétique, à l’inconscience environnementale et au charnier de nos ressources, constituer une alternative sage et poétique ? En tous les cas, l’architecture, en ce début ravageur du 3ème millénaire, se veut, autant par décret de l’état d’urgence que par philosophie, vertueuse, respectueuse et en quête de méthodes durables d’éco-construction.

Didier Mignery, architecte spécialisé en surélévation, comme il y en a eu pour les labyrinthes ou les châteaux en Espagne, est un des premiers à avoir entendu l’appel, quasi mystique, d’un ciel disposé à accueillir les constructions en hauteur. La population augmente, en plein malaise urbain et social, notre terre est en insuffisance respiratoire, alors, forcément, nous aimons l’idée de sauver les murs en les sur-élevant, et d’accepter un petit tour dans les chambres de bonnes, dans une joyeuse et impérative explosion de photosynthèse. Avec un roannais, en plus… ça fera plaisir à la famille…

UN ARTISTE DU TERRITOIRE

Didier est né à Roanne et fait partie des chanceux ayant eu connaissance très jeune de leur vocation. C’est à Jean Puy qu’il tire ses premiers plans sur la comète, auprès de Mme Carcel, professeure de dessin qui ne laissait personne indifférent… Lui l’a adorée, comme je l’ai moi redoutée, mais il faut dire que j’étais bien incapable de dessiner un mouton au Petit Prince. Elle a décelé chez moi une inaptitude proche du handicap, et, chez lui, un talent précoce. Alors, tandis que je me prenais une porte, elle lui en a ouvert quelques unes qu’il emprunte toujours. Après, notamment, un stage de 3 jours en architecture, il décide que telle sera sa voie. Par choix, et parce qu’il est littéraire, il passe un bac A1 (philo et maths), option dessin. Il est accepté à l’école d’architecture de Lyon puis à l’école Polytechnique Fédérale de Lausanne. Là, il engrange les connaissances, réalise différents projets, dont certains sont publiés dans les revues spécialisées. Formé par des profs d’exception, il est embauché à Paris alors qu’il n’est pas encore diplômé. Ces 2 dernières années d’études, un peu particulières, sont très structurantes pour son raisonnement, lui permettant d’apprendre in vivo comment se construit une ville. Passionné par le devenir urbain, et prêt pour l’aventure de l’indépendance dans un Paris « enivrant », il créé en 2002, avec un confrère, « Zoomfactor Architectes ». Sans oublier une antenne à Roanne, aujourd’hui encore implantée à Numéripark. De son père, qui travaillait pour le Toit Familial, il a conservé l’ADN « logement locatif social », un côté « service public », et l’envie de faire pour la ville « quelque chose d’incarné, avec épaisseur ». C’est à Roanne, à laquelle il est naturellement attaché, qu’il fait ses armes, et ses réalisations ici font s’enchaîner les projets ailleurs. Mais le plus déterminant d’entre eux, fondateur pour ses orientions futures, soit sa première surélévation, met 10 ans à voir le jour.

©UpFactor Géoservices

DÉMÉNAGER SUR LES TOITS

En 2005, alors que ses bureaux à Paris, situés dans une ancienne boucherie avec vitrine, lui offrent une vue inspirante sur l’immeuble d’en face, son imagination monte les vitesses…bien au-delà des châteaux de cartes. Il n’a pas l’argent pour acheter et propose au propriétaire un échange de bons procédés : lui se charge des travaux contre 2 niveaux plus le toit. Le deal est accepté. S’ensuivent quelques années de difficultés juridiques avec les voisins jusqu’à ce que, les lois s’adaptant aux temps changeants, les toits deviennent exploitables. C’est ainsi qu’il réalise, pour lui, en 2015, une première surélévation, avec vue imprenable sur la mer et le Mont Blanc. Au moment même où il se retrouve seul aux commandes de Zoomfactor Architectes , comptant alors 7 salariés. Le succès ne l’épargne pourtant pas, car la surélévation permet désormais aux copropriétaires d’un immeuble de faire face, en vendant leur toit, aux travaux de mises aux normes énergétiques. Tout en baissant le montant des charges et en apportant une plus-value à leur bien rénové. Le cercle vertueux est en marche. France 2 lui consacre un reportage en 2016, puis un autre, comme si cela ne suffisait pas, en 2017. La folie, douce ou violente, de la notoriété, le fait rentrer dans une autre dimension où, sans stupéfiant ni prédisposition pour les nuits sans sommeil, il doit pourtant assumer son succès grimpant.

©Nicolas Prache

À L’IMPOSSIBLE NUL N’EST TENU

Pour gérer tous les projets qui se présentent, il doit effectuer des études de faisabilité qui lui coûtent cher. Il se met alors en tête de créer un logiciel lui permettant de s’auto-générer du travail. Avec un cousin, il développe, en juillet 2017, un outil informatique capable de déterminer en un temps record, avec un coût marginal proche de 0, si un projet est, ou non, réalisable. Il rentre bientôt dans la French Tech (label français attribué à certaines start-up du territoire), et la petite dernière devient une start-up de l’immobilier. Les deux entités, Zoomfactor Architecture et Upfactor surélévation, qui travaillent de concert, regroupent 13 salariés (dont 1 à Roanne), et disposent aujourd’hui d’un potentiel de développement immense. Didier envisage d’ailleurs une levée de fonds pour partir à la conquête des toits de l’île de France et des 10 plus grandes villes françaises. Il a une avance sur les autres, grâce à son outil « open-source », de prospection et d’analyse, qu’il compte bien conserver. Cette nouvelle conception de l’architecture, qui n’est plus seulement réservée à une élite, liée à un patrimoine, à un permis de construire ou aux monuments historiques, concerne toutes les villes et tous les bâtiments rattrapés par la rénovation énergétique. Cette grandiose idée d’effectuer une radiographie des toits exploitables peut rendre un service primordial pour un développement urbain responsable.

Il reste bien sûr à Didier peu de temps pour instagrammer en vieille cylindrée, lui qui abrite à Roanne sa passion pour les automobiles anciennes, ou pour dénicher, lui qui est aussi musicien, les pépites rock, pas très jeunes non plus, chez nos rares disquaires. Mais il faut ce qu’il faut… L’architecture est, pour certains, le « fondement de toute existence » (« arché » signifie en grec « le commencement »), elle est aussi , c’est certain, l’art et la manière de conserver le passé au présent, en donnant au futur une caution dont il a plus que jamais besoin. Pour cette cause, Didier est prêt à quelques sacrifices car, si Paris ne s’est pas fait en un jour, il lui en faudra plusieurs pour donner à ses toits des airs de jardins suspendus et de shoots d’oxygène pour une terre en manque.

AVANT RÉALISATION / ©Giaime Meloni
APRÈS RÉALISATION / ©Giaime Meloni

PLUS D’INFOS
http://upfactor.fr
http://www.zoomfactor.fr

PHILIPPE HERVIER – Un singe pas comme les autres

32 dents, un museau rétréci, des coussinets tactiles ridés au bout des doigts, un maxillaire saillant, une queue réduite au coccyx, des pouces opposables, aux ongles plats, des yeux frontaux, une seule paire de mamelles et une gestation longue. L’homme est un singe comme les autres. Un vertébré, un mammifère, un hominidé, qui se reproduit toute l’année, vit en communauté, prends des bains, construit des outils et peut chasser avec une lance. Excepté qu’il s’est un jour mis debout, une question de climat sûrement, et que cette bipédie a séparé sa lignée de celle des chimpanzés. Depuis, l’homme est le seul primate à posséder des fesses développées (c’est encore plus vrai pour Gégé), à user d’arrogance et de parler de supériorité issue du sang. De plus, et c’est une première dans le monde animal, il est la seule espèce à détruire son habitat et à tarir ses ressources alimentaires. Tout en se la pétant et en se croyant au sommet de la pyramide des espèces. 

Darwin avait pourtant commencé à remettre l’homme à sa place, manquant en son temps de faire étouffer les créationnistes de l’époque victorienne : l’homme n’est qu’une branche de plus sur le grand arbre de la vie, il n’est pas une création divine. Il est donc un singe comme les autres. Oui, d’accord, mais un singe bipolaire alors, capable du meilleur comme du pire. Les hérétiques se sont faits sans mal à l’idée. Et, parmi eux, Philippe Hervier, artiste peintre et sculpteur, qui vient de passer 15 ans à mettre le doigt dans notre blessure narcissique. 15 ans à peindre les singes, ces autres que nous, à retranscrire l’éventail de leurs sentiments, la puissance de leurs mouvements, dans des noirs et blancs hors du temps. Ses « grands formats pour des grands singes » nous ont fascinés, chamboulés, retournés. Enfin, nous avons vu d’autres que nous en miroir, et pris en pleine face le terrible temps d’avance que le passé a sur l’humanité. Il nous fallait rencontrer l’auteur de ces toiles et faire, c’est un juste retour des choses, le portrait d’un singe pas tout à fait comme les autres …

PEINTRE DU MOUVEMENT

Philippe ne se définit pas comme un peintre animalier car il a abordé, et continue de le faire, beaucoup d’autres sujets.  Né à Roanne en 1960, il appartient à la génération qui a vu certains esprits s’affranchir, et certains destins se choisir. Il étudie les Arts Graphiques à la Martinière à Lyon, puis la publicité, avant d’obtenir le diplôme des Beaux Arts de Dijon. Il se passionne également, très tôt, pour la musique, et celle-ci n’a jamais cessé de l’inspirer. Voilà qui lui laisse le choix, quand d’autres n’en ont aucun, pour son orientation artistique. De l’inspiration aussi. Ses dessins de Jazz, très graphiques, ont fait l’objet d’une expo à Vienne en 2017. Obsédé par le mouvement, il a réussi la prouesse d’apporter du son aux images. Même s’il n’est pas donné à tout le monde « d’écouter »un dessin,  Philippe nous invite à suivre la gestuelle de la vie, que l’on retrouve dans ses toiles, comme dans ses sculptures. Le mouvement est au coeur de sa propre existence. Il a pas mal bourlingué, a travaillé dans divers univers, notamment celui de l »image, avant de faire 4 enfants, toujours par amour du mouvement, et de partager son temps entre la création, les expos, les performances et les commandes publiques. Il sculpte avec le papier, le bois, peint les villes, les voitures, les silhouettes, le ciel, les nuages, joue avec la couleur et la lumière. Aujourd’hui revenu à Roanne, il émerge tout juste de ses longues années de recherche sur le sens de l’humanité, l’ayant conduit tout droit en face d’un autre que lui : le singe, dans toute sa puissance, désuète, et sa splendeur, menacée. A sa façon, il protège cette grandiose espèce de l’homme, et ressuscite la mémoire collective. 

DES GRANDS FORMATS POUR DES GRANDS SINGES

L’homme a toujours peint l’homme. Il a développé des problématiques d’image, de représentation, qui l’ont mené aux grosses cylindrées, aux belles montres pour mieux réussir sa vie, et à toutes sortes de signes extérieurs de richesse et de bonheur. Alors, comme un pied de nez, aussi, à l’histoire de l’art, Philippe a voulu, il y a 15 ans, nous confronter en douceur à un autre versant de notre histoire, à d’autres grands mammifères capables de conscience de soi et d’empathie. En noir et blanc, pour plus d’intemporalité. Immédiatement, la réaction du public l’encourage. Les gens se questionnent, sont touchés, bouleversés par cette image universelle du singe, et se mettent à parler de la fable de l’homme.  Philippe rentre alors dans une sorte de frénésie. Dont il sort à peine. Quand il rencontre un premier gorille, Mike, il a la sensation de le connaître, de le comprendre, et leurs regards qui se croisent unifient la diversité de la vie. Suivent Chloé, Jackson ou encore Lessy, morte depuis avec une bouteille de coca et un miroir à la main. Il leur offre ces grandes toiles, comme au cinéma, ces portraits, de famille, en vis-à-vis, ou mis en perspective, ces sculptures magistrales incroyablement figées dans le mouvement. Dans ces gros  plans qui nous avalent, la panoplie des sentiments est imprimée dans leurs expressions : colère, tristesse, fureur, doute, douceur …  D’évidence, ce n’est pas un hasard, encore moins une insulte, si la science nous classe parmi 187 primates, sans nous définir comme une créature de Dieu dans l’éventail du vivant. Et si, face à un incendie, les chimpanzés et les bonobos s’éloignent tranquillement dans la bonne direction, c’est qu’ils ont bien des choses à apprendre aux hommes, à ceux là même qui ont découvert le feu.

Laissons alors ces toiles nous inspirer le respect qui leur est dû, l’humilité nécessaire pour nous sentir petits et la sagesse de ne pas mettre leur monde, qui est le nôtre, en abîme. Puisse la sélection naturelle développer, d’une génération à l’autre, cette conscience indispensable à notre survie.

Quant à Philippe, il se tourne à présent vers le bleu du ciel et cherche, en peignant ses nuages, les nuances parfaites des portes de l’univers. Un homme capable d’une telle quête ne peut être qu’une merveilleuse exception de la biologie humaine.


PLUS D’INFOS
philippehervier.fr

MARTELANCHE – La République en glaise

Une petite fille de 10 ans observe, lors d’une veillée, son père qui nettoie la glaise de ses sabots. Nous ne sommes pas en plein anachronisme ni dans une communauté Amish de la côte roannaise, mais à Saint Romain La Motte, en 1900. Pierre Martelanche, modeste vigneron de 51 ans, s’apprête à gagner sa part d’éternité car sa fille lui demande de modeler, avec cette glaise, un vase pour ses fleurs. Il accomplit ce geste fondateur. En effet, jusqu’à sa mort en 1923, sans cesser, il fera naître sous ses doigts ses représentations de la féminité, de l’indispensable progrès et de ce qui compose son ADN : la lutte contre les injustices de tous ordres, la laïcité, l’éducation en alternative aux guerres assassines, et la femme comme avenir de l’homme. Soit le pire cauchemar d’Eric Zemmour. 

Mais les grands humanistes d’aujourd’hui étant les aliénés d’hier, Pierre est un fou en son temps. Alors, même si ses œuvres, ses plaidoyers, sont à l’abri dans le « petit musée » qu’il leur a construit, elles connaissent le mépris, le rejet, puis l’oubli et les intempéries. Car l’opprobre est jetée, aussi, sur ses descendants. Figurez-vous, si en plus ils avaient été roux. Galilée et son idée d’arrondir les angles…passe encore, mais prôner le libre accès à la connaissance pour rompre avec le déterminisme social ou biologique et hisser les valeurs républicaines bien au dessus des instincts sanguinaires…même Jaurès a dû finalement regretter, en ces temps de grand nationalisme. 

Ainsi donc, pendant un siècle, le temps ronge, sans les abattre, les œuvres de Pierre. Elles attendent, presque à tombeau ouvert, une heure plus propice, plus clémente, plus tolérante, pour lui offrir une reconnaissance posthume.  Cette heure bénie arrive puisqu’en 2011, elles sont enfin redécouvertes et qu’ un petit monde d’initiés se démène depuis pour les ramener à la vie. Oh…non pas que notre époque soit une ère d’amour pour tous et en toutes parts, mais les esprits sains ont accepté l’idée qu’une femme, même pauvre, pouvait apprendre à lire.

Du sanctuaire pantelant, à l’orée d’un champ de maïs de Saint Romain La Motte, à l’espace de restauration du Musée des Confluences de Lyon, nous vous livrons l’hallucinante histoire de sculptures « messagères », véritables trésors d’art brut, et d’un homme simple, un « juste »  marginalisé, qui fut pourtant leur céleste père.

 

Un homme à femme 

Pierre (vous permettez que je vous appelle Pierre?) naît en 1849 à Saint Romain La Motte. Un garçon simple dans le monde rural et cruel d’alors, peuplé d’âmes fortes à la Jean Giono. A 16 ans, il part à Saint Germain Lespinasse pour se mettre au service de bourgeois, et occuper, grâce à sa polyvalence naturelle, différentes fonctions. Mais il doit bientôt apprendre à marcher au pas et c’est en pleine guerre de 1870 qu’il poursuit un service militaire fatalement très réaliste. Sans autre choix, il goutte, à 20 ans, la violence, la baïonnette, la mort, la peur, et ne cessera jamais de les régurgiter. La débâcle et le sang versé le marquent sans retour et il revient éternellement acquis à la cause pacifiste. Il reprend son travail puis acquiert son indépendance en achetant une parcelle de bois. Il construit là sa demeure, se fait vigneron et fonde une famille. 

Pierre a pleinement conscience de son manque d’instruction et focalise sur un renouvellement de la pensée et des manières de vivre. Pour lui, seule l’éducation pour tous peut venir à bout des guerres. Entouré de ses filles, il refuse de s’inscrire à la course à la virilité et considère que toutes les Pénélopes du monde ont d’autres missions que celle de faire et défaire une tapisserie. En cela, il est sûrement le premier féministe que SRLM ait porté. Nous ne parlons pas du féminisme d’Alexandre Dumas fils, probable inventeur du terme, pour qui il s’agissait d’une pathologie féminisant les hommes, ni, pour ses détracteurs d’aujourd’hui, de celui d’une  bande de chieuses poilues et castratrices, mais de celui visant à atteindre l’égalité des droits entre hommes et femmes dans la société civile et dans la sphère privée. Car pour Pierre, c’est une idée fixe : les conflits cesseront lorsque le rôle des femmes sera revalorisé, lorsqu’elles iront à l’école et porteront les valeurs de la République. On criera à l’idéalisme  mais,  naturellement donc, lorsque sa fille extrait l’artiste de sa chrysalide, c’est une silhouette de femme qu’il modèle dans l’argile.  Suivent des personnages allégoriques, des colonnes décorées, des fresques en bas-relief, des inscriptions murales calligraphiées, des odes à « Victor Hugau » et, partout, des femmes représentant la paix, la justice, la laïcité, des naïades plantureuses, des Mariannes institutrices… Pierre protège alors ses œuvres dans son « Petit Musée » : une maison de vignes qu’il moule et cuit lui-même. Rien de grandiloquent ni d’ostentatoire. Il fait venir un photographe, commande des cartes postales, essaye d’attirer les gens et de les inciter à des dons pour financer une école publique. Mais l’heure n’étant pas aux rubans oranges ni à l’émancipation des femmes et des masses laborieuses, le monde rural qui l’entoure a vite fait de faire de lui un intouchable farfelu, un hurluberlu, un aliéné et, si l’académie accepte son projet, aucune des trois communes concernées ne le soutient. Alors cet humaniste qui a raison trop tôt, meurt en « laïcart », en paysan moraliste, et sa descendance de se faire toute petite devant un héritage bien lourd à porter.

Son Petit Musée devient le suprême asile des œuvres d’un fou et la vigne finit de le cacher au monde…

 

Un trésor d’art brut

Afin de déterminer si la littérature peut aider la côte roannaise à sortir de son enclave, une enquête singulière est confiée en mai 2011 à l’ethnologue Jean-Yves Loude, à la photographe ethnologue Viviane Lièvre et au kinésithérapeute Alain Jouve, également ânier. L’expédition « Voyage avec mes ânes en Côte Roannaise » s’arrête le 13 juin à SRLM. Gabriel Boucher, adjoint au maire, les mène jusqu’à ce trésor enfoui dont, lui, est fier. Car Pierre Martelanche est son arrière grand-père, ce paysan inculte aux idées lumineuses, dont l’argumentaire d’argile s’offre soudain à leurs yeux. Les tours de Babel s’effondrent, le Dialogue des Nations fait la gueule, la République Triomphante bat de l’aile et les colombes sont bien fatiguées…Cependant, un silence de cathédrale sacralise l’instant. L’urgence est alors d’épargner un hiver supplémentaire aux œuvres entassées là, à bout de souffle, et de « sortir de l’ombre une utopie encrée dans la terre ».  Les compétences s’organisent et en décembre, le trésor est installé dans un endroit aménagé par Gabriel, aidé par la restauratrice Colette Brussieux. Philippe Lespinasse, cinéaste connu pour ses reportages à Thalassa et Faut Pas Rêver, documentaliste lié au Musée de Lausanne (référence de l’art brut européen), tourne un documentaire. Laurent Danchin, spécialiste des arts bruts et singuliers en Europe, décide d’informer le réseau international de la découverte et préconise d’associer le petit Musée à une œuvre sociale. En janvier 2013, une association est fondée et au printemps, une souscription est lancée. Le Petit Musée est bientôt inclus dans le site du Musée de Lausanne et retenu pour une inscription au titre des Monuments Historiques. Les reconnaissances se succèdent et en juin 2017, « Les Amis du Petit Musée de Pierre Martelanche » obtiennent le « Prix Auhralpin du Patrimoine  ». En octobre, le Musée des Confluences s’engage à transporter et à accueillir l’ensemble des sculptures dans l’espace privilégié de restauration. La mairie de SRLM accepte le principe de donation des œuvres à la commune, à charge pour elle de les restaurer, entretenir et montrer au public, tandis que l’association planche sur la création d’un espace qui leur serait dédié. 

 

Nous avons rencontré Gabriel et, un peu, grâce à lui, son illustre grand-père. Nous avons retenu notre souffle, notre émotion, car le passage du temps n’a en rien altéré sa pensée. En parfait descendant du siècle des Lumières, même s’il ignorait peut-être cette filiation, Pierre était instinctivement en lutte contre la pensée unique, le sexisme, l’oppression, et a tenté une croisade en terres de patriarcat et de nationalisme. S’il avait une compréhension très fine du monde qui l’entourait, il en a largement surestimé la capacité d’éveil. Bien sûr, il avait pris toute la mesure du pouvoir de la misère, qu’elle soit intellectuelle ou sociale, ce passe-partout de la domination, du riche sur le pauvre, du nord sur le sud, de l’homme sur la femme, cet incubateur d’extrémismes, de conflits, de crimes contre l’humanité. Aujourd’hui encore, la misère nous monte les uns contre les autres, et les dominants se fendent bien la gueule en nous regardant faire, puisque nos bouffonneries durent depuis la nuit des temps. Alors de grâce donnons-nous les moyens de conserver ces œuvres près de nous, de leur faire un endroit bien à elles à Saint Romain ou à Roanne. Ainsi, si la maison brûle, au moins aurons-nous vu quelques instants la lumière, avant de sortir les masques et de sauver, en nous, ce qu’il restera d’humanité. 

« Il faudrait que le passage de la vie soit une étude de réforme de soi-même, ce qui améliorerait l’humanité ». Pierre Martelanche

 

PLUS D’INFOS
https://martelanche.wordpress.com

AURÉLIA BRIVET – L’Art de l’Aventure

Et voilà, encore une matheuse qui a mal tourné. Elle aurait pu, avec sa tête bien faite, nous pondre, au moins, un petit théorème, être ingénieure process chez Lactalis, chercher en labo la formule contre les vilaines peaux ou résoudre l’équation de Navier-Stoke (nous non plus on ne connaissait pas).
Au lieu de cela, mademoiselle dessine et parcourt le vaste monde sur deux roues. Ben voyons. Bien sûr, bon sang ne saurait mentir car les chiens ne font pas des chats. Il fallait donc s’attendre à ce que sa route oblique, puisque ses parents se sont rencontrés lors d’un voyage en vélo, et n’ont cessé, une fois leurs affinités consacrées, de trimballer leur quatre filles d’un bout à l’autre de l’europe, leur donnant irrémédiablement le goût de l’aventure et de la liberté. La pomme n’est donc pas tombée très loin de l’arbre en ne choisissant pas les algorithmes et la cryptographie.

Aurélia Brivet est, à 27 ans, une baroudeuse pleine de talents. Elle est graphiste, illustratrice, photographe, bédéiste, réalisatrice spécialisée en animation, et tout ce petit monde est campé dans une silhouette élancée dotée de cuisses sportives prêtes pour les échappées. En 2016, elle a parcouru seule 8234 kms en vélo, de Roanne aux plus beaux fjords d’Islande. Elle finalise aujourd’hui un roman graphique de 240 pages retraçant son incroyable périple, en quête de sa vraie nature, et, sûrement, des créatures magiques des légendes nordiques.
Voici donc l’histoire d’une « jeune femme qui échangeait des croquis contre un verre, un repas, ou toute nourriture de l’esprit, du rêve et de l’imagination ».

Animer son destin

Dans ses années lycée, Aurélia s’apprête bel et bien à faire une prépa. Mais elle décide finalement d’exploiter un autre don et devient ex-future chercheuse universitaire en intégrant l’école d’art Emile Cohl à Lyon. Elle y apprend le dessin et se spécialise dans le dessin animé. Pour son projet de fin d’études, elle réalise un court-métrage, « Les Cœurs Bonheur », qui lui vaut d’être lauréate du concours organisé par TF1. Au sortir de l’école, en 2012, elle travaille un an dans une agence de graphisme à Lyon, tout en continuant ses « piges » dans un studio de dessin animé. Elle s’installe ensuite à son compte à Roanne et propose depuis des illustrations pour les particuliers, du graphisme pour les entreprises ou encore des interventions en photographie. Elle fait partie de l’Association des Métiers d’Arts de Roanne (l’Amar), et de l’Appart (local d’approche des pratiques plastiques et artistiques) de Riorges. Surtout, bon nombre d’écoles font appel à elle pour apprendre le rêve à nos enfants, via des ateliers de Stop-Motion, une animation permettant de créer un mouvement à l’écran à partir d’objets immobiles. Et en prenant beaucoup de photos… Lors de ces temps d’activités péri-éducatifs, nos plus ou moins petits créent des courts-métrages qu’ils ont le plaisir de voir projetés lors du festival « Ciné court animé » organisé par Loïc Portier. Les enfants, de Mâtel à Arago, de Paul Bert à Fonquentin, nous parlent ainsi du harcèlement à l’école, des créatures légendaires, du pôle nord, des arbres ou des quartiers, avec pour seule limite l’imagination illimitée de leur jeune âge. Auprès des ados, c’est à Albert Thomas, dans les MJC ou encore à Jean-Puy (où il existe une option cinéma-audiovisuel) qu’Aurélia partage ses connaissances et apprend à qui le demande à choisir le bon médium pour chaque projet.

Parallèlement à ce parcours professionnel, elle n’a cessé de voyager au cours de ces dernières années : Europe, Asie, Afrique, Etats-Unis, etc. Après avoir connu Irma aux Caraïbes et fait beaucoup d’humanitaire, elle décide en 2016 de partir seule, sur le vélo Berthoud de sa grand-mère. Une randonneuse de 30 ans d’âge, dont elle a hérité depuis que son aïeule est passée au vélo d’appartement. Aurélia n’échappe donc pas à la presque implacable règle de la génétique et de l’éducation. On imagine mal un enfant de la Cosa Nostra devenir éducateur à la protection judiciaire de la jeunesse ou un Bouglione avoir peur du vide…

Des « Anecdotes plein les sacoches »

Tandis que sa mère se fait du mauvais sang, le sien ne fait qu’un tour une fois ses sacoches consciencieusement remplies. Le 4 mai 2016, Aurélia largue les amarres, confiante et prête pour l’aventure du « lâcher-prise » et du « tout possible ». Elle traverse la Suisse, l’Allemagne, le Danemark, longe la côte suédoise et Norvégienne puis prend le bateau, son vélo sous le bras, pour gagner l’Islande. Elle roule, sans vouloir faire de son voyage un exploit sportif (ah bon), jusqu’à 170 kms par jour. Par tous les temps, comme le petit cheval blanc. Les gens l’approchent facilement, car elle paraît bien inoffensive avec sa vie comme chargement, son PC portable et ses objectifs comme outils de travail. Petit à petit, elle se débarrasse de ses à prioris et de la hiérarchie sociale, pour se connecter aux gens simplement et sans appréhension. Elle retourne à l’essentiel, à ses besoins primaires, et la magie du voyage opère. Au fil de ces échanges et de ces lendemains qui sont des autres jours, l’idée du livre germe. Qu’il en soit ainsi : « Anecdotes plein les sacoches, ou comment j’ai rejoint l’Islande avec le vélo de ma grand-mère » se construit au gré de ses rencontres, toujours heureuses, et jusqu’à son retour à Roanne par les bords de Loire le 29 octobre 2016. Entre croquis, illustrations, anecdotes en BD, photos, panoramas et textes, Aurélia partage son expérience de la liberté. De la plume de rapace au mouton faisandé, de la morsure du froid aux histoires fantastiques de la vallée de la mort, elle revient sur les belles coïncidences et les rencontres touchantes qui ont jalonné sa route.

À vous de jouer

Ce livre sera imprimé en mai, une fois le financement participatif abouti. En effet, du 8 mars au 26 avril, des pré-commandes à 30 Euros seront enregistrées sur le site ulule.com. Il faut à Aurélia 150 contributeurs pour que ses 240 pages sortent de terre et qu’elle nous les dédicace en juin à la bibliothèque de Mably, au Forum Mirose ou à l’Office du Tourisme. A bon entendeur…
L’étudiante avec les cœurs pour logo, est devenue une jeune femme inspirante, prête à déclencher des départs en masse, à pied ou en vélo, à la rencontre de l’autre humanité : celle des chaînes de faveurs, de la bienveillance et de la générosité. Cette chimère existe puisqu’elle l’a rencontrée. Sans croire encore tout à fait aux elfes, Aurélia porte désormais en elle cette idée fantasque que « des choses magiques se passent, qu’on ne peut pas expliquer ». Elle ira, bientôt, promener son aura de liberté et de foi en l’homme dans l’hémisphère sud. À deux cette fois, puisqu’un clown acrobate roannais est tombé amoureux d’elle, et il semblerait qu’elle ne soit pas insensible à tout son cirque. Qu’ils partent, cette fois, en vélo, en tandem, en vrille ou à la renverse, on ne leur demande qu’une chose : de faire naître, aussi, un livre de cette histoire là.

PLUS D’INFOS
Précommande livre :
www.fr.ulule.com/anecdotes-plein-les-sacoches

DAVID GRAND – LA MAIN HEUREUSE

 
« Non jamais, jamais encore, je n’avais vu des mains ayant une expression si extraordinairement parlante, une forme d’agitation et de tension si spasmodique…ces deux mains frémissantes, haletantes, comme essoufflées, en attente, grelottantes et frissonnantes… ». Stephan Zweig : « 24 heures de la vie d’une femme ».

On peut aisément deviner la nature profonde d’un homme à la façon dont ses mains s’animent, se lèvent, se pressent, s’attardent, caressent, effleurent, s’interrompent, tremblent, saisissent, jettent ou retombent.

Prolongement de notre volonté, vectrices de notre énergie, initiatrices du bon comme du mauvais, de la blessure comme du plaisir, elles ne mentent pas et giflent comme elles aiment, mènent la danse comme elles se tordent et trahissent nos paroles comme elles les entérinent. Grande prêtresse de la chiromancie, sceptre symbole de la toute puissance royale ou de la justice, la main, qu’elle soit de Fatima, d’un Dieu, du diable, d’un maître ou du destin, est, vous l’aurez compris , au cœur de ce portrait. Un point de départ et une arrivée. Car celui dont nous avons choisi de parler est à ses mains ce que l’archet est au violon, et au toucher ce que l’art est à la manière.

David Grand, fondateur et praticien du salon de massage et Spa « le Paradis du bien-être », nous livre, la main bien sûr sur le cœur, son parcours inouï, de Cuba à l’Artec (Académie des Recherches de Techniques Educatives Corporelles), du dépôt de sa marque aux formations qu’il dispense…pour prêcher le bon toucher.

Chercheur chevronné et infatigable de la beauté intérieure, professionnel émérite de la réunion du corps et de l’esprit, saint ou non, son histoire est un voyage presque sacerdotal en terres de bien-être. Entre vibrations, sensualité, shamanisme, spiritualité et rencontre de soi, son jeu de main n’est définitivement pas un jeu de vilain.

À la recherche du paradis perdu 

Il ne manque, à priori, à cet homme là, qu’un sari et un point rouge sur le front. Comme l’Amma, mère en hindi, cette indienne qui parcourt le monde pour serrer dans ses bras des disciples en manque de paix intérieure. A son image, David Grand semble être doué pour l’acte d’amour pur et désintéressé, de ceux pouvant arracher la Reine des Neiges à sa froideur mortifère.  Ce n’est pourtant pas en Inde qu’il est allé rompre avec une enfance compliquée et un destin d’ajusteur mécanique décidément bien indigeste. Après Carnot et Jean-Puy, il exerce une multitude de métiers : poissonnier, fleuriste, ajusteur donc, travaille même à la Fée Maraboutée ou comme barman à Alicante. Mais la maladie et un accident de voiture l’incitent à trouver un cadre à la mise à distance de ses racines.

Fasciné par la culture musicale afro-cubaine, il part en Amérique Latine à la recherche des rythmes liés au culte des Orishas. Ces divinités, ou personnifications de la nature, sont liées à la Santeria, une religion naguère pratiquée par les esclaves aux Antilles et en Amérique du Sud. Adaptée sous forme syncrétique à Cuba (entendez : on mélange spontanément la religion catholique imposée et les croyances ancestrales pour obtenir un patchwork de cultes), la pratique des tambours fondamentaux lui est intimement attachée. C’est cette musique là que David étudie à Cuba pendant deux ans et demi, ce rythme divin qui a créé le monde, cette parole envoûtante des musiciens de rituels. Les vibrations et le toucher de peaux animales lui deviennent indispensables. De retour en France, il intègre  l’école Artec à Montpellier, dans laquelle il restera 5 ans. C’est là qu’il découvre  le massage, sa rythmique, sa déontologie et son éthique. Car pour savoir toucher sans transgresser le cadre, il faut apprendre à « ne rien voir, ne rien penser », à déprogrammer un cerveau qui « distorse et généralise », à n’être qu’une vibration sans égo. En bref : ne pas juger, ressentir et transmettre sans s’emballer, ne pas mordre dans la pomme, ne montrer aucune faille aux serpents persifleurs et laisser sa sexualité dans un coffre dont on avale la clé. Sinon, clairement, c’est un autre métier…

Le paradis du Bien-Etre 

Après une Capacité et un Mémoire, il valide sa Certification en massage de relaxation et bien-être. Il poursuit alors son voyage initiatique, en Thaïlande et ailleurs, pour parfaire ses connaissances en la matière. Il va jusqu’à travailler aux côtés d’un Shaman qui lui apprend, un peu, le monde de l’invisible et les vies antérieures.  Vous vous dites, peut-être, qu’il est doucement perché, un brin chimérique, illuminé et mystique. Je dirais qu’il est un lien avec ce que notre culture n’a cessé d’oublier, de diaboliser, de galvauder… comme l’intuition, l’écoute de nos sens et la connexion à nos besoins fondamentaux.

Le voilà donc professionnel jusqu’au bout des doigts. Il devient officiellement un « homme de main », en ouvrant, en 2007, le « Palais du Bien-Etre »dans le centre de Roanne, bientôt rebaptisé « le Paradis du Bien-Etre ».  Pour celles et ceux qui tombent, pour mieux se relever, entre ses mains, l’expérience est celle d’un lâcher-prise, d’une retraite sensuelle et d’un recentrage sur les feux vitaux qui nous animent.

En 2011, il se rapproche de la nature et ouvre son centre dans l’ancienne ferme du château de Champlong à Villerest. Il travaille désormais avec 4 femmes et dépose la marque aux 3 D : « DaviDgranD SPA ».  En 2012, 2013 et 2014, il est sacré « Meilleures mains de France », dans différentes catégories, au concours national éponyme.  Il en est depuis le président de jury, vaguement tenté par les championnats du monde prochainement à Londres. Cette année, il devrait également être juré pour le concours du Meilleur Ouvrier de France…

La formation « DaviDgranD »

Les métiers du bien-être ayant dernièrement connu un essor considérable, David a mis en place un protocole de formation, tant technique que théorique, permettant aux établissements de trouver leur identité, et aux employés de se professionnaliser. Éthique,  savoir-faire et savoir-être sont les clés de voûte de son enseignement. Missionnaire habité des massages indiens, balinais, thaï, japonais…, prêcheur éloquent de la relaxation coréenne et de ses bercements, inventeur illuminé du massage dans le noir, David sème aux 4 vents, pour les professionnels comme pour les néophytes en quête d’enrichissement personnel. Et, pour les structures souhaitant un soin identitaire, il « incarne l’esprit Spa, ressent, écoute et crée, dans  l’application d’une résonance », ce soin signature sur-mesure.

Alors si, en un jour béni, le bien-être s’érige au rang d’art, et les mains à celui de patrimoine immatériel, David, en pourfendeur des  esprits chagrin et des émotions nouées, sera une évidence incontournable pour les nouveaux compagnons du devoir. Qu’il continue, en attendant ce juste retour des choses, à édulcorer nos réalités de ses mains instruites et à ramener au monde les vibrations oubliées.

DaviDgranD – Le Paradis du Bien-Être
100 Chemin de la Chapelle – 42300 Villerest
04 77 23 01 98
www.leparadisdubienetre.fr

 

Celkilt – Rock à carreaux

Faut-il, forcément, cultiver du chanvre pour faire la fête de l’huma, ne jurer que par la cochonaille et le salut du drapeau pour se faire le salon de l’agriculture ? Faut-il, réellement, vivre dans une bonbonnière aux tapisseries fleuries pour écouter du John Bennet, être con pour être heureux, conne pour être belle, ou une femme pour être une bonne mère ? Faut-il, sérieusement, être alcoolique pour être écossais, polonais pour être alcoolique, croire en Dieu pour faire le bien, et libre-penseur pour faire le mal ?
Non. En tous les cas, pas forcément, pas réellement, pas sérieusement. Tout comme il n’est pas nécessaire d’être un marin breton, d’aimer la San Erwann et la légende de l’ Ankou pour faire de la musique celtique. Ou d’être torse-nu et de s’en mettre plein le pif pour faire du rock.
Mais pour faire du rock celtique alors ? Pas de règles non plus ? Ne faut-il pas être un peu épileptique, un peu bourrin, un peu punk, un peu Carnacois ? Apparemment, non, mais il faut, c’est certain, aimer les carreaux, les jigs irlandaises, la déconnade et la transpiration under-kilt.

On vous présente, avec entrain et battant la mesure, Celkilt, un groupe charlendo-roannais qui voit bien du paysage et est aujourd’hui très bien placé sur la scène rock-celtique-folk : 50 dates par an, 6 albums, des tournées partout en France et en Europe, la Russie dans un mois et, bientôt, une croisière punk-rock au large de Miami, aux côtés de monstres sacrés…
Mais, sans bigouden, eau de vie de cidre et biniou dans le berceau, comment en est-on arrivé là ? Talent, rencontres heureuses, effet papillon, énergie insolente, et, sûrement, un peu de druidisme, ont catapulté 5 gaulois bien de chez nous dans un monde de kilts impertinents qu’il vous faut, absolument, découvrir, ou redécouvrir.

@JM Louarn

Et un Dieu créa Celkilt, en 7 jours, comme tout le monde

Au commencement, ils font de la musique chacun de leur côté. Ils jouent, ou non, dans des groupes locaux, ont tous l’expérience de la tournée ou du public, mais de façon confidentielle et non professionnelle. Ils sont un jour, le 4ème peut être, invités à participer à une gigantesque tournée organisée par le Bagad Avel Mor de Roanne (ensemble musical issu de l’amicale des bretons de Roanne). On est en 2011 et ils se retrouvent avec 70 à 120 musiciens sur scène, à faire des salles comme le Zénith ou l’Olympia. Disons, donc, qu’au 5ème jour, les voilà tombés bien profond dans le chaudron, contaminés sans conteste et sans retour, le sang chargé d’une potion qui ne passerait pas inaperçue sur un tour de France. Dopés à la pagaille païenne, les voilà incapables, de retour dans nos contrées, de renfiler leur pantalon. Au 6ème jour, le groupe est fondé et l’inspiration leur est envoyée. Au 7ème jour, pas de repos car il reste du taf et les kilts descendent du ciel. L’œuvre est achevée. Celkilt est né. Les fées de Brocéliande, de Galice, de Galles, de Cornouailles, de Manchester et de Liverpool trinquent bruyamment au dessus du berceau et éclaboussent allègrement nos joyeux drilles.
Ils deviennent assez vite intermittents du spectacle. Les voilà pro et l’alchimie entre modernité et tradition est un succès. Leur rock celtique, puissamment entraînant et euphorisant est un succès « héxagonal ». En 6 ans, ils totalisent 450 concerts, des festivals tout le tour du ventre, des prouesses gymniques, une activité scénique frénétique, et 6 albums, dont le dernier, « Stand », est sorti en mars 2017. Leur parcours est pour le moins bluffant et fédérateur. Depuis leur 1er album éponyme ; ils se sont fait une place de choix dans le paysage du rock celtique. Car il y bien un monde après le jazz, le classique ou le rock : il y a le rock’n kilt, une musique festive et énergique qui vous met la patate tout en vous en faisant brûler les calories.

Un quintet qui n’a pas froid aux jambes

@Jérôme Vacheron

Qui sont-ils, ces korrigans du monde réel ? Il y a, honneur aux femmes : Ana Macfive, au violon et au chant ; Loïc Macwind, à la cornemuse, au chant et à l’écriture (une plume d’ailleurs bien savoureuse) ; Titou Macfire ou Nico ( ancien des Wax et de Nao) au chant, à la guitare et aux textes ; Drick Macwater à la basse et Rem’s Macground à la batterie.
Tous différents, mais avec, bien entendu, des valeurs et des goûts communs, dont un penchant certain pour la connerie universelle, les chats, les conneries des chats, les gaudrioles et gauloiseries de tous ordres. Et si leurs paroles, toujours en anglais, sont souvent gouailleuses, explosives et persistantes, les choses sérieuses les rattrapent parfois, pour le meilleur et pour le pire. Les Celkilts, qui ont entre 30 et 40 ans, apprennent, en somme, la vie… Certains sont devenus parents, d’autres ont été directement touchés par les attentats. Alors forcément, leur dernier album, « Stand », une invitation à la résistance et à la résilience, s’en ressent. La fougue et les refrains entêtants sont toujours là, mais la nostalgie et les interprétations toutes tripes dehors s’immiscent. Après tout, un violon peut nous tirer des larmes en pleine fête, comme une cornemuse peut nous ramener à la vie en plein chant du Cygne.

@Jérôme Vacheron

Des projets XXL en plein large

Les Celkilts sont libres, indépendants à tous les niveaux (ils s’autoproduisent) et plus organisés qu’une fourmilière. Ils se déplacent à 9, leurs shows sont bétonnés et parfaitement orchestrés. Cette machine de guerre a séduit les Flogging Molly, un groupe de punk celtique américain, dont ils ont ouvert le concert au Bataclan début juillet. Tout un puissant symbole. Depuis 4 ans, les Flogging Molly organisent une croisière punk-rock de 3 jours, la « Salty Dog Cruise », durant laquelle se succède une 20aine de groupes. Cette année, elle aura lieu en avril, au large des Bahamas, et accueillera quelques pointures comme les Offspring, les Buzzcocks ou les Vandals. Seuls Européens parmi eux : un groupe allemand et nos 5 roannais en jupette à carreaux. Trois jours de pure folie, de Pura Vida, de tête dans le guidon et dans les étoiles, sur un paquebot de 2500 personnes. Ca devrait ressembler au firmament, au 8ème ciel, à la voute des cieux, pour ceux qui auront la chance, dont les Celkilts, d’y participer.

Quels que soient votre âge, votre condition physique, votre situation de famille, vos connaissances en anglais ou en légendes bretonnes, ne les ratez, de grâce, sous aucun prétexte lors de leur prochain passage à Roanne (nous attendons la date avec ferveur). Vous prendrez quoi qu’il arrive une bonne grosse claque musicale, une dose massive d’énergie rock, de gaieté celtique, et vous pourrez, enfin, mesdames, messieurs, voir sous la jupe des garçons. Si le cœur vous en dit, rdv le 20 avril à Miami sur le Norwegian Sky (pensez à amener votre maillot de bain).

PLUS D’INFOS
www.celkilt.com